Buenos Aires met l’art sud-américain en ébullition
Buenos Aires met l’art sud-américain en ébullition
La première biennale internationale d’art contemporain latino-américain, Bienalsur, se tient jusqu’en décembre dans la capitale argentine et 31 autres villes dans le monde. Son but : développer, via la culture, les relations entre les différents pays du continent.
La première biennale internationale d’art contemporain latino-américain, Bienalsur, se tient jusqu’en décembre dans la capitale argentine et 31 autres villes dans le monde. Son but : développer, via la culture, les relations entre les différents pays du continent.
ÉPISODE 1
Une biennale politique pour créer des connexions artistiques et des communautés amoureuses
Aníbal Jozami, créateur et directeur général de Bienalsur, 2016
© Bienalsur
C’est un séducteur mais aussi un sphinx. Normal, il est argentin d’origine libanaise. Chaleureux, le regard enjoué et intense : il vous « scanne » en deux minutes. Aníbal Jozami, créateur et directeur général de Bienalsur, est tout à la fois un sociologue réputé, un homme d’affaires, un politique et un collectionneur passionné d’art. Ce francophile est aussi mécène du Centre Pompidou et, depuis 1997, président de l’Universidad Nacional de Tres de Febrero (Untref), qui organise la première édition de la biennale d’art contemporain d’Amérique du Sud, Bienalsur (Bienal Internacional de Arte Contemporáneo de America del Sur). Principale originalité de la manifestation : elle est organisée par une université. Par des chercheurs et non par des politiques ou des directeurs de musées, des artistes ou des conservateurs. L’Untref est une institution pluridisciplinaire et de gestion autonome, fondée par une société d’économie mixte. Entendez par là qu’elle génère des ressources propres en vendant brevets et conseils à des entreprises, ce qui lui permet notamment d’investir dans la culture et les musées qu’elle a créés.
De Buenos Aires à Bogotá via Cuba
Ce qui distingue Bienalsur des autres biennales, c’est aussi son objectif politique : créer des relations entre les différents pays d’Amérique latine par la culture. Selon Aníbal Jozami, celles-ci se sont davantage nouées, au cours des vingt dernières années, avec les États-Unis ou l’Europe qu’entre voisins latinos. L’Argentine entend donc, avec cet événement, polariser l’attention, alors même que la reconnaissance de sa scène artistique foisonnante est à la traîne, contrairement aux scènes brésiliennes ou mexicaines. En 2015, Aníbal Jozami obtient l’accord de participation de douze ministres de la Culture d’Amérique latine et crée une manifestation à laquelle sont associés 16 pays, 32 villes (84 lieux au total) et plus de 350 artistes. En 2017, la majorité des expositions et des événements ont lieu en Argentine, d’autres se déroulent en Uruguay, au Paraguay, au Chili, au Brésil, au Pérou, en Colombie, au Mexique, à Cuba, et même hors du continent sud-américain.
Eduardo Srur, Pets, 2017
Avec cette intervention urbaine au fil du fleuve Paraná, le Brésilien Eduardo Srur attire l’attention sur la question de la pollution de l’eau et à l’urgence de préserver cette ressource.
Technique mixte • © Bienalsur, Photo Oscar Roberto Castro
Pour favoriser les connexions entre ces différents lieux et leurs publics, Aníbal Jozami a fait appel à deux complices : Diana Wechsler, historienne de l’art à l’Untref, pour la direction artistique, et sa propre épouse, l’inouïe Marlise Jozami – collectionneuse et mécène –, coorganisatrice « officieuse » de Bienalsur. Leur idée : équiper les espaces d’exposition d’écrans interactifs et de caméras pour permettre, par exemple, à un visiteur à Buenos Aires de dialoguer avec un Colombien déambulant dans un musée de Bogotá, où sont exposées des œuvres d’artistes cubains. Malin ! Sauf que lors de l’inauguration, personne n’a pu se connecter : lieux non encore ouverts, décalages horaires, problèmes techniques…
Une francophilie réaffirmée
L’affiche de Bienalsur mettant en scène l’épicentre de la manifestation au Km 0.
© Bienalsur
L’intention et le dispositif sont là et devraient finir par fonctionner pour créer des rencontres professionnelles (et pourquoi pas amoureuses). C’est connectant ! Ce qui est plus troublant, en revanche, c’est de constater que le Bénin et le Japon font partie des pays participant à Bienalsur. Excès d’ambition ? Sans doute, mais l’on retiendra de l’événement sa rare énergie, sa vision politique, sa liberté et les belles relations développées avec les pays européens, cette fois-ci justifiées tant ils ont nourri et inspiré l’Argentine. Sophie Calle et Christian Boltanski, notamment, ont déjà exposé à Buenos Aires, où ils sont bien connus. Dans ce pays très francophile, les services culturels français réussissent d’ailleurs à monter des projets entre les créateurs de l’Hexagone (Jean-Paul Gaultier et Xavier Veilhan sont annoncés pour 2018) et les structures locales comme peu d’autres nations le font.
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