Musée du quai Branly

De Haïti à Hollywood, le quai Branly revient sur les origines du zombi

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Publié le , mis à jour le
Pour son exposition « Zombis. La mort n’est pas une fin ? », le musée du quai Branly – Jacques Chirac explore les origines d’une figure largement représentée par le cinéma d’horreur et la littérature. Nous emmenant à Haïti, où les zombis sont nés au croisement de plusieurs influences. Un parcours riche en objets rituels, et ponctué des spectaculaires reconstitutions d’un temple et d’un cimetière vaudous.
Wilfrid Daleus, Veillée vaudou dans un péristyle
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Wilfrid Daleus, Veillée vaudou dans un péristyle, 1988

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© musée du quai Branly – Jacques Chirac, photo Patrick Gries

« Le zombi est une entaille dans les certitudes », écrit Emmanuel Kasarhérou, président du musée du quai Branly – Jacques Chirac, en ouverture du catalogue de l’exposition « Zombis. La mort n’est pas une fin ? ». Il poursuit : « Le zombi renverse tout car il entre violemment en résonance avec la condition humaine. S’il nourrit à ce point l’imaginaire des romanciers et des cinéastes, c’est probablement parce qu’il touche d’abord à l’insondable, à l’une de nos terreurs les plus fondamentales : l’instant qui suit le dernier souffle. »

L’exposition, dans la dernière partie de son parcours, le montre avec un ensemble éloquent d’affiches de cinéma : nombreux sont les réalisateurs (comme George A. Romero avec La Nuit des morts-vivants) mais aussi les écrivains et les dessinateurs (The Walking Dead, comics scénarisés par Robert Kirkman et dessinés par Tony Moore puis Charlie Adlard) à s’être inspirés de la figure du zombi, dont l’origine est haïtienne, et le nom ne porte initialement pas de « e » final. On compte ainsi aujourd’hui plusieurs centaines de « films de zombies », sous-genre du cinéma d’horreur abondamment exploré, et il en sort chaque année de nouveaux, toujours plus terrifiants, plus transgressifs…

Qu’est-ce que la zombification ?

Paquet congo
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Paquet congo, Avant 1973

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© musée du quai Branly – Jacques Chirac, photo Claude Germain

Pour comprendre l’origine du « zombi », il faut opérer un voyage dans le temps de plusieurs centaines d’années en arrière, puisqu’il existe des descriptions de la « zombification » depuis la fin du XVIIe siècle. Philippe Charlier, commissaire de l’exposition et directeur du Laboratoire anthropologie, archéologie, biologie (LAAB), détaille : le zombi est « un individu qui, ayant commis des méfaits, aurait été jugé par des sociétés secrètes de la religion vaudou, condamné, drogué, enterré vivant, exhumé puis exilé et transformé en esclave sous la garde d’un bokor » (ce dernier terme désignant un prêtre du vaudou haïtien). Ce « non-mort », ou « mauvais mort » comme le dit le commissaire, connaît donc un destin pire que la mort.

Son histoire prend racine en Afrique subsaharienne, où apparaît il y a des siècles la figure du « nzambi », soit le fantôme ou l’esprit d’un mort. Celle-ci mute lorsqu’elle traverse l’océan Atlantique sur les routes de l’esclavage, et devient zombi à Haïti, où son identité s’affirme en un syncrétisme complexe, façonné aussi bien par des pratiques magico-religieuses africaines, des connaissances des populations caribéennes (notamment leur maîtrise de la drogue et du poison…), et même des rites catholiques.

Les dessous des rituels vaudous

Le vaudou est « une façon de vivre et de donner sens au monde ».

Lilas Desquiron

Le zombi se retrouve ainsi au cœur de rituels vaudous. L’exposition prend le temps de rappeler que le vaudou est la religion de la majorité du peuple haïtien ; elle est aussi, comme l’affirme l’écrivaine haïtienne et commissaire associée de l’exposition, Lilas Desquiron dans le catalogue, « une façon de vivre et de donner sens au monde ». C’est pourquoi le parcours s’ouvre sur la reconstitution d’un temple vaudou : une grande salle parsemée d’objets et d’inscriptions au sol, de crucifix, de céramiques rituelles et de bouteilles d’alcool, celles-ci pouvant être utilisées durant les cérémonies de guérison, ou pour faire venir des divinités dites loas.

Personnage bizango
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Personnage bizango, XXème siècle

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© musée du quai Branly – Jacques Chirac, photo Pauline Guyon

On découvre ensuite analysés différents objets, tels que des robes de culte ou des hochets-sonnailles, qui permettent d’entrevoir le moment de vie et de musique que constituaient ces cérémonies. On apprend également à connaître le panthéon vaudou en allant à la rencontre de ses loas : Mami Wata, Grande Brigitte, Baron Samedi… Avant de faire face à de stupéfiants fétiches bizango, composés de tissus rembourrés, d’os humains, de bois, de métal ou encore de miroirs : ils constituent une « armée des ombres », apprend-on ici, qui porte les couleurs des sociétés secrètes devant lesquelles seront jugés les zombis. Une nuance est apportée : la plupart des fétiches ont été réalisés par un artiste initié de Port-au-Prince, Dubréus Lhérisson, et sont moins destinés aux rituels qu’au marché de l’art.

Myrlande Constant, Bannière Bawson
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Myrlande Constant, Bannière Bawson, 2005

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© musée du quai Branly – Jacques Chirac, photo Claude Germain

La reconstitution d’un cimetière vaudou précède une série de portraits photographiques et textuels de différents zombis, dont chaque histoire est des plus déroutantes. Un court film d’Hadrien La Vapeur et Corto Vaclav présente également le destin de Prince Dethmer, « étoile montante de la scène artistique au Congo-Brazzaville » victime d’un accident de la route et enterré… Jusqu’à ce qu’il réapparaisse dix jours plus tard. Entre réalité et fiction, le zombi apparaît donc comme un sujet passionnant, qui permet à l’exposition d’aborder de très nombreux thèmes – dont la question de l’esclavage, constitutive de son identité. Mais aussi de raconter comment les Occidentaux se sont emparés à leur façon des zombis. Qui persistent toujours aujourd’hui à Haïti.

Zombis. La mort n’est pas une fin ?

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