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Peintre de l’école vénitienne, Giovanni Bellini (1425 – 1516) est associé à Mantegna, dont il est le beau-frère et subit l’influence dans sa jeunesse. D’une manière plus générale, Bellini est considéré comme un artiste incarnant la transition entre la période gothique et la Renaissance proprement dite. Peintres des madones, mais aussi des douleurs et de la passion, Bellini se révèle un artiste brillant, exprimant remarquablement les émotions humaines. Il est admiré pour sa science du colorito et sera l’un des maîtres de Titien.
Giovanni Bellini, Autoportrait, vers 1500
Huile sur toile • 34 cm x 26 cm • Galerie Capitoline, Rome
« Le premier de tous, il sut donner à la face humaine une signification douloureuse jusqu’au tragique. » Paul Flat
Si la date de naissance de Bellini est incertaine, un consensus s’est établi autour de 1425. Le jeune homme grandit à Venise dans un foyer artistique. Sa filiation est complexe. Giovanni semble avoir été adopté par son demi-frère, Jacopo Bellini, peintre qui entretient des liens avec le milieu florentin. Le frère de Giovanni, Gentile, embrasse également la carrière d’artiste. Par ailleurs, leur beau-frère n’est autre que Mantegna, peintre de tout premier ordre et d’une grande influence.
Auprès de Jacopo, Giovanni se forme tout naturellement à l’art de peindre. Ses premiers travaux sont consacrés à des thèmes religieux. À partir des années 1460, des chantiers plus importants lui sont confiés, notamment le Polyptyque de Saint Vincent Ferrier dans la basilique San Zanipolo à Venise. Les tableaux de retable deviennent l’une de ses spécialités. Il en réalise un grand nombre tout au long de sa carrière.
Giovanni Bellini a passé sa vie à Venise, où il fonde une famille. Le peintre s’éloigne peu de la Sérénissime mais semble avoir rencontré Piero della Francesca lors de l’un de ses rares déplacements. Cette rencontre eut certainement son importance, tout comme l’influence de Mantegna. Toutefois, Giovanni Bellini ne reste pas leur épigone. Seul, il se libère progressivement de l’influence de ses devanciers et accorde une importance plus grande à la lumière. Sa palette s’éclaircit, et Bellini abandonne l’huile sur bois pour peindre sur toile, s’inspirant de la technique des peintres flamands. Il fonde également un atelier qui accueille quelques futurs grands peintres, notamment Giorgione et Titien.
Les madones, vierges à l’enfant, font partie des thèmes fétiches de Giovanni Bellini. Les sujets christologiques – la piéta et la lamentation du Christ – sont également au centre de son œuvre pictural. Bellini exprime ces épisodes tragiques avec sensibilité, insistant sur le rendu des émotions des personnages. Il disparaît à Venise en 1516.
Giovanni Bellini, Pietà, vers 1460
Tempera sur toile • 107 cm x 86 cm • Pinacothèque de Brera, Milan
Pietà, 1465–1470
Œuvre de jeunesse qui exprime la piété et le deuil, la Pietà réunit le Christ, la Vierge et saint-Jean. Tous les trois expriment des expressions associées à la douleur humaine. Au premier plan, accompagnant la signature de l’artiste, une inscription mentionne : « Ces yeux gonflés gémissent presque, cette œuvre de Bellini peut verser des larmes. » Bellini, en minimisant la séparation entre le monde sacré et le monde profane, s’adresse directement à la compassion du spectateur. Chaque homme peut se reconnaître dans les sentiments exprimés par les personnages.
Giovanni Bellini, Saint François en extase, vers 1480
The Frick Collection, New York
Saint François en extase, vers 1480–1485
Cette scène représente saint François d’Assise, fondateur de l’ordre franciscain, s’apprêtant à recevoir les stigmates à la fin de sa vie. Dans un paysage rocheux, qui exprime l’importance de la nature dans la pensée de François, le saint se tient debout, écartant les bras, dans une posture de réception et d’ouverture. La bouche ouverte suggère qu’il est en train de chanter, peut-être le Cantique du soleil. Bellini renouvèle ici l’interprétation d’un sujet déjà traité par ses prédécesseurs, tels Giotto.
Giovanni Bellini, Madone des près, vers 1505
Peinture à l’huile • National Gallery, Londres
Madone des prés, vers 1505
Œuvre de maturité, cette Vierge à l’enfant se caractérise par une infinie douceur et une suavité qui expriment bien l’évolution stylistique de Bellini. Dans ce paysage champêtre, évoquant la campagne vénitienne, la Vierge semble pleine d’humilité. Elle paraît être en apesanteur, comme détachée du réel. De cette manière, Bellini insiste sur les deux registres qui cohabitent dans l’image : terrestre et céleste. La posture de l’enfant, endormi, la main sur le corps, préfigure son destin tragique.
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