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Robert Delaunay, Femme au marché, 1915
Huile sur toile • 81 x 100 cm • Coll. Cligman
Le 23 juillet dernier, Martine et Léon Cligman ont signé l’acte de donation de leur collection à l’État. Près de 600 pièces auxquelles s’adjoindra un legs à la région Pays de la Loire. L’ensemble a trouvé son lieu : l’abbaye de Fontevraud. Fondée en 1101, c’est l’une des plus vastes cités monastiques héritées du Moyen Âge. Dans l’église abbatiale dorment les royaux gisants d’Aliénor d’Aquitaine, de son mari Henri II Plantagenêt et de leur fils Richard Cœur de Lion…
1 220 m2. C’est la part de la Fannerie sur les treize hectares de l’abbaye. Elle est actuellement en travaux pour accueillir les visiteurs du futur musée en 2020. Car cet édifice qui abritait les écuries de l’abbaye à la fin du XVIIIe siècle est typé et classé ! Pour y intégrer la modernité, la scénographie du studio Constance Guisset adoucira sa rusticité sans la désavouer.
Salle d’exposition de la collection
© Abbaye royale de Fontevraud
Le cabinet d’amateur des Cligman devrait s’épanouir en univers de formes. Les époux ont en effet constitué leur collection en veillant à la pertinence de tel objet océanien, telle sculpture grecque ou tel tableau de Derain ! Ces œuvres sont liées par une cohérence esthétique et affective, par le regard conjoint d’un industriel amateur d’art éclairé et d’une artiste, Martine Martine. Une salle reconstituera l’atelier de la peintre et sculptrice avec quelques-unes de ses œuvres et inspirations, comme le Balzac de Rodin.
Martine Cligman est la fille du couple Lévy qui légua à Troyes sa collection, cœur d’un musée d’art moderne réunissant les signatures qui ont ébloui les Lévy et les Cligman, Derain en premier. Dans les deux collections figurent aussi Edgar Degas, Maurice de Vlaminck, Kees Van Dongen, Chaïm Soutine. Mais derrière les grands porches de la Fannerie, le public aura également droit à quelques corps autrement stupéfiants comme un ensemble de quatorze sculptures de Germaine Richier dont Pomone, L’Orage, L’Ouragane, L’Échiquier, grand. Un ensemble sauvage et érodé qui se superposera à la temporalité du lieu.
Il s’agira de créer dans cet espace un long dialogue, des premiers objets sumériens aux peintures de Bernard Buffet. Un dialogue, vraiment ! De ceux que met en scène la designer Constance Guisset entre des objets étrangers qui s’illuminent et font des sons. Parmi les plus beaux figurants du spectacle, un paravent à quatre feuilles des Îles Fidji, un masque Teotihuacan (Mexique) ou encore un gardien de reliquaire Fang (Gabon). Leur fera face – mais de dos ! – un autoportrait fripon de Toulouse-Lautrec. Leur fera écran, une vue de New York par Bernard Buffet.
Vue de la salle d’introduction évoquant l’appartement du collectionneur avec les statues de Germaine Richier
© Abbaye royale de Fontevraud
Scandant ces échanges animés, des enclaves exposeront des passions sûres comme le peintre de l’École de Paris Georges Kars, l’artiste cubiste Roger de La Fresnaye ou Maurice Marinot, qui fit de l’art verrier un « jeu aussi gratuit que la peinture et la sculpture ». Près de ses pièces, pourquoi pas des verres antiques de Phénicie ? Exposés dans le creux d’anciens fours de boulangerie, ils trouveraient ensemble l’écho du feu. Incruster la modernité dans un lieu historique, c’est créer ce genre de naturel équilibre !
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