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PHOTOGRAPHIE

Au BAL, photographes et cinéastes nous disent tout sur leur mère

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Publié le , mis à jour le
Au BAL, une exposition orchestrée par Julie Héraut et Diane Dufour fait se croiser les regards de 26 artistes internationaux de l’image (photographes mais aussi cinéastes) des années 1960 à nos jours, et explore la façon dont ces derniers ont représenté leur rapport à celle qui leur a donné la vie. Une proposition sensible, qui va droit au cœur.
Anna Maria Maiolino, Por um Fio, de l’ensemble fotopoemação
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Anna Maria Maiolino, Por um Fio, de l’ensemble fotopoemação, 1976

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photographie • Coll. Galleria Raffaella Cortese, Milan – Albisola, Turin • © Anna Maria Maiolino / Photo Regina Vater / Courtesy Anna Maria Maiolino; Videoinsight ®

Ragnar Kjartansson et sa maman ont un rituel bien à eux, qui pourrait en troubler plus d’un. Tous les cinq ans, l’artiste invite sa mère, une célèbre actrice islandaise, à s’installer face à une caméra, et à lui cracher dessus. Une action qu’elle répète, ad nauseam, durant une vingtaine de minutes, tandis que son fils demeure impassible à son côté. Mise en scène cruelle ? Jeu absurde ? La série de vidéos « Me and My Mother » (2010, 2015, 2020) bouscule assurément les codes de la représentation de la relation mère-fils avec une forme de cynisme jubilatoire.

Comme Ragnar Kjartansson, ils sont une vingtaine de photographes et de cinéastes à faire état, sur les deux niveaux du BAL, de leur relation avec leur mère, à la faveur d’une exposition orchestrée par la commissaire Julie Héraut et Diane Dufour, directrice du lieu. En guise de fil conducteur, qui a donné son nom à l’exposition, une phrase de Roland Barthes écrite dans son Journal de deuil en date du 15 décembre 1978, un an à peine après le décès de sa mère : « Sans doute je serai mal, tant que je n’aurai pas écrit quelque chose à partir d’elle », et qui, d’une certaine manière, annonçait l’écriture puis la publication de son essai fondateur, La Chambre claire (1980).

Ragnar Kjartansson, Me and My Mother 2015
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Ragnar Kjartansson, Me and My Mother 2015, 2015

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photograhie • © Ragnar Kjartansson / Courtesy Ragnar Kjartansson, Luhring Augustine, New York et i8 Gallery, Reykjavik

Motif ô combien récurrent dans l’histoire de l’art, la mère revêt au fil de l’exposition, toutes sortes de rôles, de postures. Ni chronologique, ni thématique, le parcours, guidé par les mots bouleversants d’Hervé Guibert, Pier Paolo Pasolini ou encore Chantal Akerman, fait la part belle aux trajectoires personnelles des artistes dont les œuvres présentées dépassent le témoignage intime pour s’inscrire dans un processus à rebours des clichés, entre cheminement autobiographique, critique sociale voire transgression.

Des récits personnels et collectifs

Née en 1982 à Braddock, une ville de Pennsylvanie frappée de plein fouet par la désindustrialisation, LaToya Ruby Frazier explore, avec sa série « The Notion of Family » (2001–2014), les conséquences de ce déclin sur sa propre histoire familiale. En proie aux addictions, la mère de la photographe incarne la trajectoire brisée des personnes démunies et marginalisées de cette région des États-Unis. Une trentaine d’années plus tôt, la mère de l’artiste conceptuelle Ilene Segalove se faisait, quant à elle, le miroir de la condition des femmes au foyer de la bourgeoisie californienne dans « The Mom Tapes » (1974–1978), une série de vidéos la mettant en scène dans différentes situations de la vie quotidienne.

Anna et Bernhard Blume, Flugversuch, de l’ensemble Ödipale Komplikationen?
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Anna et Bernhard Blume, Flugversuch, de l’ensemble Ödipale Komplikationen?, 1977–1978

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photographie • © Estate Anna et Bernhard Blume / Courtesy Kicken Berlin / © Adagp, Paris, 2023

Presque au même moment avec Ödipale Komplikationen ? (1977–1978), Anna & Bernhard Blume transformaient un salon coquet en une scène de théâtre chaotique sur laquelle Bernhard et sa mère exultent, dansent et tourbillonnent dans un grand tohu-bohu jubilatoire. Tout aussi œdipien et transgressif, l’Hommage à Freud de Michel Journiac envoie valser avec humour les poncifs de la psychanalyse.

Images de l’absence

Du rire aux larmes, il n’y a qu’un pas. Nombre d’artistes réunis dans ce parcours évoquent la disparition de celle qui incarne, selon les mots de la commissaire Julie Héraut, le « premier miroir de soi ». Pour Lebohang Kganye, cela signifie faire corps littéralement avec sa mère dans de vieux clichés de famille où l’artiste s’incruste, telle un clone fantomatique de l’être cher.

À gauche, « Ka mose wa malomo kwana 44 II, de l’ensemble Ke Lefa Laka : Her-Story » de 4.	Lebohang Kganye, 2013. À droite, « Mother, #01424 » de Paul Graham 2019
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À gauche, « Ka mose wa malomo kwana 44 II, de l’ensemble Ke Lefa Laka : Her-Story » de 4. Lebohang Kganye, 2013. À droite, « Mother, #01424 » de Paul Graham 2019, photographies

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Courtesy & © Lebohang Kganye. © Paul Graham / Courtesy Paul Graham et carlier | gebauer, Berlin-Madrid

Pour compenser le vide laissé par le décès brutal de sa mère, Rebekka Deubner réalise, quant à elle, des photogrammes des vêtements de la défunte, « dans une volonté de montrer la façon dont son corps, ses activités, avaient laissé leur marque. » Plus loin, l’Anglais Paul Graham invite le spectateur à un face-à-face contemplatif et bouleversant dans l’intimité de la chambre silencieuse où sa mère passe les derniers instants de sa vie. Des images à la beauté saisissante où la mère, face à son fils, redevient l’enfant fragile qu’elle a un jour été.

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À partir d'elle. Des artistes et leur mères.

Du 12 octobre 2023 au 25 février 2024

www.le-bal.fr

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