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Pieter Hugo, Portrait #3, Rwanda, 2014
C-print • 120 x 160 cm • © Pieter Hugo / Courtesy Priska Pasquer Galerie, Cologne.
Le Mois de la Photo a beau avoir disparu depuis plus de cinq ans et la crise sanitaire ralenti la vie culturelle pendant plus de deux ans, novembre n’a rien perdu de sa superbe et s’affirme encore comme un temps fort de l’actualité photographique. Rien que dans la capitale, plus d’une centaine de manifestations (dans les musées, fondations, galeries, centres d’art, lieux alternatifs et insolites, etc.) mettent à l’honneur toutes les formes du médium, du plus précieux tirage à l’installation éphémère en passant par les livres. Vaisseau amiral de cette myriade d’événements, Paris Photo investit le Grand Palais Éphémère pour la seconde fois.
Le Grand Palais Éphémère photographié par Patrick Tourneboeuf, du collectif Tendance Floue.
© RMN-Grand Palais / Photo Patrick Tournebœuf / Tendance Floue
Forte de son succès en 2021 et résistante malgré la crise qui a frappé son organisateur – désormais privé de Fiac –, la foire, comme si de rien n’était, s’inscrit dans la continuité et s’articule autour du secteur principal réunissant 134 galeries, de Curiosa, dédié à l’émergence (17 artistes), et d’un espace dévolu aux éditeurs, un peu plus nombreux cette année, avec 34 participants. Signe de la reprise « du cours normal des choses », Paris Photo retrouve son caractère international avec un retour en force des galeries américaines (une trentaine). Couvrant l’ancien, le moderne et le contemporain, Paris Photo offre un panorama de thèmes en résonance avec l’actualité : la nature et les questions environnementales, le féminisme, l’identité, la mémoire, l’Ukraine… Mille six cent treize artistes y sont exposés, dont une vingtaine en solo shows : l’Américain Bob Gruen et son New York underground des années 1970 (The Music Photo Gallery), la Hongroise Orshi Drozdik (Einspach) et sa vision de la pornographie, ORLAN tout en drapés (Ceysson & Bénétière) ou encore l’Ukrainien Boris Mikhaïlov (Susanne Tarasieve). Toujours à l’avant-garde, Curiosa est la promesse d’un éclairage sur les métamorphoses du médium : installations, œuvres mixant les médias, procédés inédits ou anciens revisités, images recyclées, triturées, transformées. Bienvenue dans le futur de l’image.
Roger Catherineau, Sans titre, Non daté
Les Douches la Galerie, Paris.
Tirage gélatino-argentique d’époque, réalisé par l’artiste • 24,4 × 18 cm • © Roger Catherineau / Éric Rémy / Courtesy les Douches la Galerie, Paris.
Art du multiple par excellence, le médium photographique échappe parfois à sa condition et devient œuvre unique. C’est le cas pour certains vintages exceptionnels, comme chez le spécialiste de l’image vernaculaire Lumière des Roses qui, chaque année, sort ses plus beaux trésors à Paris Photo. À la galerie Sit Down, on trouve les incroyables montages de 100 photos d’identité de Marco Lanza. Les Douches la Galerie présente des photogrammes de Roger Catherineau (1925–1962) et des chimigrammes contemporains de Thierry Balanger. Quant à Esther Woerdehoff, elle a sélectionné des pièces uniques, signées Anna Cabrera & Ángel Albarrán, René Burri, Iris Hutegger, Peter Knapp et Gert Motmans. Chez Binome, Anaïs Boudot, Laurent Lafolie et Lisa Sartorio illustrent aussi cette tendance.
Nazli Abbaspour, Reincarnation, 2019
Silk Road Gallery, Téhéran.
Tirage sur papier • 30 × 40 cm. • © Nazli Abbaspour / Courtesy Silk Road Gallery, Téhéran.
Les femmes et la photographie, c’est une longue histoire qui prend racine dès les origines du médium, comme en témoignent les tout premiers ouvrages de photographie signés par la botaniste britannique Anna Atkins en 1843 : des herbiers en cyanotype. À Paris Photo, un parcours créé avec le ministère de la Culture leur est dédié depuis 2018. Il prend la forme d’une sélection d’œuvres d’artistes femmes confiée à une curatrice et d’une série d’interviews filmées à retrouver sur un site dédié portant le nom du parcours. Commissaire invitée, Federica Chiocchetti, directrice du musée des Beaux-Arts de Locle, en Suisse, et fondatrice de la plateforme Photocaptionist, s’est inspirée des jeux littéraires de l’Oulipo pour désigner 77 artistes (de Diane Arbus à Sophie Calle) évoquant de près ou de très loin le chiffre 77, année du mouvement féministe italien : « Dans la tradition de la tombola napolitaine, le numéro 77 est associé aux « jambes des femmes » mais aussi au « diable » », s’amuse-t-elle. Cette initiative commence à porter ses fruits : en cinq ans, les artistes femmes exposées à Paris Photo sont passées de 20 % à 31 %.
Florence Bourgeois
© Photo Florent Drillon
Comment fêtez-vous cette 25e édition ?
Nous avons voulu marquer le coup avec une invitée d’honneur. Nous avons convié l’actrice espagnole Rossy de Palma à sélectionner 25 photos, pour autant d’éditions, parmi plus de mille œuvres présentées à la foire. Comme nous l’avions fait avec David Lynch en 2012 et Karl Lagerfeld en 2017, l’idée est de choisir une personnalité hors du monde de la photo mais qui travaille avec l’image. Et, bien sûr, Rossy de Palma a été beaucoup photographiée !
Pourquoi avoir conservé le secteur édition, pourtant moins rentable, au Grand Palais Éphémère ?
Tout d’abord parce qu’il fait partie de notre ADN, étant là depuis la première édition. Et pour une autre bonne raison : le livre est depuis toujours un véhicule majeur du médium. Comme en 2021, de nombreuses séances de dédicaces sont prévues, ce qui dynamise la foire en faisant venir un public différent, qui n’a pas forcément les moyens d’acquérir un tirage, mais qui peut repartir avec un livre dédicacé.
Dédiés aux talents émergents, le secteur Curiosa et la Carte blanche étudiants sont-ils une façon de projeter la foire dans le futur ?
J’ai vraiment à cœur de créer des tremplins pour donner plus de visibilité aux artistes, qu’ils soient confirmés ou émergents. Nous sommes des passeurs. C’est stimulant de constater que certains lauréats de la Carte blanche se sont retrouvés sur les cimaises des galeries de Paris Photo quelques années plus tard. Nous avons contribué à leur ascension !
Paris Photo 2022
Du 10 novembre 2022 au 13 novembre 2022
Grand Palais Éphémère • 2 Place Joffre • 75007 Paris
www.grandpalais.fr
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Le photographe sud-africain s’est rendu au Rwanda à plusieurs reprises au cours des deux décennies qui ont suivi le génocide de 1994. Ce n’est qu’en 2014 qu’il commence à y réaliser des portraits d’enfants. Certains ont été mis en scène et stylisés par les modèles eux-mêmes.