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Cornelia Konrads, Rupture (Lakmé’s dream), 2019
Mousse végétale, brique • © Photo Eric Sander
El Anatsui, Cire perdue, 2019
Les revenants de la Loire
Dressées fièrement au-dessus de la Loire, trois barques semblent défier le monde. Symbolisant les oubliés, les sacrifiés, les exilés, ces vieilles embarcations repêchées au fond du fleuve sont ressuscitées et maintenues debout grâce à une colonne vertébrale de métal, une structure employée habituellement en sculpture pour la technique de la fonte à cire perdue. Car chez le Ghanéen El Anatsui (né en 1944) – Lion d’Or de Venise en 2015 –, rien ne se perd, tout se transforme. Héritier de l’esprit de récup’ inventive qui règne souvent sur le continent africain, il redonne une âme et une dignité à nos déchets. Plus loin, dans les jardins du domaine, il a également érigé un imposant monticule de bois, vibrant de mille couleurs.
Coques de bateau, métal • © Photo Eric Sander
Janaina Mello Landini, Ciclotrama, 2019
Tisser le monde
Les racines suspendues au ciel, d’étranges arbres de fils blancs torsadés ont colonisé l’Asinerie (ancienne étable des ânes) du château. Une canopée de rêve tissée par une Pénélope sylvestre ? Une île flottante sous laquelle nous nous trouvons engloutis ? La Brésilienne, Janaina Mello Landini (née en 1974) se plaît à tisser méticuleusement la trame d’un récit fantastique qu’il convient au spectateur d’imaginer. Son procédé, d’une exécution lente et répétitive, donne naissance à un écosystème aux mille ramifications, renvoyant à l’interdépendance des éléments naturels et des individus.
Fils, corde • © Photo Eric Sander
Vincent Mauger, Géométrie discursive, 2019
Géométrie barbare
Face au château de conte de fées de Chaumont-sur-Loire, cette sphère de 6 mètres de diamètres détonne ! Composée de pieux de bois rigoureusement assemblés en un dense réseau orthogonal, cet improbable objet semble tout droit sorti des carnets de Léonard de Vinci, comme une ébauche pour un dispositif militaire fantasmé, à la fois « barbare et raffiné », nous dit l’artiste. Le travail de Vincent Mauger (né en 1976) concrétise des constructions mentales abstraites, qu’il fait surgir dans l’espace réel. Une réalité virtuelle avec des matériaux naturels, en somme ! L’artiste est également intervenu dans la cour de la ferme, où des pierres semblent avoir été découpées au laser selon une trame géométrique.
Bois • © Photo Eric Sander
Stéphane Thidet, There is no darkness, 2019
Douceur au cœur des ténèbres
Une des œuvres les plus poétiques de cette Saison d’art. Caressant la surface lisse d’un bassin où flottent des lentilles d’eau, une ampoule trace un délicat sillon lumineux. Plongé dans l’obscurité et le silence, ce ballet infini et fragile hypnotise autant qu’il inquiète… Les effets inattendus de phénomènes naturels sont au centre de l’œuvre toujours subtile et émouvante de Stéphane Thidet (né en 1974), qui se plaît à jouer avec l’environnement. Dans un recoin du domaine, il a aussi créé une grotte dont les pierres laissent écouler de petites gouttes, formant dans le sol d’argile un dessin aléatoire qui se renouvelle chaque jour.
Bois, eau, lentilles d’eau, ampoule, moteur • © Photo Eric Sander
Agnès Varda, L’Arbre de Nini, 2019
Dans le jardin secret d’Agnès
Le jour même où était inaugurée la nouvelle floraison artistique de Chaumont-sur-Loire, Agnès Varda (1928–2019) s’éteignait. Laissant orphelin un petit chat présent dans une de ses œuvres qui occupent la galerie de la cour des jardiniers. Le fidèle Nini toise le spectateur, tel un dieu protecteur, du haut d’un arbre écimé par une tempête.
Installation • © Photo Eric Sander
Agnès Varda, La Serre du bonheur, 2019
Les tournesols du bonheur
De l’autre côté de cette petite courette, qui recrée le jardin privé de la réalisatrice, est installée la Serre du bonheur. Envahie de tournesols artificiels, cette fragile cabane est composée de pellicules du film Le Bonheur, tourné en 1964, comme un monument à la nostalgie mais aussi au recyclage… Un lieu radieux, intime et sentimental, qui diffuse la douce-folie d’Agnès Varda.
Installation pour le domaine de Chaumont-sur-Loire • © Photo Eric Sander
Ma Desheng, Sculptures, 2019
L’équilibre du monde
Il était parmi « Les Étoiles » – premier mouvement d’avant-garde en Chine – avec, entre autres, Ai Weiwei et Wang Keping. Ma Desheng (né en 1952) a gardé de ces années subversives marquées par la conquête de liberté artistique une verve unique, un talent de poète-performeur hors du commun. On retrouve ce « souffle vital » dans ses sculptures, des pierres empilées dans un équilibre précaire, symbolisant l’Homme, mais aussi le cosmos. Placées à l’entrée du domaine, ces œuvres offrent une parfaite entrée en matière à une visite qui s’expérimente aussi comme un parcours initiatique, jusqu’à la félicité.
Bronze • © Photo Eric Sander
Saison d'art 2019
Du 30 mars 2019 au 3 novembre 2019
Domaine de Chaumont-sur-Loire • Rue des Argillons • 41150 Chaumont-sur-Loire
www.domaine-chaumont.fr
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Il était une fois le rêve d’un poney
Un délicat tapis de mousse végétale a poussé. Si fort qu’il a soulevé et fendu le pavage de briques au milieu des box des écuries du château. Cette incongruité est tout droit sortie du rêve de Lakmé, poney qui résidait autrefois ici, probablement las de son environnement de pierres, si luxueux soit-il. La nature, avec sa part de magie et de chaos, envahit l’œuvre entière de Cornelia Konrads (née en 1957) : « J’aime cette idée de montrer que, dans le visible, il y a de l’invisible ». L’artiste allemande, qui avait déjà créé une œuvre dans les jardins de Chaumont-sur-Loire en 2015 (Passage), révèle ici encore, avec poésie, le pouvoir d’enchantement du végétal.