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À gauche, ensemble en velours de coton, applications de satin, organdi, broderies de paillettes et de fils multicolores, automne-hiver. À droite, Georges Rouault, “Clown”, 1910-1913.
aquarelle et huile sur papier marouflé sur toile • 72 × 57 cm • Coll. Palais Galliera, Paris. Coll. Centre Pompidou, Paris. • © Photo Laurent Delhourme.
À gauche, Francis Picabia, “Udnie”, 1913. À droite, ensemble issu de la collection “Landscape of Shadows”, technique 100 % coton, automne hiver 2021-2022.
Rei Kawakubo et Francis Picabia : tout en démesure
C’est en expérimentant de nouveaux volumes que Rei Kawakubo se joue de tous les stéréotypes de la féminité, jusqu’à la démesure. Avec son ensemble bouffant XL, le modèle de Comme des Garçons semble surgi de l’Udnie de Francis Picabia, un kaléidoscope de formes géométriques en rotation : la transe d’une danseuse aperçue lors d’un voyage en paquebot vers New York (1913), et dont la silhouette tourbillonne parmi les formes abstraites. « J’aime les êtres qui ressemblent à des inondations », déclarait le peintre.
huile sur toile • 290 × 300 cm • © Photo Laurent Delhourme.
Devant, robe à la française, ensemble composé d’une veste surdimensionnée à épaulettes asymétriques en taffetas, jupe à panneaux en taffetas, crinoline en crin et baleines, bottes de cuir en collaboration avec Francesco Russo, l’ensemble peint à la main, Charles de Vilmorin, haute couture printemps-été 2021. Derrière, Robert Delaunay, “Rythme sans fin”, 1934 et “Joie de vivre”, 1930.
Charles de Vilmorin et Robert & Sonia Delaunay : rythmes et couleurs
Fascinée par les travaux du chimiste Chevreul sur la loi du contraste simultané des couleurs (1839), Sonia Delaunay fit de la polychromie l’essence de sa recherche, comparant même le silence à un rythme. Refusant la distinction entre art et beaux-arts, elle se mit à fabriquer des objets de décoration. […] Charles de Vilmorin, pour demeurer l’un des plus jeunes créateurs de mode français, ne correspond pas aux standards d’un monde dans lequel il a fait irruption, sur Instagram, en plein confinement. […] Entre les motifs simultanéistes de l’une et les personnages « non genrés, sans origine » de l’autre, la couleur hausse le ton, libérant l’énergie d’une vision singulière, hors de toute assignation à une école. Des yeux multicolores ailés de faux cils, des arabesques noires s’échappant comme des flammes, le trait de Charles de Vilmorin fait surgir des créatures ensorcelantes, parées de pied en cap pour un rituel tribal.
Coll. Charles de Vilmorin. Coll. Centre Pompidou • © Sonia Delaunay/Photo Laurent Delhourme.
À gauche, “Galactic Glitch’ Dress”, robe en organza transparent teint en dégradé dans des motifs aqua bleu ciel modélisés en trois dimensions dans un logiciel de CAO, puis découpés à la main en une centaine de fines vagues, chacune cousue individuellement sur un tulle extensible. À droite, Marc Chagall, “Les Mariés de la tour Eiffel”, 1938-1939.
Iris van Herpen et Marc Chagall : créatures surréelles
Brouillant les frontières entre l’humain et le végétal, Iris van Herpen fait surgir une plante à l’intérieur d’un squelette aux os d’or, multiplie les robes chrysalides, alliant impression 3D, tulle et polymères, silicone moulé, satin duchesse et microfibres. […] Sous ses ailes d’organza, cette « silhouette sculpturale frémissante », ainsi décrite par Iris van Herpen, fait écho au tableau Les Mariés de la tour Eiffel de Marc Chagall : un autoportrait avec Bella, l’amour de sa vie, flottant parmi les souvenirs de Russie. Entre métamorphose et mémoire, illusion et exil, une double expression du bonheur et de sa fragilité.
Coll. Iris van Herpen, Amsterdam. Coll. Centre Pompidou, Paris. • © Adagp, Paris, 2024 / Photo Laurent Delhourme
À gauche, Giorgio de Chirico, “Il Ritornante”, Hiver 1917-1918. À droite, cape “artisanale”, dix-neuf chapeaux en feutre récupérés et robe imprimée de cheveux blonds, satin de viscose.
Martin Margiela et Giorgio de Chirico : métaphysiques des lignes
Martin Margiela a bâti sa propre identité, incognito, à l’image de sa griffe sans nom, blanche, créée en 1988. Directeur artistique de la mode féminine chez Hermès entre 1997 et 2003, le styliste flamand a imposé une vision iconoclaste, soutenue par des recherches de coupes épurées et aussi intemporelles que sa palette de beiges et de noirs. En mettant en avant les étapes de la fabrication, en jouant avec les tailles comme avec l’envers du décor (doublures, habits récupérés), ce transfuge de la mode s’est imposé comme un chef de file. L’imaginaire se soumet à la précision anatomique, telle l’« écriture du songe » évoquée par le poète Ardengo Soffici à propos du peintre Giorgio de Chirico et de ses clairs-obscurs.
Maison Martin Margiela, prêtà- porter automnehiver 2004-2005. • Coll. Centre Pompidou, Paris. Martin Margiela, Paris. Palais Galliera, Paris • © ADAGP, Paris 2024/ Photo Laurent Delhourme.
À gauche, Ulrike Ottinger, “Liebsperlen” [Perles d’amour], 1967. À droite, “Alien” brodé, recyclage de trois silhouettes Germanier.
Kevin Germanier et Ulrike Ottinger : perles multicolores
À l’image des visions mosaïques d’Ulrike Ottinger, les silhouettes de Kevin Germanier sont des apparitions. L’artiste allemande observe et raconte le Paris des années 1960 dans ses peintures comme dans ses films (Paris Calligrammes). De son côté, le créateur de mode suisse, qui a lancé sa marque en 2018, s’empare des déchets de la société de consommation, chutes de tissus, invendus, plumes, strass, jouets, perles, gadgets, pour « raconter la vie dans tout son éclat ». Assemblées une à une, les perles se déploient en majesté. Surgit alors cet alien multicolore, pareil à un extraterrestre brodé de lumière.
Coll. Centre Pompidou, Paris. Coll. Kevin Germanier, Paris. • © Photo Laurent Delhourme.
À gauche, Ellsworth Kelly, “White Over Black III”, 2015. À droite, tailleur “Bar” d’après-midi, veste en shantung naturel, jupe corolle en lainage plissé, haute couture printemps-été 1947, ligne “Corolle”, répétition patrimoniale.
Christian Dior et Ellsworth Kelly : trait pour trait
Le 12 février 1947, Christian Dior lance au 30, avenue Montaigne à Paris, sa première collection. […] Quatre-vingt-dix modèles, taille fine et cintrée, buste souligné. Parmi eux, le tailleur Bar marque le « retour du joli et du seyant » mais également « d’un idéal de bonheur civilisé » selon le couturier. Avec Christian Dior, la haute couture se condense dans une science de l’aplomb, des volumes. Tout semble opposer cet artificier de la ligne et le peintre américain minimaliste Ellsworth Kelly. Tout sépare le couturier du bonheur et ce peintre américain qui, en 1951, expose des tableaux qui « ne décrivent plus rien ». Il reste qu’au-delà des formes, figuratives ou impersonnelles, chacun défend à sa manière l’éloquence du silence, celui des lignes.
Coll. Centre Pompidou, Paris. Coll. Dior Héritage, Paris • © Ellsworth Kelly Foundation / Photo Laurent Delhourme.
La traversée des apparences. Quand la mode s’invite au Musée
Du 24 janvier 2024 au 22 avril 2024
Centre Georges Pompidou • Place Georges Pompidou • 75004 Paris
www.centrepompidou.fr
Portfolio extrait du hors-série Beaux Arts "La traversée des apparences, la mode au Centre Pompidou"
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Popy Moreni et Georges Rouault : parade polychrome
Arlequins, serpentins et velours multicolores témoignent chez Popy Moreni de l’insouciance des années 1980. Issue d’une famille d’artistes, elle crée à Paris ses premières collections en reprenant, de collerettes en manches bouffantes, l’inspiration de la commedia dell’arte, déjà célébrée par Elsa Schiaparelli en 1938 avec une collection sur le thème du cirque. Entre nostalgie, lamés et paillettes, une danse au-dessus d’un volcan dont les écuyères, les clowns de Georges Rouault, et particulièrement son pantin, expriment la mélancolie derrière le masque.