BEAUX-ARTS DE PARIS

En partenariat avec Beaux-Arts de Paris

http://Beaux-Arts%20de%20Paris

De Léonard de Vinci à Cy Twombly, 11 gribouillages magnifiques

Par

Publié le , mis à jour le
Retrouvé sur de vieux murs et en marge de dessins anciens, le gribouillage a toujours existé. Mais cette pratique fut longtemps cachée et dévalorisée avant de devenir l’une des grandes inspirations de l’art moderne. Aux Beaux-Arts de Paris, une exposition de plus de 150 œuvres, réalisée avec l’Académie de France à Rome – Villa Médicis et le soutien du Centre Pompidou, démontre la façon dont son caractère expérimental, bouillonnant et libéré de toute règle lui confère une intemporalité sidérante. De Léonard de Vinci à Cy Twombly, visite expresse en onze œuvres magnifiquement brouillonnes !
Léonard de Vinci, Profil de vieillard
voir toutes les images

Léonard de Vinci, Profil de vieillard, 1481-1486

i

Précieuse caricature

Lorsque Léonard de Vinci (1452–1519) se détend et gribouille au dos de ses dessins ou en marge de ses manuscrits scientifiques, le résultat reste excellent. À tel point que ce petit profil de vieillard aigri au regard amorphe, griffonné à la pointe de métal par le génie italien – l’une de ses « têtes grotesques » qu’il croque rapidement dans ses moments de décrochage où son esprit se met à vagabonder – a été découpé et conservé au détriment de l’étude de nu pour son célèbre Homme de Vitruve qui se trouvait au verso de la feuille !

Mine d’argent et de plomb sur papier préparé en rose • © Beaux-Arts de Paris

Raffaello Sanzio, Études pour la Madone au baldaquin
voir toutes les images

Raffaello Sanzio, Études pour la Madone au baldaquin

i

Croquis automatiques

Tracées à la plume et à l’encre brune par Raphaël (1483–1520), ces précieuses études de variantes pour la Madone au baldaquin montrent la capacité du grand maître italien à faire surgir, en quelques traits rapides, un petit Jésus en mouvement sur les genoux de sa mère. Le peintre répète de façon compulsive la même figure réduite à l’essentiel, comme un doodle – un dessin griffonné et répété à la va-vite, de façon automatique et sans effort.

Plume, encre brune et pierre noire • © Beaux-Arts de Paris

Giovanni Francesco Barbieri, dit Guercino, Dieu le Père avec un ange
voir toutes les images

Giovanni Francesco Barbieri, dit Guercino, Dieu le Père avec un ange

i

Bouillonnement élégant

Même lorsqu’ils gribouillent, les maîtres de la Renaissance italienne nous touchent par la grâce de leur coup de plume. Œuvre de l’artiste baroque Giovanni Francesco Barbieri, dit Guercino ou Le Guerchin (1591–1666), cette esquisse d’une scène religieuse exprime l’envol de l’archange Gabriel par un bouquet de boucles et de volutes poétiques devenues incontrôlables. Vivante, comme si le dessin se faisait sous nos yeux, la main de l’artiste a quitté les contraintes de la figuration pour se laisser porter par la rêverie et l’émotion. Une pure merveille !

Plume et encre brune • © Fondation Custodia, Collection Frits Lugt, Paris

Giovanni Francesco Caroto, Portrait d’enfant montrant son dessin
voir toutes les images

Giovanni Francesco Caroto, Portrait d’enfant montrant son dessin, 1515-1520

i

Bâtonnets enfantins

Ce surprenant tableau italien du XVIe siècle dépeint un garçonnet goguenard montrant au spectateur une feuille blanche sur laquelle il a esquissé malhabilement un personnage. Longtemps cachés et méprisés, les dessins d’enfants, forme de gribouillage la plus innocente, libérée de toute règle, simple, spontanée et pleine de vitalité, deviendront une inspiration sérieuse pour les artistes modernes. Notamment Paul Klee et Vassily Kandinsky, qui se mettront à les collectionner, les imiter et les exposer aux côtés de leurs propres travaux !

Huile sur toile • Museo di Castelvecchio, Vérone • © Archivio Fotografico dei Musei Civici, Verona (Gardaphoto, Salò)

Rembrandt, Griffonnements avec autoportrait, couple de mendiants, têtes de vieillards
voir toutes les images

Rembrandt, Griffonnements avec autoportrait, couple de mendiants, têtes de vieillards, 1632

i

Cadavre exquis du Siècle d’or

Même au burin, sur les matrices en cuivre gravées servant à l’impression d’estampes, les artistes « gribouillent » pour se détendre ou expérimenter. En témoigne cette eau-forte du célèbre peintre et graveur Rembrandt (1606–1669), qui compile pêle-mêle un autoportrait chevelu, un couple de mendiants (il faut opérer une rotation de 90 degrés vers la droite pour les voir dans le bon sens), une tête de vieillard encapuchonnée et d’autres esquisses inachevées. Résultat ? Une composition plutôt moderne où les formes, détachées de leur contexte, deviennent presque des motifs abstraits.

Eau-forte • © Beaux-Arts de Paris

Eugène Delacroix, Cahier de classe
voir toutes les images

Eugène Delacroix, Cahier de classe

i

Joyeux brouillon

Essais de calligraphie, taches d’encre, caricatures, hachures mécaniques… Cette feuille amusante datée de 1815 et témoignant d’instants de relâchement du peintre Eugène Delacroix (1798–1863), alors âgé de dix-sept ans, dévoile une facette insoupçonnée de cet artiste connu pour ses œuvres romantiques intenses, pleines de sang et fureur, comme La Mort de Sardanapale (1827) et La Liberté guidant le peuple (1830).

Plume et encre noire • Bibliothèque de l’Institut national d’histoire de l’art, Paris • © INHA

Brassaï, Graffiti de la série VIII La Magie
voir toutes les images

Brassaï, Graffiti de la série VIII La Magie

i

Graffiti magique

Tout comme le dessin d’enfant, le graffiti urbain est une autre forme de gribouillage qui inspire beaucoup les modernes. Dès les années 1930, les dessins et signes gravés ou tracés sur les murs de Paris fascinent Brassaï (1899–1984), qui les traquera tout au long de sa vie pour les photographier. L’épure joyeusement maladroite de cette forme d’art brut permet à des artistes comme Basquiat ou Dubuffet de renouer avec une forme d’innocence archaïque, pleine de fraîcheur et de dynamisme.

Épreuve gélatino-argentique • © Estate Brassaï Succession – Philippe Ribeyrolles

Brassaï, Matisse devant un dessin exécuté les yeux fermés
voir toutes les images

Brassaï, Matisse devant un dessin exécuté les yeux fermés, 1939

i

Portrait à tâtons

Au XXe siècle, plusieurs artistes cherchent à créer les conditions d’une perte de contrôle, à se rapprocher du laisser-aller propre au gribouillage, afin d’atteindre une forme plus pure de création. Certains laissent leur crayon se mouvoir au hasard dans leur poche, d’autres dessinent dans un état somnambulique. Sur cette photographie de 1939, Henri Matisse (1869–1954) pose devant un portrait qu’il a tracé les yeux fermés, à la craie sur une porte en bois. Résultat ? Une œuvre amusante, très épurée, délicieusement de guingois… Tout simplement géniale !

Épreuve gélatino-argentique • 29,5 x 22,5 cm • © Estate Brassaï Succession - Philippe Ribeyrolles

Jean Dubuffet, Henri Calet
voir toutes les images

Jean Dubuffet, Henri Calet, 1947

i

Drôle de tête

Un jour, en gribouillant sur une feuille lors d’un appel téléphonique, l’artiste Jean Dubuffet (1901–1985) prend conscience du potentiel graphique de ces traits vagabonds. Fasciné par les créations des patients d’hôpitaux psychiatriques, ce célèbre théoricien de l’art brut produit sciemment des formes d’apparence contorsionnées et malhabiles, comme ce portrait plein d’humour associant un cou démesurément large, un strabisme prononcé et deux ovales en guise de narines. Un sacré pied-de-nez aux canons de l’art !

Encre de Chine (plume) sur papier • Fondation Dubuffet, Paris • © Fondation Dubuffet / ADAGP, Paris

Inge Morath, Alberto Giacometti encadrant un graffiti sur le mur de son atelier parisien au 46 rue Hippolyte-Maindron
voir toutes les images

Inge Morath, Alberto Giacometti encadrant un graffiti sur le mur de son atelier parisien au 46 rue Hippolyte-Maindron, 1958

i

Vandalisme encadrable

Dans les rues de la Rome antique ou sur les murs des ateliers des artistes de la Renaissance, le graffiti a toujours existé. Les parois du petit atelier parisien avec mezzanine qu’Alberto Giacometti occupait à partir de 1926 étaient eux-mêmes couverts de dessins, de griffonnements, de traces et d’incisions diverses, témoins de sa créativité bouillonnante. Des œuvres marginales auxquelles le sculpteur, sous l’objectif de la photographe Inge Morath en 1958, donne malicieusement leurs lettres de noblesse en « encadrant » l’une d’elles. Un geste simple et génial à la fois !

Tirage gélatino-argentique, New York, Inge Morath Estate • © Inge Morath / Magnum Photos

Cy Twombly, Delian Ode n°19
voir toutes les images

Cy Twombly, Delian Ode n°19, août 1961

i

Gribouillis glorifiés

On croirait volontiers à des gribouillis d’enfant. Avec ses nuages de traits bouillonnants, semés de façon aléatoire sur le fond blanc de la feuille, l’artiste américain Cy Twombly (1928–2011), figure de l’expressionnisme abstrait, s’inspire de l’énergie erratique des crayonnages des tout-petits pour ériger, avec audace et provocation, le gribouillage en art digne d’être encadré. Un geste qui remet en cause les définitions traditionnelles de l’œuvre finie, de l’art et de la légitimité artistique !

Craie grasse, crayon, crayon de couleur et stylo à bille sur papier • 33,3 x 35,3 cm • Collection privée, Paris / Dépôt à la Collection Lambert, Avignon • © Cy Twombly Foundation

Arrow

Gribouillage / Scarabocchio. De Léonard de Vinci à Cy Twombly

Du 8 février 2023 au 30 avril 2023

www.beauxartsparis.fr

Vous aimerez aussi

Carnets d’exposition, hors-série, catalogues, albums, encyclopédies, anthologies, monographies d’artistes, beaux livres...

Visiter la boutique
Visiter la boutique

À lire aussi