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Vue de l’exposition “L’Étoffe de ma garde-robe”, section “Revival toile de Jouy”
© MTDJ / Pauline Pirot
Rappelez-vous de ces murs tapissés qui habillaient l’intérieur de vos grands-parents… Des paysages de campagne ou des scènes de la vie quotidienne du XVIIIe siècle y étaient dessinés d’un trait détaillé et monochrome, souvent bleu ou rouge : il s’agit de la toile de Jouy, appliquée aussi bien au mobilier qu’à la garde-robe. L’initiateur de cette aventure made in France ? L’Allemand Christophe-Philippe Oberkampf qui, incité par la levée de l’interdiction royale française sur le commerce des indiennes (toiles peintes importées des Indes), installe sa manufacture à Jouy-en-Josas. De 1760 jusqu’en 1843, elle sera le plus grand centre européen de production d’indiennes et de toiles à personnages, créant dans ses ateliers plus de 30 000 dessins !
Tablier de ramage fleuri, caraco et jupe en indienne, XVIIIe siècle
© MTDJ / Pauline Pirot
Des fleurs exotiques, des ramages fleuris, des décors de tulipes… Tous les motifs viennent d’Asie, puis sont revisités à la mode européenne afin de plaire au plus grand nombre. Les toiles de coton importées sont à la fois solides et extrêmement légères, ornées de vifs coloris et de dessins raffinés. Alors, en copiant à la perfection ces motifs d’inspiration étrangère sur ces textiles de pointe, la manufacture de Jouy-en-Josas trouve peu à peu sa marque de fabrique. Et le succès est au rendez-vous.
« C’était tout simplement un mélange touffu d’herbages légèrement enluminés de petites fleurs des prés » : voici comment un descendant d’Oberkampf décrit le best-seller de la manufacture de Jouy – un motif appelé les « bonnes herbes », édité en 1793. Si son design évoque aujourd’hui le Liberty londonien inventé à l’aube du XIXe siècle, c’est parce que les artistes de la toile de Jouy se sont grandement inspirés des dessins anglais ! Pour les dessinateurs, il est obligatoire de se former au plus tôt au parfait tracé du bouton de rose et des guirlandes fleuries, afin d’inventer à leur tour de nouvelles espèces puisées dans les fleurs des champs. Jupes, caracos, gilets d’homme ou robes de chambre se parent de lilas, iris, pivoines et tulipes en bouquet, qui éclosent grâce à l’essor de la botanique.
Caraco et jupon haut, impression entre 1795 et 1806
Toile imprimée à la planche de bois, motifs dits « Bonnes herbes » Manufacture de Jouy • © MTDJ / Pauline Pirot
Mais après la Révolution française, les motifs se géométrisent pour rompre avec la tradition bourgeoise. De nouveaux coloris apparaissent et l’impression s’opère désormais grâce à un rouleau de cuivre – au lieu de blocs de bois –, capable d’imprégner une plus grande quantité de tissu. Pour démontrer cette évolution, le musée de la Toile de Jouy a dégoté un fantastique spécimen daté des années 1790 : un gilet d’homme orné de losanges sur fond vert pomme, dont les boutons s’accompagnent d’illustrations de navires ! « Ce gilet est une merveille, extrêmement bien conservé depuis le XVIIIe siècle. Il devait appartenir à un ancien combattant de la marine souhaitant célébrer une victoire », explique la responsable des collections, Alexia Fontaine.
Vue de l’exposition “L’Étoffe de ma garde-robe”, section “Motifs géométriques et palmettes & Revival des toiles de Jouy”
© MTDJ / Pauline Pirot
Des Indes, on importe encore des étoles de laine tissées qui font fureur sous l’Empire. Semblables à nos pashmînâ (ces écharpes en cachemire au style oriental), elles se portent en châles ou se convertissent en robes, et se parent de motifs de palmettes formées de petites fleurs empruntées aux arts moghols. Puis, tout s’accélère en 1806, avec l’invention de la teinture. La couleur violette s’invente à la moitié du XIXe siècle, et les jeux d’optique connaissent un certain engouement ! Les designers commencent alors à mêler les décors, les coloris vifs et tendances, les matières tantôt veloutées, tantôt soyeuses…
En haute couture, c’est bien connu, rien n’est plus chic que le vintage. Plébiscitée par Christian Dior qui en tapisse les murs de sa boutique, imitée avec humour par Jean-Charles de Castelbajac, réinvestie sur un smoking masculin par la créatrice Cécile Christy, la toile de Jouy devient la star du rétro grâce aux couturiers qui n’oublient pas de rendre hommage à l’origine du motif imprimé, même si, depuis, les techniques d’impression se sont radicalement modernisées. Des carreaux Vichy célébrés par Brigitte Bardot au wax venu d’Afrique en passant par l’emblématique pied-de-poule revisité par la maison Chanel, les modes défilent, venues de tous horizons, étonnantes de créativité.
L'étoffe de ma garde-robe
Du 8 octobre 2019 au 23 février 2020
Musée de la Toile de Jouy • 54, rue Charles-de Gaulle • 78350 Jouy-en-Josas
www.museedelatoiledejouy.fr
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