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Franck Scurti, Les Reflets
Coll. Les Abattoirs, musée Frac Occitanie Toulouse • © Franck Scurti - Photo Marc Domage
Christophe Berdaguer & Marie Péjus, Kilda
Dans le jardin du Champ-de-Mars, une sculpture entrecroise ses arceaux de métal, dont la solidité est contrebalancée par la cire qui en enduit la surface. Titrée Kilda, l’œuvre du duo (créé dans les années 1990) Berdaguer & Péjus fait directement référence à Saint-Kilda, nom d’un archipel du nord de l’Écosse, où vécut en autarcie, et dans des conditions extrêmes, une communauté qui entretint un rapport harmonieux et spirituel avec la faune et la flore environnantes. C’est cet esprit-là, profondément connecté aux choses et aux êtres sauvages, que les artistes ont voulu convoquer dans cette pièce, plantée à ses alentours d’une flore mellifère, qui crée ainsi un biotope idéal pour les oiseaux.
© Christophe Berdaguer & Marie Péjus - Photo Marc Domage
Dominique Figarella, Le Triomphe de Gilgamesh
Les tableaux de Dominique Figarella (née en 1966) résultent d’une pratique à la fois enjouée et inquiète. À leur surface, l’engouement pour la peinture le dispute à l’inquiétude quant à la capacité de cet art à encaisser les coups que l’artiste lui assène (chewing-gums ou photographies peuvent s’incruster dans le cadre, au milieu de coups de pinceau qui leur répondent). Pareille manière de faire d’une œuvre un champ de réflexion se retrouve dans sa sculpture picturale (si l’on peut dire) sur le mur de soutènement du pont de Sète : sur un fond bleu azur, Figarella inscrit et colore de rose fluorescent, une citation d’un texte écrit par l’ethnologue André Leroi- Gourhan. Du bleu au rose, le contraste est vif.
Œuvre commandée par la ville de Montpellier, à l’occasion de « 100 artistes dans la ville » – ZAT 2019 • © Dominique Figarella - Photo Marc Domage
Mathieu Kleyebe Abonnenc en collaboration avec Jean-Christophe Marti, Eon, eon, eon, eon. Pour Julius Eastman
Les œuvres de Mathieu Kleyebe Abonnenc (né en 1977) donnent voix à ceux que l’histoire occidentale a placés arbitrairement au second plan. À cette fin, l’artiste a revivifié la figure de militants de la décolonisation, comme la réalisatrice antillaise Sarah Maldoror. À cette fin toujours, il remet au répertoire les pièces du compositeur, chanteur, pianiste, performeur gay africain-américain Julius Eastman. En collaboration avec l’Opéra Orchestre national Montpellier Occitanie, il fait jouer trois œuvres qui, datant des années 1970 et 1980, exigent de leurs interprètes une puissance à la fois physique et spirituelle.
© Mathieu Kleyebe Abonnenc et Jean Christophe Marti - Photo Marc Krause
Abdelkader Benchamma, Cosma, 2019
Ses immenses dessins tracent la carte de territoires imaginaires traversés par des secousses telluriques et des trous d’air qui plongent le spectateur dans la contemplation. À Montpellier, Abdelkader Benchamma (né en 1975) étend sa pratique graphique à l’art du pavement et de la peinture en réactualisant une technique italienne remontant au XIIIe siècle. Son sol marbré, intitulé Cosma, affiche un écheveau de lignes qui, à partir d’un patron de méandres colorés, construisent un paysage ensorcelant et méditatif.
Œuvre commandée par la ville de Montpellier, à l’occasion de « 100 artistes dans la ville » – ZAT 2019 • © Abdelkader Benchamma - Photo Marc Domage
Bob & Roberta Smith, This Is a Freedom of Expression Centre
L’artiste anglais (né en 1963), au nom dédoublé, Bob & Roberta Smith, et à la pratique artistique fondée sur le langage et son affichage dans l’espace public, a passé plusieurs mois en workshop avec les étudiants des Beaux-Arts de Montpellier. Ce séjour lui a inspiré une ample fresque, composée de trois parties, représentations de verres à cocktail, d’alcools ou encore d’une tasse à café avec, sous-titrant l’ensemble, une maxime qui pourrait aussi être le credo de l’ESBA : « This Is a Freedom of Expression Centre. »
© Bob & Roberta Smith - Photo Marc Domage
Sylvain Grout & Yann Mazéas, De gauche à droite : Very longboard #1 (14’8), Very longboard #2 (14’8), Very longboard #3 (14’8), Very longboard #4 (16’0)
Duo turbulent (créé dans les années 1990), œuvrant dans le champ de la sculpture et celui de la vidéo, Grout & Mazéas n’aiment rien tant que se frotter, sur un mode comique et spectaculaire, à l’impossible. Histoire d’être sûrs à chaque fois de rater pour aussitôt réessayer et rater encore. Mise en abyme de l’échec et de la chute que leur série de planches de surf, toutes gondolées, difformes et bancales, illustre pleinement. Réalisées avec le plus grand soin, selon les techniques professionnelles, elles arborent une ligne fort peu fuselée et pour tout dire baroque. Pas une raison pour éviter de les mettre à l’eau et s’en servir. Ce que les deux artistes ont tenté. Sans grand succès.
© Sylvain Grout & Yann Mazéas - Photo Marc Domage
Clémentine Mélois, Cent titres
Écrivaine et artiste, Clémentine Mélois (née en 1980) affiche sur les vitrines d’un grand magasin la photo d’une bibliothèque. L’image est si réaliste qu’on s’y tromperait et qu’on consulterait volontiers l’un des Cent titres qu’elle recèle. À défaut, on parcourt les tranches du regard pour s’apercevoir petit à petit que les titres se passent le mot pour jouer entre eux et avec le spectateur à grand renfort d’anagrammes, de contrepèteries, d’homophonies et d’intertextualité. Plus que l’image d’une simple bibliothèque, c’est ainsi un livre qui s’ouvre sur la rue.
© Clémentine Mélois - Photo Marc Domage
Neïl Beloufa, Moral de l’histoire
Livrant des images qui rappellent les soap operas, la téléréalité ou simplement les conversations sur les réseaux sociaux avec gros plan sur soi-même, Neïl Beloufa retranscrit dans ses installations vidéo quelque chose du désœuvrement contemporain et des failles de la communication entre gens pourtant ultraconnectés. Ici, à la gare Saint-Roch, il installe des totems en béton sculpté, écrans anachroniques sur lesquels vient se frotter et se distordre ce flot d’images pixélisées.
© Neïl Beloufa - Photo Marc Domage
Mona Hatoum, Jardin suspendu
C’est un muret de sacs de sable empilés comme il s’en érige sur tous les fronts militaires. Dispositif de défense, permettant d’entraver l’avancée de l’ennemi, cette fortification est pourtant ici toute symbolique : elle se laisse aisément contourner d’un côté comme de l’autre. Mona Hatoum (née en 1952) y a en outre apporté des aménagements : c’est de terre que sont remplis ses sacs. Et à travers leur toile de jute, de la végétation perce et fleurit, formant un Jardin suspendu. Suspendu en effet à un espoir : celui de voir les barrières, les frontières et les conflits être suspendus, pour être interrompus, être perforés par la nature et n’être plus que des champs de ruines envahis par la végétation.
Coll. Centre national des Arts Plastiques, Paris • © Mona Hatoum - Photo Marc Domage
Gloria Friedmann, Oiseaux de paradis
Installée dans la fontaine de l’esplanade Charles-de-Gaulle, la sculpture de Gloria Friedmann (née en 1950) prend la forme, légère et macabre, d’une mascarade. Des squelettes en acier peint sont coiffés de masque de latex à l’effigie d’un oiseau ou d’un homme politique. Gracieux volatiles au plumage aussi beau que leur ramage et beaux parleurs faisant admirer la clarté de leur chant – transformé en une eau cristalline se répandant dans le bassin en jets opulents – sont ici tour à tour célébrés et moqués.
© Gloria Friedmann - Photo Marc Domage
Vivien Roubaud, Acier, verre, plomb
Un vitrail abîmé (soit par un jet de pierre vandale, soit par l’usure du temps) exigerait d’ordinaire d’être sur-le-champ restauré par des artisans chevronnés. Mais ici, c’est tout exprès que Vivien Roubaud (né en 1986) a brisé la vitre : cet impact qui forme comme une toile d’araignée à la surface de son œuvre réussit à créer, en trompe-l’œil, l’illusion. Et qu’on veuille le croire ou non, la technique du vitrail brisé est en soi un exploit artisanal – en même temps, certes, qu’un geste provocateur.
© Vivien Roubaud - Photo Marc Domage
Bruno Peinado, Sans titre, Feux pâles. Briller ou disparaitre, à Marie, Pauline et Emilie
Lecteur d’Édouard Glissant et adepte de sa pensée de la créolisation du monde, Bruno Peinado (né en 1970) n’aime rien tant qu’hybrider les formes de la culture populaire et celles de la culture savante, les images d’ici et d’ailleurs. Prolifiques, volubiles, joyeusement colorées et volontiers truculentes, ses œuvres préfèrent aussi mettre en avant les objets spontanés et surprenants nés de l’art du bricolage plutôt que les objets high-tech. Pétries de référence à l’histoire de la culture pop, elles relèvent de plus en plus d’un mode de production collectif. L’artiste collabore ainsi régulièrement avec ses étudiants de l’école des beaux-arts de Quimper, voire avec ses deux fillettes, qui cosignent certaines de ses pièces. À Montpellier, il installe une flopée de drapeaux aux couleurs métissées.
© Bruno Peinado – Photo Marc Domage
Pierre Joseph, Solar Panel
Artiste fameux pour ses « Personnages à réactiver » – des performers, passifs, incarnent dans l’espace d’exposition des personnages de fiction comme tombés du monde imaginaire dans le réel –, Pierre Joseph (né en 1965) passe aussi par la photographie pour ausculter et refléter le double jeu de la représentation. Ainsi, sur les façades de la place Sainte-Anne, ses photographies d’écrans photovoltaïques imprimées sur du papier argenté semblent garder leur pouvoir de capter l’énergie solaire et en même temps celui de renvoyer l’éclat de la lumière. Comme si la photographie avait trouvé son double avec ces panneaux. Et vice versa.
© Pierre Joseph - Photo Marc Domage
Pascale Marthine Tayou, Good Vibes
Dans ses œuvres, Pascale Marthine Tayou (né en 1966) entremêle les continents – l’Europe, où il vit, et l’Afrique, d’où il vient et où il retourne régulièrement –, de manière à bousculer les sens de circulation habituels. Ici, il n’y a pas de Nord et de Sud qui vaillent, pas de hiérarchie bien établie des modes de vie et de pensée. La générosité prime, de même qu’un joyeux désordre. À l’image de son œuvre Qui perd gagne, jeu de cartes où sont inscrites des maximes positives, distribuées dans les boîtes aux lettres des habitants de Montpellier. Good Vibes, pièce tout aussi optimiste, consiste, elle, en une série de néons qui éclairent les vitrines du quartier Saint-Roch.
Courtesy Galleria Continua, San Gimignano, Beijing, Les Moulins, Habana © Pascale Marthine Tayou - Photo Marc Domage
Mathieu Mercier, Banc
Deux tuyaux de PVC dans le square Bagouet ? D’ordinaire, les services de la Ville se seraient empressés d’évacuer ces encombrants résidus d’un chantier de travaux publics voisin. Sauf que ceux-là, réalisés par Mathieu Mercier (né en 1970), constituent l’assise et le dossier d’un banc public. L’artiste, qui retravaille les formes brutes de la sculpture minimaliste et du design avant-gardiste, en se nourrissant au passage de science-fiction, organise ici l’étrange rencontre d’objets qu’on ne voit jamais (par nature, les tuyaux tuyautent en sous-sol) et d’objets voués à prendre l’air, d’objets encore faits pour l’agrément et d’autres tout juste bons à se rendre utiles.
© Mathieu Mercier - Photo Marc Domage
Collectif In Extremis, CAM to CAM
Formé autour d’un noyau dur de jeunes diplômés de l’École des beaux-arts de Montpellier, le collectif In Extremis (créé en 2016) s’est lancé un défi : combiner le sensible et le mécanique, ce qu’on peut programmer et ce qu’on ne peut prévoir. Dans ce lieu, L’Atlantys, ancien bar à chicha, le groupe, dont chacun des membres mutualise les moyens de production en même temps que les idées, donne corps à cette ambition par le biais d’installations de machines et de dispositifs qui engagent entre eux des dialogues sensuels et érotiques. Ces affinités connectées font écho, de jour comme de nuit, aux nouveaux jeux de l’amour sur les réseaux sociaux où les algorithmes font la loi – mais où les amants savent aussi entretenir des amours clandestines.
© Collectif In Extremis - Photo Marc Domage
100 artistes dans la ville. ZAT 2019
Du 8 juin 2019 au 28 juillet 2019
MO.CO. Hôtel des collections • 13 rue de la République • 34000 Montpellier
www.moco.art
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Franck Scurti (né 1965) est un adepte d’une pensée nomade et des trouvailles nées du hasard des errances urbaines, ou de ce qu’au XIXe les poètes du spleen nommaient les flâneries. Il en tire des œuvres faites d’associations d’idées qui renversent les points de vue sur le monde et la vie quotidienne. À l’image de cette série de néons intitulée Les Reflets. On y reconnaît les enseignes habituelles qui attirent l’œil sur la boutique du pharmacien ou celle du buraliste. Mais les néons de Scurti ont la tremblote. C’est leur reflet mouvant dans les flaques d’eau que l’artiste a saisi, plaçant tout en haut et réalisant en dur, pour longtemps, ce qui est, par nature liquide, fuyant et éphémère. Comme les rêveries nocturnes d’un flâneur.