En partenariat avec Beaux-Arts de Paris

Léonard de Vinci, Profil de vieillard, 1481-1486
Mine d’argent et de plomb sur papier préparé en rose • © Beaux-Arts de Paris
Raffaello Sanzio, Études pour la Madone au baldaquin
Croquis automatiques
Tracées à la plume et à l’encre brune par Raphaël (1483–1520), ces précieuses études de variantes pour la Madone au baldaquin montrent la capacité du grand maître italien à faire surgir, en quelques traits rapides, un petit Jésus en mouvement sur les genoux de sa mère. Le peintre répète de façon compulsive la même figure réduite à l’essentiel, comme un doodle – un dessin griffonné et répété à la va-vite, de façon automatique et sans effort.
Plume, encre brune et pierre noire • © Beaux-Arts de Paris
Giovanni Francesco Barbieri, dit Guercino, Dieu le Père avec un ange
Bouillonnement élégant
Même lorsqu’ils gribouillent, les maîtres de la Renaissance italienne nous touchent par la grâce de leur coup de plume. Œuvre de l’artiste baroque Giovanni Francesco Barbieri, dit Guercino ou Le Guerchin (1591–1666), cette esquisse d’une scène religieuse exprime l’envol de l’archange Gabriel par un bouquet de boucles et de volutes poétiques devenues incontrôlables. Vivante, comme si le dessin se faisait sous nos yeux, la main de l’artiste a quitté les contraintes de la figuration pour se laisser porter par la rêverie et l’émotion. Une pure merveille !
Plume et encre brune • © Fondation Custodia, Collection Frits Lugt, Paris
Giovanni Francesco Caroto, Portrait d’enfant montrant son dessin, 1515-1520
Bâtonnets enfantins
Ce surprenant tableau italien du XVIe siècle dépeint un garçonnet goguenard montrant au spectateur une feuille blanche sur laquelle il a esquissé malhabilement un personnage. Longtemps cachés et méprisés, les dessins d’enfants, forme de gribouillage la plus innocente, libérée de toute règle, simple, spontanée et pleine de vitalité, deviendront une inspiration sérieuse pour les artistes modernes. Notamment Paul Klee et Vassily Kandinsky, qui se mettront à les collectionner, les imiter et les exposer aux côtés de leurs propres travaux !
Huile sur toile • Museo di Castelvecchio, Vérone • © Archivio Fotografico dei Musei Civici, Verona (Gardaphoto, Salò)
Rembrandt, Griffonnements avec autoportrait, couple de mendiants, têtes de vieillards, 1632
Cadavre exquis du Siècle d’or
Même au burin, sur les matrices en cuivre gravées servant à l’impression d’estampes, les artistes « gribouillent » pour se détendre ou expérimenter. En témoigne cette eau-forte du célèbre peintre et graveur Rembrandt (1606–1669), qui compile pêle-mêle un autoportrait chevelu, un couple de mendiants (il faut opérer une rotation de 90 degrés vers la droite pour les voir dans le bon sens), une tête de vieillard encapuchonnée et d’autres esquisses inachevées. Résultat ? Une composition plutôt moderne où les formes, détachées de leur contexte, deviennent presque des motifs abstraits.
Eau-forte • © Beaux-Arts de Paris
Eugène Delacroix, Cahier de classe
Joyeux brouillon
Essais de calligraphie, taches d’encre, caricatures, hachures mécaniques… Cette feuille amusante datée de 1815 et témoignant d’instants de relâchement du peintre Eugène Delacroix (1798–1863), alors âgé de dix-sept ans, dévoile une facette insoupçonnée de cet artiste connu pour ses œuvres romantiques intenses, pleines de sang et fureur, comme La Mort de Sardanapale (1827) et La Liberté guidant le peuple (1830).
Plume et encre noire • Bibliothèque de l’Institut national d’histoire de l’art, Paris • © INHA
Brassaï, Graffiti de la série VIII La Magie
Graffiti magique
Tout comme le dessin d’enfant, le graffiti urbain est une autre forme de gribouillage qui inspire beaucoup les modernes. Dès les années 1930, les dessins et signes gravés ou tracés sur les murs de Paris fascinent Brassaï (1899–1984), qui les traquera tout au long de sa vie pour les photographier. L’épure joyeusement maladroite de cette forme d’art brut permet à des artistes comme Basquiat ou Dubuffet de renouer avec une forme d’innocence archaïque, pleine de fraîcheur et de dynamisme.
Épreuve gélatino-argentique • © Estate Brassaï Succession – Philippe Ribeyrolles
Brassaï, Matisse devant un dessin exécuté les yeux fermés, 1939
Portrait à tâtons
Au XXe siècle, plusieurs artistes cherchent à créer les conditions d’une perte de contrôle, à se rapprocher du laisser-aller propre au gribouillage, afin d’atteindre une forme plus pure de création. Certains laissent leur crayon se mouvoir au hasard dans leur poche, d’autres dessinent dans un état somnambulique. Sur cette photographie de 1939, Henri Matisse (1869–1954) pose devant un portrait qu’il a tracé les yeux fermés, à la craie sur une porte en bois. Résultat ? Une œuvre amusante, très épurée, délicieusement de guingois… Tout simplement géniale !
Épreuve gélatino-argentique • 29,5 x 22,5 cm • © Estate Brassaï Succession - Philippe Ribeyrolles
Jean Dubuffet, Henri Calet, 1947
Drôle de tête
Un jour, en gribouillant sur une feuille lors d’un appel téléphonique, l’artiste Jean Dubuffet (1901–1985) prend conscience du potentiel graphique de ces traits vagabonds. Fasciné par les créations des patients d’hôpitaux psychiatriques, ce célèbre théoricien de l’art brut produit sciemment des formes d’apparence contorsionnées et malhabiles, comme ce portrait plein d’humour associant un cou démesurément large, un strabisme prononcé et deux ovales en guise de narines. Un sacré pied-de-nez aux canons de l’art !
Encre de Chine (plume) sur papier • Fondation Dubuffet, Paris • © Fondation Dubuffet / ADAGP, Paris
Inge Morath, Alberto Giacometti encadrant un graffiti sur le mur de son atelier parisien au 46 rue Hippolyte-Maindron, 1958
Vandalisme encadrable
Dans les rues de la Rome antique ou sur les murs des ateliers des artistes de la Renaissance, le graffiti a toujours existé. Les parois du petit atelier parisien avec mezzanine qu’Alberto Giacometti occupait à partir de 1926 étaient eux-mêmes couverts de dessins, de griffonnements, de traces et d’incisions diverses, témoins de sa créativité bouillonnante. Des œuvres marginales auxquelles le sculpteur, sous l’objectif de la photographe Inge Morath en 1958, donne malicieusement leurs lettres de noblesse en « encadrant » l’une d’elles. Un geste simple et génial à la fois !
Tirage gélatino-argentique, New York, Inge Morath Estate • © Inge Morath / Magnum Photos
Cy Twombly, Delian Ode n°19, août 1961
Gribouillis glorifiés
On croirait volontiers à des gribouillis d’enfant. Avec ses nuages de traits bouillonnants, semés de façon aléatoire sur le fond blanc de la feuille, l’artiste américain Cy Twombly (1928–2011), figure de l’expressionnisme abstrait, s’inspire de l’énergie erratique des crayonnages des tout-petits pour ériger, avec audace et provocation, le gribouillage en art digne d’être encadré. Un geste qui remet en cause les définitions traditionnelles de l’œuvre finie, de l’art et de la légitimité artistique !
Craie grasse, crayon, crayon de couleur et stylo à bille sur papier • 33,3 x 35,3 cm • Collection privée, Paris / Dépôt à la Collection Lambert, Avignon • © Cy Twombly Foundation
Gribouillage / Scarabocchio. De Léonard de Vinci à Cy Twombly
Du 8 février 2023 au 30 avril 2023
Beaux-arts de Paris • 13 Quai Malaquais • 75006 Paris
www.beauxartsparis.fr
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Précieuse caricature
Lorsque Léonard de Vinci (1452–1519) se détend et gribouille au dos de ses dessins ou en marge de ses manuscrits scientifiques, le résultat reste excellent. À tel point que ce petit profil de vieillard aigri au regard amorphe, griffonné à la pointe de métal par le génie italien – l’une de ses « têtes grotesques » qu’il croque rapidement dans ses moments de décrochage où son esprit se met à vagabonder – a été découpé et conservé au détriment de l’étude de nu pour son célèbre Homme de Vitruve qui se trouvait au verso de la feuille !