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Leonard Cohen
© Michael Putland
La nuit du 7 au 8 novembre 2016 disparaissait Leonard Cohen à l’âge de 82 ans. Un an plus tard, jour pour jour, était inaugurée la grande exposition organisée en son honneur par le musée d’Art contemporain de Montréal. Un projet qui pourtant avait été initié trois ans auparavant, avec l’accord de l’artiste, dans le cadre de la programmation officielle des 375 ans de la ville de Montréal. Célébrer cette figure locale adulée des Montréalais et reconnue dans le monde entier semblait alors déjà une évidence. Elle s’est muée en un hommage vibrant.
Leonard Cohen
© Old Ideas, LLC
Intitulée « Une brèche en toute chose / A Crack in Everything », en référence aux paroles d’Anthem, cette exposition unique se présente comme une balade immersive et interactive qui donne à voir, à écouter et à ressentir. « Pendant des décennies, il a livré au monde des observations mélancoliques mais cruciales sur l’état du cœur humain. Avec son langage somptueux, quoique parfois rudement exigeant, il a cartographié les chemins les plus obscurs de l’émotion, il a vu une prière dans le charnel, et a semblé reconnaître, à chaque détour, l’inévitabilité de la douleur et de la déception », souligne John Zeppetelli, directeur et conservateur en chef du MAC. Artiste inclassable, sombre et léger à la fois, Cohen a créé une musique en marge des modes, abordant des thèmes universels et profondément humains comme l’amour, la religion, la politique, le désir ou l’intimité.
« Le projet a été pensé comme une exploration artistique contemporaine du travail d’une vie. »
John Zeppetelli
Loin d’une rétrospective classique présentée de manière chrono-thématique, l’exposition se déploie à travers l’interprétation et la vision personnelle d’une quarantaine d’artistes venus d’horizons et de pays divers. « Il était important pour Leonard Cohen que cette exposition ne soit pas de nature biographique. Dès le début, le projet a été pensé comme une exploration artistique contemporaine du travail d’une vie. On a ainsi cherché à prendre le pouls de son influence à travers sa poésie, sa littérature, sa musique, sa spiritualité, voir comment sa très grande réussite a touché et inspiré des artistes, comment elle est entrée dans le dialogue culturel, comment elle a tranché profondément dans le vif du corps politique », précise John Zeppetelli.
Le résultat ? Un parcours riche qui, outre quelques autoportraits du poète réalisés à la fin de sa vie, se décline en une vingtaine d’œuvres multimédias mêlant arts visuels, réalité virtuelle, installations, performances et musique. Primé pour son film documentaire Valse avec Bachir en 2008, le cinéaste israélien Ari Folman ouvre le bal avec sa Chambre de dépression, qui capture la mélancolie indissociable de l’œuvre de Cohen en conviant le spectateur à se glisser dans un environnement semblable à un sarcophage : allongé sur un grabat, il entend la chanson Famous Blue Raincoat et voit les paroles s’animer sous ses yeux, confrontant corps et esprit à l’expérience de la tristesse.
Ari Folman, Depression Chamber [Chambre de dépression], 2017
Installation multimédia immersive, incluant une projection vidéo d’animation, son, • 5 min 10 s, en boucle • Commandée par le musée d’Art contemporain de Montréal avec le soutien de la Fondation suisse pour l’art et la culture Pro Helvetia et du consulat général d’Israël à Montréal • Avec l’aimable permission de l’artiste, Photo : Guy L’Heureux
L’artiste et metteur en scène George Fok célèbre la carrière monumentale de l’auteur-compositeur-interprète par un extraordinaire voyage dans le temps à 360 degrés, combinant souvenirs collectifs et musique mis en image. De son côté, Michael Rakowitz, artiste américain d’origine juive irakienne interroge, par un agrégat d’objets et de lettres accompagné d’une projection vidéo, la position de Leonard Cohen face au conflit israélo-palestinien, ce dernier ayant organisé un concert pour les troupes participant à la guerre de Kippour mais n’ayant pu se produire à Ramallah, en Palestine.
Michael Rakowitz, I’m Good at Love, I’m Good at Hate, It’s in Between I Freeze [Je suis doué pour aimer, je suis doué pour haïr, c’est entre les deux que je fige], 2015–2017
Installation multimédia incluant projection vidéographique à deux canaux, objets et artéfacts d’archives • Réalisée avec le soutien de Creative Capital et du musée d’Art contemporain de Montréal • Avec l’aimable permission de l’artiste. Photo : Guy L'Heureux
C’est un autre grand moment d’histoire que Taryn Simon donne à voir à travers une coupure du New York Times datée du 11 novembre 2016, rappelant qu’un malheur en appelle un autre, puisque Cohen est mort un jour avant l’élection de Trump à la présidence américaine. Esthètes dans l’âme, Janet Cardiff et George Bures Miller ont conçu une machine à poésie à partir d’un authentique orgue Wurlitzer des années 1950 où chaque touche, activable seule ou en simultané, contient un poème de Cohen tiré de son Book of Longing, créant une cacophonie aussi surprenante qu’intrigante.
Avec sa projection vidéo à canaux multiples intitulée Offrandes, Kara Blake nous invite dans une conversation intime avec le chanteur en rassemblant ses pensées et réflexions à travers des extraits d’entretiens. Tel un adieu empli de tendresse, I’m Your Man de Candice Breitz réunit dix-huit fervents admirateurs de Leonard Cohen qui ont tour à tour enregistré au Centre Phi de Montréal leur propre version de l’album éponyme datant de 1988. Mis ensemble, ils semblent chanter à l’unisson comme dans une chorale. Époustouflant.
Candice Breitz, I’m Your Man (A Portrait of Leonard Cohen) [Je suis ton homme (Un portrait de Leonard Cohen] (arrêt sur image), 2017
Tourné au Centre Phi, Montreal, Canada, mai-juin 2017
IInstallation vidéographique à 19 canaux • 40 min 43 s • Commandé par le musée d’Art contemporain de Montréal • Avec l’aimable permission de la Goodman Gallery, Kaufmann Repetto + KOW
Avec en toile de fond un portrait photographique de Dominique Issermann pris peu de temps avant la mort du chanteur, les frères Sanchez mobilisent le principe de l’holographie pour créer autour de la reconstitution de sa chambre dépouillée de Los Angeles une proximité avec le chanteur. En dansant 90 minutes par jour pendant 90 jours autour d’une œuvre de Marc Quinn, Clara Furey s’engage dans une réflexion existentielle sur la mémoire, le passage du temps et la mort, thèmes récurrents dans l’œuvre de Cohen.
Pour clore l’exposition, c’est la chanson universellement acclamée Hallelujah qui fait l’objet de deux installations, l’une invitant à la murmurer en chœur dans plusieurs micros, l’autre de Zach Richter la revisitant en réalité virtuelle. Une ultime salle célèbre une dernière fois l’œuvre de Cohen par une série de dix-huit reprises de ses chansons interprétées tour à tour par Feist, Aurora, Moby, Socalled ou encore Lou Doillon. On en ressort doucement étourdi et passablement bercé. Comptabilisant à ce jour près de 215 000 visiteurs, un record de fréquentation pour le musée, « Une brèche en toute chose / A Crack in Everything » est un franc succès qu’on espère voir reproduit prochainement à Paris.
Leonard Cohen - Une brèche en toute chose / A Crack in Everything
Du 9 novembre 2017 au 9 avril 2018
Musée d’Art contemporain - Montréal • 185, rue Sainte-Catherine Ouest • H2X 3X5 Montréal
macm.org
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