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Antoon Krings, Capucine la coquine, 2018
© Gallimard Jeunesse / Giboulées
Portrait d’Antoon Krings
Photo Manuel Braun
Elles évoluent dans un monde miniature peuplé de modestes chaumières. Elles sont rarement habillées (pour ne pas paraître déguisées), souvent rondouillettes pour assurer leur bonhomie, dotées de grand yeux écarquillés et de doigts mignonnets… Les Drôles de Petites Bêtes d’Antoon Krings se redécouvrent avec le plus grand bonheur au musée des Arts décoratifs, où petits nichoirs et portes secrètes à hauteur de souris nourrissent l’imaginaire des curieux bambins, et où la scénographie fait « papillonner les visiteurs de salle en salle, d’œuvre en œuvre », exactement comme le souhaitait l’artiste.
Des premières planches à l’allure expressionniste aux récentes peintures à la touche très appliquée, le style de la collection publiée par Gallimard – qui s’étale sur vingt-cinq années de travail – évolue en se déroulant comme un fil d’Ariane, jusqu’à tendre vers les illustrations poétiques des livres de botanique. Mais sans jamais tomber dans l’hyperréalisme : Antoon Krings affectionne les ambiances impressionnistes, voire fauvistes !
Antoon Krings, Apollon le grillon, 2017
© Gallimard Jeunesse / Giboulées
« Ce n’est pas parce que l’on crée pour les enfants que l’on peut se permettre de simplifier ou d’appauvrir », affirme l’illustrateur, qui considère sa mission avec grand sérieux. Ce qu’il figure est un savant mélange d’observation et d’imaginaire… Un jardin auquel il fantasme depuis le plus jeune âge en admirant « le velouté d’une aile de papillon, le mordoré d’une carapace de scarabée ou la fourrure d’un bourdon ». À mesure que des aventures extraordinaires bourgeonnent dans son esprit, cet ancien designer textile se met à peindre à la gouache son univers fantastique. Sa méthode ? « Pour inventer mes histoires, j’abandonne le monde des adultes pour me retrouver en état d’enfance », nous explique-t-il.
À gauche, “Deux guêpes en guerrier” de l’illustrateur Jean-Jacques Grandville (1842) et à droite, “Capucine la coquine” d’Antoon Krings (2018)
Coll. musée des Beaux-Arts, Nancy • © Musée des Beaux-Arts, Nancy. © Gallimard Jeunesse / Giboulées
Selon Antoon Krings, l’art se trouve donc dans la nature, et plus précisément dans son jardin idéal.
Né dans la région du Nord à Fourmies (ça ne s’invente pas !), Antoon Krings est traîné de musée en musée par ses parents, et puise très tôt son inspiration dans les tableaux de maîtres. À l’occasion de sa rétrospective au MAD, l’artiste s’est amusé à retrouver ces œuvres sources. Parmi elles, les stupéfiantes Deux guêpes en guerrier peintes par le passionné de zoomorphie Jean-Jacques Grandville (XIXe siècle) – dont il feuilletait les illustrations chez ses grands-parents –, une planche naturaliste du peintre flamand du XVIIe siècle Jan van Kessel, des motifs de William Morris – fondateur du mouvement Arts & Crafts –, le bestiaire sculpté de Diego Giacometti, ou encore un dessin des lapins de la célèbre auteure anglaise Beatrix Potter. Obsédé par les représentations de l’animal dans l’histoire de l’art, obnubilé par les natures mortes qu’il juge bien vivantes, l’illustrateur est constamment à la recherche de ce supplément d’âme que seuls les grands artistes parviennent à atteindre…
Girolamo Pini, Étude de botanique, XVIIe siècle
Coll. musée des Arts Décoratifs, Paris • © MAD, Paris / Jean Tholance
Sa devise ? « L’art est vraiment dans la nature », empruntée au maître de la Renaissance allemande Albrecht Dürer (1471–1528), qui le sidéra avec son Lièvre (1502) aquarellé, exposé à l’Albertina de Vienne. Selon Antoon Krings, l’art se trouve donc dans la nature, et plus précisément dans son jardin idéal où il insuffle de l’humanité à tous ses habitants, qu’ils soient animaux ou floraux. Ainsi, ses roses sont aussi expressives que ses bourdons, qui roupillent parfois sur des pétales ! Et son papillon de nuit peut être aussi mélancolique que sa chauve-souris semble craintive… D’ailleurs, en 2017, ses personnages ont carrément pris vie à l’écran, lors de la sortie au cinéma du film d’animation Drôles de petites bêtes !
Antoon Krings, Louis le papillon de nuit, 2011
© Gallimard Jeunesse / Giboulées
Bientôt, son écosystème verra naître une nouvelle ruche, avec des fables inédites où les abeilles seront reines. Et Antoon Krings entend rester fidèle à ses principes : une exécution à la gouache pour un rendu velouté, une forte croyance en ses histoires, et un respect envers les animaux représentés. « Dans l’illustration jeunesse, la mode revient au style des années 1950 et l’exécution se fait à la palette graphique, alors que moi, je privilégie mes fictions et continue au pinceau et à la gouache. Mais je me sens parfaitement bien dans cet environnement de peintre classique », nous confie l’artiste. Voilà une recette bien rodée que ces Drôles de Petites Bêtes, Éden de l’enfance éloigné de la folie destructrice des adultes. Où les roses s’épanouissent sans glyphosate. Où les abeilles butinent par milliers.
Drôles de Petites Bêtes d’Antoon Krings
Du 11 avril 2019 au 8 septembre 2019
Musée des Arts décoratifs • 107, rue de Rivoli • 75001 Paris
madparis.fr
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