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Année France-Colombie : 6 expos à ne pas manquer

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Publié le , mis à jour le
Après plusieurs décennies de conflit, la paix s’installe petit à petit en Colombie. Situé au nord de l’Amérique du Sud, le pays regorge de richesses culturelles mais pâtit de la domination des États-Unis. L’année d’échanges France-Colombie ouvre une fenêtre sur la vivacité d’une scène artistique fortement politisée. Beaux Arts a sélectionné six expositions qui témoignent, partout en France, de cette effervescence.

1. Johanna Calle à la Maison de l’Amérique latine

C’est un travail d’orfèvre, ou de fourmi. Johanna Calle (née en 1965) découpe des feuilles d’arbres, peint de petits avions délavés et dessine des toiles d’araignées. Approchez-vous toutefois, et vous verrez que les formes, aussi délicates soient-elles, cachent des textes politiques, des lignes brisées et des souffrances qu’elle dissimule dans ses pattes de mouche. De loin, l’ensemble est beau et fragile ; de près, la révolte gronde. Parce que chaque œuvre est éclairée par un cartel explicatif, l’exposition se fait l’écho des plus grandes injustices du monde colombien (le poids de la religion dissimulé dans les lignes de cahiers d’enfants, l’information déformée dans des feuilles de journal brouillées…). Ainsi, Johanna Calle établit la cartographie d’un pays englué dans le mensonge, avec une douceur de fleur tendue face aux fusils.

Johanna Calle, Sans titre (feuille rongée)
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Johanna Calle, Sans titre (feuille rongée), 2014–2015

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Texte mécanographié sur papier • 46,5 × 30,5 cm • © Johanna Calle

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Johanna Calle

Du 11 octobre 2017 au 20 décembre 2017

www.mal217.org

2. La scène artistique de Medellín s’exporte à Toulouse

Un demi-siècle de conflits. Des enfants enrôlés dans une armée sauvage, des villes détruites, l’espoir étiolé d’un pays uni. Le musée des Abattoirs consacre une très vaste exposition aux artistes contemporains colombiens, dont les œuvres dessinent une histoire du désespoir et de la résistance face aux guerres civiles, à l’hégémonie américaine et au deuil, à travers (entre autres) des photoreportages poignants, des collages ironiques et des installations vidéo immersives. On retiendra l’œuvre monumentale de Delcy Morelos (née en 1967), qui s’est installée pendant trois semaines dans une salle des Abattoirs pour recouvrir de peinture rouge des pans de mur labyrinthiques, sur lesquels la couleur coagule, coule et hypnotise, rappelant le sang qui irriguait la terre par litres entiers. Ou encore cette vidéo de Clemencia Echeverri (née en 1950), qui noie petit à petit le visiteur sous les eaux montantes d’un fleuve. Une claque.

Vue de l’œuvre de Delcy Morelos dans les salles de l’exposition « Medellín, une histoire colombienne »
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Vue de l’œuvre de Delcy Morelos dans les salles de l’exposition « Medellín, une histoire colombienne »

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© Année France-Colombie / Photo T Chapotot, 2017

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Medellín, une histoire colombienne

Du 29 septembre 2017 au 21 janvier 2018

3. Une Colombienne à Vitry-sur-Seine

Le MAC VAL a invité Juliana Góngora (née en 1988), diplômée des Beaux-Arts de Bogota depuis trois ans, à passer trois mois en résidence à Vitry-sur-Seine. Intitulée Les Humeurs, son exposition finale (une pièce plongée dans le noir investie par deux installations) est une réflexion autour de la place des femmes au sein de la société colombienne, ainsi que dans le territoire spécifique du Val-de-Marne. À l’instar de Johanna Calle, l’artiste accorde une attention toute particulière aux matériaux, qu’elle investit d’une puissance politique. Elle crée par exemple de petits ballots avec des mouchoirs gonflés de sel et trempés dans l’eau, suspendus par des tiges de métal, métaphores du « soin » que les femmes apportent à la société – le mouchoir étant l’attribut masculin du travail lavé par les blanchisseuses, et le sel conservant l’ensemble, le figeant, tout en se transformant. Une invention plastique troublante…

Julianan Góngora, Les Humeurs [détail]
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Julianan Góngora, Les Humeurs [détail], 2017

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Production MAC VAL / Photo © Juliana Góngora

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Juliana Góngora-Les Humeurs

Du 21 octobre 2017 au 31 décembre 2017

4. Danilo Dueñas saccage la Villa du Parc à Annemasse

Dès l’entrée, la Villa du Parc semble être dans un drôle d’état. Travaux, abandon, période de montage d’exposition ? Non : le désordre qui y règne a été conçu par l’artiste Danilo Dueñas (né en 1956), qui est resté un mois dans le centre d’art contemporain d’Annemasse pour transformer les espaces à sa guise. Il a fouillé dans les réserves, a ressorti toutes sortes d’outils de bricolage, des anciens socles, des pots de peinture, des poubelles, des vis et des morceaux de scotch, et les a disposés dans chacune des salles. L’ensemble ressemble à un chaos organisé, où l’artiste dévoile les coulisses du lieu jusqu’à détruire des cloisons et mettre en valeur la porte des toilettes. Facétieux, nourri de références à l’histoire de l’art et à sa foi chrétienne, l’artiste pense chaque installation comme un dessin : observez, vous êtes entouré de lignes et de formes !

Danilo Dueñas, Salle bleue avec traînée de lumière
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Danilo Dueñas, Salle bleue avec traînée de lumière, 2017

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Pots de peinture et chiffon de la villa, 3 néons • Dimensions variables • Photo Aurélien Mole

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Réparer la vision

Du 16 septembre 2017 au 22 décembre 2017

5. À la rencontre de la nouvelle génération colombienne

Organisée par des étudiants du département d’Amérique latine de l’Institut d’Études Supérieures des Arts, sous la direction de la commissaire Claire Luna, l’exposition de la Cité Internationale des Arts réunit de jeunes artistes colombiens vivant en France ; parmi eux, Iván Argote (vu au Centre Pompidou en 2008), Marcos Avila Forero (vu au Palais de Tokyo en 2012) ou encore Laura Huertas Millán (Salon de Montrouge 2017). Tourné vers les thèmes de la mémoire et de l’exil, le projet Attaches ne se limite pas aux arts plastiques et prévoit une série de rencontres, de projections et de performances. Une belle occasion de sentir la vivacité du programme France-Colombie.

Alexandra Arango, Oscuro Paraiso, de la série “No Head No Soul”, 2014

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Encre acrylique sur papier • 36 x 43,2 cm • © DR

Iván Argote, Turistas, 2012

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Impression couleur • 160 x 120 cm • © Iván Argote

Laura Huertas Millán, Aequador, 2012

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Vidéo HD Couleur • 23 min • © Laura Huertas Millán

Marcos Avila Forero, Cayuco — Sillage Oujda Melilla, 2012

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Vidéo HD Couleur son • 17 min • © Anne-Charlotte Finel

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Attaches

Du 7 décembre 2017 au 13 janvier 2018

6. Pénétrer dans le monde envoûtant de Beatriz González

La nef du CAPC (musée d’art contemporain de Bordeaux) accueille l’un des principaux rendez-vous de l’année France-Colombie : une vaste rétrospective de l’œuvre de Beatriz González (née en 1938), artiste colombienne majeure. 130 œuvres réalisées entre 1965 et 2017 sont ici réunies : peintures, dessins, sculptures et installations illustrent la multiplicité de son art, politisé et extrêmement percutant. Elle utilise parfois des meubles et des rideaux (le résultat est envoûtant, les ondulations des tissus dissimulant naturellement certains motifs – en témoigne son Interior Decoration (1981) de 23 mètres de long, présenté à la Tate Modern de Londres), joue avec l’idée de ready-made, multiplie les références à la culture populaire et au patrimoine précolombien. Un parcours qui témoigne, une nouvelle fois, de l’irrévérence vivifiante des artistes colombiennes.

Beatriz González, Interior Decoration
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Beatriz González, Interior Decoration, 1981

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Sérigraphie sur toile • Dimensions variables • Courtesy de l’artiste et Óscar Monsalve

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Beatriz González, 1965-2017

Du 23 novembre 2017 au 25 février 2018

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