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Gustave Le Gray, Le Brick au clair de lune, 1856
Papier salé albuminisé à partir de deux négatifs verre • 32 x 41,7 cm • Coll. musée Condé, Chantilly • © RMN-Grand Palais presse
Les frères Bisson, La Seine vue du Pont-Neuf, avant 1855
Paris en majesté
Forcé par la révolution de 1848 à vingt-cinq ans d’exil en Angleterre, le duc d’Aumale soigne sa nostalgie de la Ville Lumière en collectionnant les vues architecturales du Paris de Napoléon III, alors en pleine transformation sous la houlette du baron Haussmann. Les Tuileries, le Louvre, la Seine : sur ces clichés des frères Bisson et d’Édouard Baldus (qui fut membre de la Mission héliographique de 1851, chargée d’immortaliser un à un les monuments français), les effets de perspective soulignent la netteté rectiligne des bâtiments immobiles et majestueux, séparés par de larges avenues.
Papier albuminé à partir d’un négatif verre • 32 x 44,7 cm • Coll. musée Condé, Chantilly • © RMN-Grand Palais presse
Robert Howlett, Le Great Eastern, détail, 12 novembre 1857
À la pointe du progrès
Le duc s’intéresse aussi aux photographies d’actualité. Issue de sa collection, celle-ci documente la construction d’un bateau à vapeur géant (le Léviathan, surnommé le Great Eastern) dans le quartier londonien de l’East End. D’une netteté remarquable, ce cliché est un hymne à la révolution industrielle et au progrès technique : l’angle accentue la taille gargantuesque de ce navire de commerce, dont la proue fièrement dressée semble jaillir de l’image !
Papier albuminé • 28,6 x 36,3 cm • Coll. musée Condé, Chantilly • © RMN-Grand Palais presse
Luigi Caldesi, La famille royale d’Angleterre : la reine Victoria, le prince Albert et leurs enfants à Osborne, 1857
Portrait huppé
Seul ou en famille, il était de bon ton de se faire tirer le portrait… quitte à devoir rester immobile durant de longues minutes. Cousin de la reine Victoria, le duc d’Aumale conservait dans un album cette photographie de la famille royale d’Angleterre : entourés de leurs enfants, la reine et son mari, le prince Albert, prennent la pose dans le parc du château d’Osborne, leur résidence estivale sur l’île de Wight. Tous sont tirés à quatre épingles : souliers vernis et chapeaux à nœud de rigueur !
Papier albuminé • 10,1 x 6,6 cm • Coll. musée Condé, Chantilly • © RMN-Grand Palais presse
Anonyme, Vue des ruines des Vaux de Cernay : le promenoir des moines ou scriptorium, 1860-1870
Ruines romantiques
Passionné d’architecture et d’archéologie (le duc visitait les sites gréco-romains et collectionnait des vestiges), le duc d’Aumale est tombé sous le charme de cette photographie anonyme d’un passage voûté en arêtes d’ogives, prise dans les superbes ruines gothiques de l’abbaye des Vaux de Cernay. Un thème à la mode en ce siècle romantique…
Épreuve sur papier albuminé • 36 x 50,5 cm • Coll. musée Condé, Chantilly • © RMN-Grand Palais presse
Alphonse Braun, Vue suisse. Le mont Rose, entre 1863 et 1865
Neiges éternelles
Amateur de randonnées alpines, le duc collectionne aussi des vues de montagne prises par le maître du genre : Adolphe Braun (1812–1877). Pour immortaliser ces paysages grandioses devenus à la mode, l’Alsacien escalade les plus hauts sommets avec guides, porteurs et chambre noire mobile. Le secret de ce contraste puissant entre la noirceur des rochers et la blancheur lumineuse de la neige ? Un procédé breveté de tirage au charbon, pour lequel il a déboursé une petite fortune !
Papier albuminé à partir d'un négatif verre • 39 x 48 cm • Coll. musée Condé, Chantilly • © RMN-Grand Palais presse
Louis-Rémy Robert, Vases de la manufacture de Sèvres, 1855
Inventaire poétique
À l’époque, la photographie est considérée comme un pur outil d’enregistrement du réel. Mais le duc d’Aumale en perçoit déjà la dimension artistique et poétique : il acquiert des photographies d’œuvres et d’objets d’art prises dans le cadre d’inventaires, des clichés utilitaires qu’il contemple comme des natures mortes. À l’image de cet arrangement de vases en porcelaine de Sèvres, photographiés par le chef des ateliers de la manufacture lors de leur présentation à l’Exposition universelle de 1855.
Papier salé • 32,4 x 25,7 cm • Coll. musée Condé, Chantilly • © RMN-Grand Palais presse
Anonyme, Femme orientale allongée avec un narghilé au pied, vers 1855
Cliché orientaliste
Très attaché à l’Algérie, où il a fait sa carrière militaire, le duc collectionne des tableaux orientalistes et des photographies anonymes prises en Afrique du Nord. Son frère, le prince de Joinville, lui offre des clichés de « type arabe » souvent nimbés d’un flou mystérieux et irréel : des hommes en caftan, mais aussi cette jeune femme alanguie sur des coussins brodés, un narghilé posé à ses pieds… Un grand fantasme du XIXe siècle !
Tirage sur papier salé à partir d’un calotype • 18 x 22,5 cm • Coll. musée Condé, Chantilly • © RMN-Grand Palais presse
Ducos du Hauron, Portrait du duc de Penthièvre (1724-1793) d’après Nattier, 1878
Premières couleurs
Cette reproduction d’un portrait peint est l’une des toutes premières photographies en couleurs. Son auteur, Louis Ducos du Hauron (1837–1920), a utilisé un procédé qu’il a mis au point en 1869 : l’héliochromie. Après avoir photographié son sujet trois fois, à travers trois filtres différents (vert, orange, violet), le physicien imprime les trois négatifs sur des feuilles de gélatine contenant des couleurs complémentaires : rouge, bleu et jaune. Une fois les images superposées, les teintes se combinent pour reconstituer celles du tableau. Ingénieux, mais peu pratique… et pas encore très au point. À cette date, le noir et blanc a encore de beaux jours devant lui !
Héliochromie • 35,5 x 31,5 cm • Coll. musée Condé, Chantilly • © RMN-Grand Palais presse
De Baldus à Le Gray. Les primitifs de la photographie du XIXe siècle
Du 31 octobre 2018 au 6 janvier 2019
Domaine de Chantilly • 60500 Chantilly
www.domainedechantilly.com
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Une marine truquée
Sublimée par les nuages et l’eau scintillante, cette apparition magique d’un minuscule navire perdu entre ciel et mer est le fruit d’un trucage artistique de haute voltige : en réalité, le voilier et le ciel n’ont pas été photographiés le même jour ! Peintre de formation et fin chimiste, Gustave Le Gray (1820–1884) défend le potentiel artistique de la photographie : le pionnier a réuni ses deux négatifs sur plaque de verre le long de la ligne d’horizon, puis gommé les détails inutiles et peaufiné les effets d’atmosphère en chambre noire. Du Photoshop avant l’heure !