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C’est un travail d’orfèvre, ou de fourmi. Johanna Calle (née en 1965) découpe des feuilles d’arbres, peint de petits avions délavés et dessine des toiles d’araignées. Approchez-vous toutefois, et vous verrez que les formes, aussi délicates soient-elles, cachent des textes politiques, des lignes brisées et des souffrances qu’elle dissimule dans ses pattes de mouche. De loin, l’ensemble est beau et fragile ; de près, la révolte gronde. Parce que chaque œuvre est éclairée par un cartel explicatif, l’exposition se fait l’écho des plus grandes injustices du monde colombien (le poids de la religion dissimulé dans les lignes de cahiers d’enfants, l’information déformée dans des feuilles de journal brouillées…). Ainsi, Johanna Calle établit la cartographie d’un pays englué dans le mensonge, avec une douceur de fleur tendue face aux fusils.
Johanna Calle, Sans titre (feuille rongée), 2014–2015
Texte mécanographié sur papier • 46,5 × 30,5 cm • © Johanna Calle
Johanna Calle
Du 11 octobre 2017 au 20 décembre 2017
Maison de l'Amérique latine • 217 Boulevard Saint-Germain • 75007 Paris
www.mal217.org
Un demi-siècle de conflits. Des enfants enrôlés dans une armée sauvage, des villes détruites, l’espoir étiolé d’un pays uni. Le musée des Abattoirs consacre une très vaste exposition aux artistes contemporains colombiens, dont les œuvres dessinent une histoire du désespoir et de la résistance face aux guerres civiles, à l’hégémonie américaine et au deuil, à travers (entre autres) des photoreportages poignants, des collages ironiques et des installations vidéo immersives. On retiendra l’œuvre monumentale de Delcy Morelos (née en 1967), qui s’est installée pendant trois semaines dans une salle des Abattoirs pour recouvrir de peinture rouge des pans de mur labyrinthiques, sur lesquels la couleur coagule, coule et hypnotise, rappelant le sang qui irriguait la terre par litres entiers. Ou encore cette vidéo de Clemencia Echeverri (née en 1950), qui noie petit à petit le visiteur sous les eaux montantes d’un fleuve. Une claque.
Vue de l’œuvre de Delcy Morelos dans les salles de l’exposition « Medellín, une histoire colombienne »
© Année France-Colombie / Photo T Chapotot, 2017
Medellín, une histoire colombienne
Du 29 septembre 2017 au 21 janvier 2018
Les Abattoirs - Toulouse • 76 Allées Charles de Fitte • 31300 Toulouse
www.lesabattoirs.org
Le MAC VAL a invité Juliana Góngora (née en 1988), diplômée des Beaux-Arts de Bogota depuis trois ans, à passer trois mois en résidence à Vitry-sur-Seine. Intitulée Les Humeurs, son exposition finale (une pièce plongée dans le noir investie par deux installations) est une réflexion autour de la place des femmes au sein de la société colombienne, ainsi que dans le territoire spécifique du Val-de-Marne. À l’instar de Johanna Calle, l’artiste accorde une attention toute particulière aux matériaux, qu’elle investit d’une puissance politique. Elle crée par exemple de petits ballots avec des mouchoirs gonflés de sel et trempés dans l’eau, suspendus par des tiges de métal, métaphores du « soin » que les femmes apportent à la société – le mouchoir étant l’attribut masculin du travail lavé par les blanchisseuses, et le sel conservant l’ensemble, le figeant, tout en se transformant. Une invention plastique troublante…
Julianan Góngora, Les Humeurs [détail], 2017
Production MAC VAL / Photo © Juliana Góngora
Juliana Góngora-Les Humeurs
Du 21 octobre 2017 au 31 décembre 2017
MAC VAL • Place de la Libération • 94400 Vitry-sur-Seine
www.macval.fr
Dès l’entrée, la Villa du Parc semble être dans un drôle d’état. Travaux, abandon, période de montage d’exposition ? Non : le désordre qui y règne a été conçu par l’artiste Danilo Dueñas (né en 1956), qui est resté un mois dans le centre d’art contemporain d’Annemasse pour transformer les espaces à sa guise. Il a fouillé dans les réserves, a ressorti toutes sortes d’outils de bricolage, des anciens socles, des pots de peinture, des poubelles, des vis et des morceaux de scotch, et les a disposés dans chacune des salles. L’ensemble ressemble à un chaos organisé, où l’artiste dévoile les coulisses du lieu jusqu’à détruire des cloisons et mettre en valeur la porte des toilettes. Facétieux, nourri de références à l’histoire de l’art et à sa foi chrétienne, l’artiste pense chaque installation comme un dessin : observez, vous êtes entouré de lignes et de formes !
Danilo Dueñas, Salle bleue avec traînée de lumière, 2017
Pots de peinture et chiffon de la villa, 3 néons • Dimensions variables • Photo Aurélien Mole
Réparer la vision
Du 16 septembre 2017 au 22 décembre 2017
Villa du Parc • Parc de Montessuit • 74100 Annemasse
www.villaduparc.org
Organisée par des étudiants du département d’Amérique latine de l’Institut d’Études Supérieures des Arts, sous la direction de la commissaire Claire Luna, l’exposition de la Cité Internationale des Arts réunit de jeunes artistes colombiens vivant en France ; parmi eux, Iván Argote (vu au Centre Pompidou en 2008), Marcos Avila Forero (vu au Palais de Tokyo en 2012) ou encore Laura Huertas Millán (Salon de Montrouge 2017). Tourné vers les thèmes de la mémoire et de l’exil, le projet Attaches ne se limite pas aux arts plastiques et prévoit une série de rencontres, de projections et de performances. Une belle occasion de sentir la vivacité du programme France-Colombie.
Attaches
Du 7 décembre 2017 au 13 janvier 2018
Cité internationale des arts • 18, rue de l'Hôtel-de-Ville • 75004 Paris
www.citedesartsparis.net
La nef du CAPC (musée d’art contemporain de Bordeaux) accueille l’un des principaux rendez-vous de l’année France-Colombie : une vaste rétrospective de l’œuvre de Beatriz González (née en 1938), artiste colombienne majeure. 130 œuvres réalisées entre 1965 et 2017 sont ici réunies : peintures, dessins, sculptures et installations illustrent la multiplicité de son art, politisé et extrêmement percutant. Elle utilise parfois des meubles et des rideaux (le résultat est envoûtant, les ondulations des tissus dissimulant naturellement certains motifs – en témoigne son Interior Decoration (1981) de 23 mètres de long, présenté à la Tate Modern de Londres), joue avec l’idée de ready-made, multiplie les références à la culture populaire et au patrimoine précolombien. Un parcours qui témoigne, une nouvelle fois, de l’irrévérence vivifiante des artistes colombiennes.
Beatriz González, Interior Decoration, 1981
Sérigraphie sur toile • Dimensions variables • Courtesy de l’artiste et Óscar Monsalve
Beatriz González, 1965-2017
Du 23 novembre 2017 au 25 février 2018
CAPC • 7 Rue Ferrere • 33000 Bordeaux
www.capc-bordeaux.fr
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