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MONTRÉAL

L’effervescence des sixties s’expose

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Publié le , mis à jour le
Avec « Révolution », le musée des Beaux-Arts de Montréal reprend à la sauce québécoise l’exposition « You Say You Want A Revolution » du V&A de Londres, immergeant le spectateur dans les bouleversements culturels des années 1960. Visite étourdie.
Milton Glaser, The Sound Is WOR-FM 98.7 (détail)
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Milton Glaser, The Sound Is WOR-FM 98.7 (détail), 1966

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Lithographie offset • 75,7 × 90,8 cm • Coll. MBAM, Montréal • Photo MBAM / Christine Guest

Il y a 50 ans à Montréal avait lieu l’« Expo 67 », exposition universelle qui attira 50 millions de visiteurs et 62 pays exposants. Elle permit surtout au Canada, par sa transdisciplinarité et les questions de société qui y furent soulevées, d’entrer dans la modernité et au Québec d’affirmer ses contours sur la carte du monde culturel. L’occasion pour le musée des Beaux-Arts de Montréal de dresser aujourd’hui, avec l’exposition « Révolution », le panorama des bouleversements sociaux, esthétiques et politiques qui émergèrent en Europe et en Amérique du Nord à la fin des années 1960, et dont nous ressentons toujours les effets.

Harry Willock, The Beatles Illustrated Lyrics
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Harry Willock, The Beatles Illustrated Lyrics, 1969

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Illustration pour l’album « Revolution » des Beatles • © Harry Willock / Iconic Images

En France, on fêtera dans un peu moins d’un an le 50e anniversaire des « événements de Mai », qui virent la remise en question de l’autorité du général de Gaulle, l’affirmation des aspirations d’une jeunesse étouffée, et les débuts d’un changement radical de société. Et si Mai 68 n’avait été qu’une vaste opération de com’, dont nous aurions à tel point absorbé le message (celui, pour simplifier, d’une injonction à la non-conformité) qu’il nous semblerait totalement incongru de s’y soustraire ?

« The medium is the message  » : cette fameuse phrase de Marshall McLuhan, issue de son ouvrage Understanding Media : The Extensions of Men publié en 1964, est mise en exergue par Nathalie Bondil, directrice du musée des Beaux-Arts de Montréal, dans son avant-propos au catalogue Révolution. Autrement dit, « toutes les technologies créent petit à petit un milieu humain totalement nouveau ; les milieux ne sont pas des contenants passifs, mais des processus actifs » : un principe qui pourrait faire office de programme à toute exposition souhaitant montrer l’impact d’une culture sur la production de son époque, et vice versa. Consacrée à la déflagration culturelle de la fin des années 1960 et aux divers changements de paradigmes qui en découlèrent, « Révolution » démontre à quel point les nouveaux modes d’expression ont modelé le signifié.

Par la musique tout d’abord. L’expo tient son titre (francisé) du célèbre hymne pacifiste de John Lennon, écrit suite aux manifestations violentes de mai 1968 : « You say you want a revolution / Well, you know / We all want to change the world / But if you talk about destruction / Don’t you know that you can count me out. » Le Flower Power veut changer le monde, mais à sa manière. Immersive, l’exposition du musée des Beaux-Arts de Montréal se visite avec un casque « guidePORT » de Sennheiser (comme c’était le cas dans l’expo « Bowie Is », initiée elle aussi au Victoria & Albert Museum de Londres), sorte d’audioguide comptant une centaine de pistes musicales qui se déclenchent automatiquement à l’approche de bornes invisibles.

Linda McCartney, Les Beatles chez Brian Epstein
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Linda McCartney, Les Beatles chez Brian Epstein, 1967

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© MPL Communication. Reproduit avec l’autorisation de Paul McCartney

C’est donc au son de la musique des Beatles, de Santana, Jimi Hendrix ou Bob Dylan, mais aussi Robert Charlebois et L’Osstidcho (Québec oblige) que l’on visite l’exposition dans une certaine cacophonie. Un mode de visite déjà éprouvé dans l’expo « Pink Floyd » au V&A et qui a pour conséquence de coincer chaque visiteur dans sa bulle – ou de l’obliger à hurler ses commentaires à son partenaire de visite, occasionnant de douloureux sursauts. Seule la salle consacrée aux festivals donne la sensation d’écouter la musique ensemble, avec sur des écrans géants les images de Woodstock et de ses corps libres batifolant au son des riffs de guitare saturée.

Ainsi, les oreilles pleines, le visiteur voit-il défiler devant ses yeux près de 700 objets et documents qui racontent non seulement des métamorphoses esthétiques, mais aussi des évolutions politiques majeures. Le parcours débute avec la mode pour s’achever sur le design, manière de boucler la boucle sur une période, centrée sur les années 1966 à 1970, qui a vu le triomphe de la société de consommation en même temps que sa critique la plus virulente.

Olivier Mourgue, Chaise Djinn Easy
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Olivier Mourgue, Chaise Djinn Easy, 1963

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Éditée par Airborne • © Victoria and Albert Museum, Londres

Des tenues de Twiggy au « design critique », sensé rendre le monde meilleur, on sera passé devant le fauteuil (le même que celui d’Emmanuelle) de Huey Newton, leader des Black Panthers, une bibliothèque rassemblant des ouvrages de Thomas More et William Blake, ou un uniforme de CRS. On aura vu une affiche De Gaulle Hitler (le second portant le masque du premier) réalisée par Pierre Bernard en juin 1968, une autre, québecoise celle-ci, montrant une femme buste nu clamer « Québécoises deboutte ! », ou encore des messages inscrits sur des bouts de papier accrochés dans les arbres de Woodstock (« Pour Cindy, désolé j’étais trop paumé pour te demander ton adresse. Appelle-moi au XXX. Dan »).

Gilles Boisvert, Allez chier
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Gilles Boisvert, Allez chier, 1969

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Sérigraphie, 13/45 • 44,7 × 58,7 cm • Coll. MBAM, Montréal • Photo MBAM / Jean François Brière

Se mêlent les petites histoires et la grande, low art et high art, récits de minorités discriminées (femmes, Noir.e.s, homosexuel.le.s) et grands mouvements intellectuels, bouleversements esthétiques et nouveaux modes de vie dans un fatras d’images et d’objets se bousculant dans une scénographie qui ferait aisément passer l’expo pour un grand magasin. Ainsi l’art est-il évoqué sur une sorte de stand qui reproduit vaguement le white cube d’une galerie d’art, avec une œuvre de Yoko Ono, une de Warhol et une de Bridget Riley. Un saupoudrage de références qui nécessite, pour aller plus loin dans la découverte de l’époque, de consulter le catalogue, réunissant notamment des essais de Sean Wilentz, sur le traumatisme dans la politique américaine de la fin des années 1960, Barry Miles sur le concept de contre-culture, ou encore Fred Turner sur l’informatique et le « nouveau communalisme ». Tous thèmes dont notre époque reste tributaire, abreuvée des slogans de cet autre siècle.

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Révolution

Du 17 juin 2017 au 9 octobre 2017

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