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Abbaye de Maubuisson

Dans la jungle psyché de Julien Colombier

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Si on avait dit à Blanche de Castille que son abbaye Notre-Dame-la-Royale, fondée en 1236 à Maubuisson, allait accueillir un jour des palmiers et des cactus, elle ne l’aurait sans doute pas cru. Et pourtant : devenue centre d’art contemporain, elle accueille aujourd’hui le travail à grande échelle du peintre Julien Colombier, qui multiplie les illusions colorées à base de motifs en tout genre. Visite stupéfiante.
Julien Colombier, La Forêt (des Égarés)
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Julien Colombier, La Forêt (des Égarés), 2018-2019

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Vue de l’installation au sein de l’exposition « Electric Ladyland » à l’abbaye de Maubuisson

Panneaux de bois, peinture acrylique, haut-parleurs • Courtesy Julien Colombier / Photo Catherine Brossais / Conseil départemental du Val d'Oise / © Julien Colombier

« Finalement, je crée plus des ambiances que des œuvres », résume Julien Colombier (né en 1972), alors qu’on l’interroge au soleil après la visite de son exposition. Il y a effectivement quelque chose d’immersif dans son grand projet conçu in situ à l’abbaye de Maubuisson : l’artiste profite de la suite de salles de l’abbaye pour la transformer en parcours sensoriel, sans narration, sans explication. Simplement des motifs, déployés sur des toiles installées au sol, sur des murs inclinés, sur des pans de décors ou des drapeaux qui s’étirent dans le souffle d’un ventilateur. Aucun personnage, aucune histoire. Au mieux, quelques éléments reconnaissables de végétation – plantes grasses, palmes et cactus. « Pas besoin de connaître le mode d’emploi pour apprécier », ajoute l’artiste, heureux lorsque son travail séduit les plus jeunes – son projet actuel est d’ailleurs de peindre une grande fresque dans une école primaire du 14e arrondissement de Paris.

Julien Colombier, Le Nirvana (flottant)
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Julien Colombier, Le Nirvana (flottant), 2018–2019

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Vue de l’installation au sein de l’exposition « Electric Ladyland » à l’abbaye de Maubuisson

Drapeaux de soie sérigraphiés, mâts, soufflerie • Courtesy Julien Colombier / Photo Catherine Brossais / Conseil départemental du Val d’Oise / © Julien Colombier

Il n’y a toutefois là rien de naïf, bien au contraire. L’artiste parle volontiers d’un effet psychotrope de son travail, ciselé grâce à une bande-son réalisée en collaboration avec le musicien Pierre Estève. Celui-ci a décomposé un morceau de musique de film de Bollywood choisi par Julien Colombier, en a ralenti certains passages, transformé d’autres, pour former un drôle de medley entre chants indiens, murmures d’insectes et bruits de vent. « Mon rapport à la musique est très important : on peut comparer mes dégradés de couleurs à des « nappes » » (de longs sons électroniques). Ce qui concourt à cet effet de « montée » que l’on ressent au fur et à mesure de son exposition, comme on expérimenterait une drogue hallucinogène, avec ses moments d’angoisse ou d’extase.

Dans l’ancien parloir de l’abbaye, Julien Colombier a multiplié les peintures abstraites au sol pour évoquer « des échantillons de conversations ». On se mettrait volontiers à danser dans un tel décor : les couleurs variées des motifs répondent aux franges argentées tendues au-dessus de nos têtes, cachant en partie le très solennel plafond voûté. Parmi ses inspirations, un voyage en Inde, il y a cinq ans, durant lequel l’artiste a été très impressionné par la décoration « kitsch » des temples, et la façon dont « la religion se mêle joyeusement à la vie ». Et pour ce qui est des motifs foisonnants peints sur quarante morceaux de toile (soit 150 mètres carrés de peintures au sol), c’est là l’épicentre de son art : « J’ai une banque de motifs en tête : des pierres qui volent, des nuages, des associations de couleurs… ».

Julien Colombier, La Traversée (des Flows)
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Julien Colombier, La Traversée (des Flows), 2018-2019

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Vue de l’installation au sein de l’exposition « Electric Ladyland » à l’abbaye de Maubuisson

Guirlandes à franges, toiles, peinture acrylique, ventilateurs • Courtesy Julien Colombier / Photo Catherine Brossais / Conseil départemental du Val d'Oise / © Julien Colombier

Et de citer Keith Haring et ses fresques de 200 mètres de long, Henri Matisse, Pierre Alechinsky. C’est en observant une photographie du travail de Claude Viallat, documentant le montage d’une exposition à un moment où tout était par terre, que lui est venue l’envie de travailler au sol. Pour ce fan de hip hop, grand admirateur de graffiti (« Dans les années 90, quand je prenais le train, je passais mon temps le nez à la fenêtre »), la peinture se vit sans complexes, sans cadre ni étiquettes. Et se fait le décor d’un imaginaire contemporain, fruit de voyages et de danses – non sans une certaine mélancolie.

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