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Ca’ d’Oro ou les trésors insoupçonnés de la sculpture vénitienne

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Pour sa troisième exposition, la Collection Al Thani invite ses œuvres à un dialogue avec celles de la Ca’ d’Oro, l’un des plus élégants palais de Venise, construit dans un style gothique en bordure du Grand Canal. Une sélection de chefs-d’œuvre d’un musée encore confidentiel, qui démontre l’inventivité et la qualité de la sculpture vénitienne au XVIe siècle, restée longtemps dans l’ombre des maîtres de la peinture de la Renaissance.
Pier Jacopo Alari dit l’Antico (vers 1460-1528), L’Apollon du Belvédère
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Pier Jacopo Alari dit l’Antico (vers 1460-1528), L’Apollon du Belvédère

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Dépasser le modèle

D’une très grande précision, les petits bronzes, dont la production se développe à Venise au XVIe siècle, sont destinés à des collectionneurs privés et représentent des sujets bibliques, mythologiques ou profanes. La collection de la Ca’ d’Oro, en possède de nombreux, dont celui-ci est sans doute l’un des exemplaires les plus remarquables : une réduction de l’Apollon du Belvédère, marbre romain découvert à la fin du XVe siècle dans le jardin du cardinal de San Pietro, futur pape Jules II. L’œuvre est signée Pier Jacopo Alari (1460–1528), surnommé L’Antico, pour souligner la perfection avec laquelle il imitait les sculptures antiques. Mais l’artiste dépasse le modèle en l’adaptant. La patine et la polychromie du bronze (inexistante sur le marbre), les yeux incrustés d’argent, et surtout la suppression du tronc d’arbre le long de la jambe du dieu en font une œuvre originale, au-delà de la simple copie.

Bronze partiellement doré, patine noire, argent • 45,7 x 23,5 cm, diam. (base) 13 cm • Coll. Galleria Giorgio Franchetti alla Ca’ d’Oro, Venise • © Galleria Giorgio Franchetti alla Ca’ d’Oro, Direzione regionale Musei Veneto, Venise / Reproduit avec l’autorisation du Ministero della Cultura / Photo Matteo De Fina

Jacopo Sansovino (1486–1570), Vierge à l’Enfant
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Jacopo Sansovino (1486–1570), Vierge à l’Enfant, vers 1560

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Un style délié et élégant

L’artiste florentin règne sur la scène vénitienne au milieu du XVIe siècle, tant dans la sculpture que dans l’architecture. Jacopo Sansovino (1486–1570) insuffle une certaine modernité dans les formes, les figures, les volumes, qui bouleversera l’histoire de la sculpture à Venise. Si le thème de la Vierge à l’Enfant est commun, le maître en livre une version originale et typique de son style, où douceur et élégance dominent. Tandis que le petit Jésus semble agité, le sculpteur décrit le geste à la fois tendre d’une mère envers sa progéniture, et ferme, en éloignant l’objet du désir (ici un livre).

marbre de Carrare • 62,5 x 121,5 x 18 cm • Coll. Galleria Giorgio Franchetti alla Ca’ d’Oro, Venise • © Galleria Giorgio Franchetti alla Ca’ d’Oro, Direzione regionale Musei Veneto, Venise / Reproduit avec l’autorisation du Ministero della Cultura / Photo Matteo De Fina

Tullio Lombardo, Double portrait
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Tullio Lombardo, Double portrait

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Antiquité et modernité en dialogue

Très en vogue à Florence, il faut attendre Tullio Lombardo (1455–1532) pour que le portrait sculpté fasse son apparition à Venise. L’artiste manie certes la référence à l’Antique (peu d’individualisation, l’usage du drapé, la quête de l’idéal) mais exprime aussi une douceur et un naturalisme nouveaux, propres à l’art de la Renaissance. Il ne s’agit pas de copier les anciens, mais de retrouver leur capacité à exprimer la vie, à métamorphoser le marbre en chair. Et, dans ce registre, Tullio Lombardo est l’un des maîtres incontestés. Sur un fond abstrait se détache ici deux figures qui semblent converser : l’une féminine paraît, d’après sa chemise, être contemporaine du sculpteur; l’autre masculine, porte une cape typique des soldats romains. Est-ce un couple ? Une métaphore du temps qui passe ? De l’amour ? Tullio Lombardo livre ici une œuvre vibrante et magnétique, sans doute destinée à une tombe.

marbre • 47,5 x 50,5 x 24 cm • Coll. Galleria Giorgio Franchetti alla Ca’ d’Oro, Venise • © Galleria Giorgio Franchetti alla Ca’ d’Oro, Direzione regionale Musei Veneto, Venise / Reproduit avec l’autorisation du Ministero della Cultura / Photo Matteo De Fina

Andrea Riccio (1470-1532), Miracle de la Vraie Croix
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Andrea Riccio (1470-1532), Miracle de la Vraie Croix

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Entre sculpture et peinture

Sans doute l’une des découvertes de l’exposition ! Maître dans l’art du bronze, Andrea Briosco dit Riccio (1570–1532) est l’auteur de nombreuses petites pièces en ronde-bosse mais aussi de bas-reliefs réputés pour leur élégance, comme en témoigne cette œuvre issue d’un ensemble destiné à l’autel de la Vraie Croix. Exceptionnels par leur exécution et par leur complexité iconographique, empreints de réflexions philosophiques et religieuses, ces bas-reliefs sont inspirés des sarcophages antiques. Riccio répond à la commande de Girolamo Dona, un intellectuel en vue, désireux de créer un écrin pour un fragment de la Vraie Croix qu’il a offert à l’église Santa Maria dei Servi. Par un système narratif basé sur la répétition des personnages ou de certains motifs, le sculpteur revient sur l’histoire de cette relique à l’origine d’un culte. Véritable tableau en reliefs, soulignant le statut ambigu de ce genre, entre peinture et sculpture, l’œuvre affiche un raffinement encore jamais vu.

Bronze, patine noire • 38,6 x 51 x 8,3 cm • Coll. Galleria Giorgio Franchetti alla Ca d'Oro, Venise • © Galleria Giorgio Franchetti alla Ca’ d’Oro, Direzione regionale Musei Veneto, Venise / Reproduit avec l’autorisation du Ministero della Cultura / Photo Matteo De Fina

Atelier de Titien, Vénus au miroir
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Atelier de Titien, Vénus au miroir

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Peinture, beauté et volupté

Si l’exposition entend montrer le renouveau et la qualité extraordinaire de la sculpture vénitienne au XVIe siècle, elle ne fait pas l’impasse sur la peinture dont Titien (1488–1576) est un des plus éminents représentants. Parmi ses chefs-d’œuvre, figure la Vénus au miroir dont le maître aurait peint pas moins de trente versions ! Et si celle-ci est probablement une copie exécutée par son atelier, on devine la touche veloutée et la composition caractéristiques du peintre. La jeune femme admire sa grande beauté dans un miroir, qui ici a disparu, une main posée sur sa peau blanche, et l’autre sur la fourrure épaisse qui l’entoure. Le tableau évoque ainsi le sens du toucher.

Huile sur toile • 115 x 84 cm • Coll. Galleria Giorgio Franchetti alla Ca’ d’Oro, Venise • © Galleria Giorgio Franchetti alla Ca’ d’Oro, Direzione regionale Musei Veneto, Venise / Reproduit avec l’autorisation du Ministero della Cultura / Photo Matteo De Fina

Andrea Mantegna (vers 1431-1506), Saint Sébastien
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Andrea Mantegna (vers 1431-1506), Saint Sébastien

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Ultime chef-d’œuvre

Dernier morceau de bravoure d’Andrea Mantegna (vers 1431–1506), il est aussi le chef-d’œuvre de la collection Ca’d’Oro. Et c’est ici la première fois qu’il quitte l’écrin que lui a bâti le baron Franchetti, une chapelle toute de marbre inspirée d’un motif de la basilique San Marco, que Gabriele D’Annunzio décrit ainsi : « Et voici l’arc de marbre, l’ouverture superbe d’une sorte de tabernacle glorieux, tout de marbres veinés et rosâtres que n’éclairait pas tant le haut soupirail que le plafond aux grenades d’or. » Intensément tourmentée et expressive, la figure blanche du saint martyr transpercé de multiples flèches se détache d’un fond noir d’où semble émaner le souffle divin (la bougie vient de s’éteindre et une devise l’accompagne). Mantegna livre ici une réflexion sur la souffrance humaine et son caractère transitoire, à une époque où Mantoue est totalement ravagée par la peste…

Tempera sur toile • 213 x 95 cm • Coll. Galleria Giorgio Franchetti alla Ca’ d’Oro, Venise • © Galleria Giorgio Franchetti alla Ca’ d’Oro, Direzione regionale Musei Veneto, Venise / Reproduit avec l’autorisation du Ministero della Cultura / Photo Matteo De Fina

Jacopo Fantoni, Le Christ ressuscité
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Jacopo Fantoni, Le Christ ressuscité

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Un Christ bien audacieux

La scénographie de l’exposition est d’une très grande justesse et met en évidence les œuvres plus qu’il n’y paraît. Ainsi, en regard du saint martyr de Mantegna [ill. précédente], le Christ ressuscité de Jacopo Fontani (1504–1540). Un artiste dont on ne sait pas grand-chose si ce n’est qu’il fut l’élève de Jacopo Sansovino [voir plus haut] et qu’il produisit cinq œuvres qui se distinguent toutes par leur originalité et leur expressivité. Ainsi, ce Christ écarte de ses doigts graciles sa plaie, d’où coule le sang lourd et symbolique, afin de la montrer à un saint Thomas imaginaire. D’une grande modernité et d’une élégance sans équivalent… L’élève dépasse ici le maître.

Marbre • 130 x 65 x 36 cm • Coll. Galleria Giorgio Franchetti alla Ca’ d’Oro, Venise • © Galleria Giorgio Franchetti alla Ca’ d’Oro, Direzione regionale Musei Veneto, Venise / Reproduit avec l’autorisation du Ministero della Cultura / Photo Matteo De Fina

Alessandro Vittoria, Benedetto Manzini
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Alessandro Vittoria, Benedetto Manzini, Avant 1561

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Insuffler la vie

Au XVIe siècle, Alessandro Vittoria (1525–1608) s’impose comme le grand portraitiste vénitien, capable de rivaliser avec les peintres. L’artiste réinvente le genre du portrait sculpté en insufflant du mouvement, conciliant héritage antique et modernité (notamment dans le choix des vêtements), expressivité et réalisme, annonçant le génie du Bernin au XVIIe siècle. À travers les effigies de hauts dignitaires vénitiens, collectionnées par le baron Franchetti, on retrouve les éléments caractéristiques du style de Vittoria : le socle sur lequel repose la sculpture (un cartouche asymétrique), le port de tête, les épaules en diagonale et une draperie très travaillée qui structure le buste.

marbre • 72 x 54 cm • Coll. Galleria Giorgio Franchetti alla Ca’ d’Oro, Venise • © Galleria Giorgio Franchetti alla Ca’ d’Oro, Direzione regionale Musei Veneto, Venise / Reproduit avec l’autorisation du Ministero della Cultura / Photo Matteo De Fina

Le Bernin, Le Cardinal Pietro Valier
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Le Bernin, Le Cardinal Pietro Valier, 1627

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Traduire l’instant présent

Dernière œuvre de l’exposition et non des moindres ! Si, Le Bernin (1598–1680) n’a jamais travaillé à Venise, il livre ici le portrait de l’un de ses cardinaux, Pietro Valier. Exécutée par le maître d’après modèle vivant, ce qui était primordial selon lui pour capter une personnalité, l’œuvre est remarquable par sa maîtrise technique et la finesse de son exécution. Le talent du Napolitain se distingue notamment par sa capacité à retenir dans le marbre l’évanescence d’un instant, d’un souffle, « l’impermanence de l’homme vivant ».

marbre • 60 x 57 x 27 cm • Coll. Galleria Giorgio Franchetti alla Ca’ d’Oro, Venise • © Galleria Giorgio Franchetti alla Ca’ d’Oro, Direzione regionale Musei Veneto, Venise / Reproduit avec l’autorisation du Ministero della Cultura / Photo Matteo De Fina

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Ca'd'Oro, chefs-d'œuvre de la Renaissance à Venise

Du 30 novembre 2022 au 7 mai 2023

www.hotel-de-la-marine.paris

Retrouvez dans l’Encyclo : Titien Andrea Mantegna Bernin, le

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