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Bande dessinée

Catherine Meurisse, le triomphe de la légèreté

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Publié le , mis à jour le
Que de chemin parcouru par l’ancienne dessinatrice de Charlie Hebdo ! Élue cette année à l’Académie des Beaux-Arts, Catherine Meurisse, reine de l’humour amoureuse de la nature, a aussi l’honneur d’une exposition à la BPI (Bibliothèque publique d’information) du Centre Pompidou, imaginée en collaboration avec le Festival d’Angoulême.
Catherine Meurisse, La Vie en dessin
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Catherine Meurisse, La Vie en dessin, 2020

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affiche de l'exposition • © Catherine Meurisse / Dargaud

Catherine Meurisse
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Catherine Meurisse

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Photo Nicolas Trouillard

« Les arbres nous donnent un sentiment d’éternité. Quand on grandit auprès d’eux, on ne les voit pas pousser. Ils ont l’air d’être là depuis toujours, d’être là pour toujours », disait le père de Catherine Meurisse à sa fille dans Les Grands Espaces (2018). À 40 ans, l’ancienne dessinatrice de Charlie Hebdo s’est épanouie aussi sûrement que l’orme qui triomphe dans le jardin de son enfance. Avec elle, la BD fait son entrée, depuis cette année, à l’Académie des Beaux-Arts. Sur l’affiche de la rétrospective « Une vie en dessin », présentée au Centre Pompidou à Paris, elle se dessine perchée sur la branche d’un arbre, qu’elle continue à faire pousser de son pinceau. Son sourire apaisé dit l’évidence de ce lien qu’elle tisse depuis toujours entre la nature et la création, le plaisir et le rire, cet absolu besoin de beauté et de liberté.

À Beaubourg, c’est l’occasion de faire connaissance, de creuser dans le terreau de ses influences, de partir à la rencontre de ses amitiés littéraires et artistiques. Hommage aux maîtres, avec les œuvres des invités, signées Sempé, Tomi Ungerer, Georges Beuville, Quentin Blake, Gotlib ou Claire Bretécher. Un joyeux panthéon pour cette enfant au talent précoce, biberonnée au Roman de Renart et aux fables de La Fontaine. Ce qui la caractérise très tôt ? Le goût du détail, un sens de l’humour et de l’observation, à l’origine de ses caricatures animalières. Dans ses albums, ensuite, elle n’a eu de cesse de ressusciter autour d’elle, d’un coup de plume, les peintres et écrivains qu’elle aime, sa troupe d’artistes. Proust qu’elle découvre à la trentaine, peut-être son meilleur ami, dont elle dit : « Le lire, c’est comme se lire soi-même ».

Catherine Meurisse, Scènes de la vie hormonale / Les Grands espaces
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Catherine Meurisse, Scènes de la vie hormonale / Les Grands espaces, 2016 / 2017

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© Catherine Meurisse / Dargaud

En 2001, à 21 ans, encore étudiante, Catherine publiait ses premiers dessins dans la presse. Embauchée à Charlie Hebdo, elle vit pendant plus d’une décennie au rythme du journal où elle confronte ses exigences et son trait élastique à l’urgence de l’actualité. Avec cette insolence qui s’avère jubilatoire dans les Scènes de la vie hormonale (2016), ou avec l’ironie plus amère d’un reportage dans le camp de réfugiés de Sangatte. « C’est à Charlie que j’ai appris à être libre. Si on ne peut plus rire, si cette liberté s’arrête, on n’est plus rien », confie-t-elle.

Cesser de rire. Le 7 janvier 2015, en arrivant en retard à la conférence de presse de Charlie Hebdo, Catherine échappait à l’attentat. Elle affrontait le deuil. Le traumatisme est palpable dans les dessins qu’elle publie pour le numéro des survivants. Ce silence, surtout, le moment de sidération où elle perd la mémoire, ces mois de vertige où elle arrête de dessiner. Dans la tonalité bleue des murs de la dernière salle, les kakemonos fendent la pièce, font surgir les silhouettes esquissées de danseurs suspendus, piégés dans leurs élans par la couleur.

Catherine Meurisse, La Légereté
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Catherine Meurisse, La Légereté, 2016

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© Catherine Meurisse / Dargaud 2016

Sur la cimaise, l’arbre totem rassure. Cet arbre-refuge que la dessinatrice enlace abrite des chantiers d’une reconstruction multiple. Catherine Meurisse a désormais tourné le dos à sa carrière de dessinatrice de presse, portée par le désir d’explorer de nouvelles techniques et esthétiques. Elle part à la recherche d’elle-même, ouverte à toutes les fulgurances. Sur un écran vidéo, on feuillette médusé le carnet qui compose la première partie de La légèreté (2016), écrit au lendemain des attentats. Ce journal intime dessiné d’une traite, presque sans repentir, à l’encre et à l’aquarelle, raconte la fragilité d’une amnésique, la délicatesse du retour à soi et le vertige de la mort. On s’attendrit face à la petite silhouette encapuchonnée au milieu d’un paysage à la Rothko, l’épiphanie d’un coucher de soleil sur la dune du Pilat. « Il n’y a rien de plus compliqué à consoler qu’un paysage désolé », murmure Pierre Dac, avec cette citation glissée sur un Post-it.

Catherine Meurisse, Delacroix
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Catherine Meurisse, Delacroix, 2019

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© Catherine Meurisse / Dargaud, 2019

Catherine n’a surtout rien perdu de son humour, aspirant plus que jamais à la légèreté, au plaisir, au sourire. « Mon dessin ne doit pas s’avachir », proclame-t-elle. Pour comprendre de quel bois elle est faite, elle revient dans la campagne où elle a grandi, retourne à la peinture avec Delacroix et muscle son trait auprès de la chorégraphe américaine DD Dorvillier, sur le motif du massacre des enfants de Niobé, ces statues qu’elle avait découvertes dans les jardins de la Villa Médicis. Du Japon, où elle est partie en résidence à la Villa Kujoyama, elle nous envoie des images de l’île Iki et la promesse d’un livre en préparation, inspiré par le roman de Natsume Sôseki, Oreiller d’herbes ou le voyage poétique, dans lequel celui qu’on surnomme parfois le « Proust japonais » écrit : « Puisque le but de mon voyage est de m’éloigner du monde trivial pour devenir artiste, je dois regarder tout ce que mes yeux voient comme un tableau ». Comme un nouvel appel à transcender la vulgarité du monde, vers la beauté, toujours.

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Catherine Meurisse, la vie en dessin

Du 30 septembre 2020 au 25 janvier 2021

www.centrepompidou.fr

Retrouvez dans l’Encyclo : Mark Rothko

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