Représentation du «Boléro» à l’Opéra d’État de Vienne par la troupe d’Ida Rubinstein, le 22 février 1929
Photogrpahie • © ÖNB Vienna ‘object’s name’
Tam-tam-tam-tam… D’abord, le rythme militaire d’une caisse claire fend le silence. Puis émerge une flûte traversière, toute douce, presque sensuelle. Deux notes à peine suffisent pour reconnaître cet air, devenu en un temps record l’un des plus célèbres de la musique classique, au point d’infuser aussi la pop culture, du cinéma au metal !
À la Philharmonie de Paris, une exposition revient sur l’histoire et la formidable postérité du Boléro, composé en 1928 par Maurice Ravel (1875–1937). Un événement qui s’inscrit dans le cadre des célébrations du 150e anniversaire de la naissance du compositeur, temps fort de l’actualité artistique de l’année 2025.
Léon Leyritz, Le Toro de fuego (Maquette de costume pour le Boléro), 1941
Crayon et guache • 24 × 31,6 cm • © Bibliothèque Nationale de France
Pour comprendre la raison de ce succès planétaire, qui a élevé le Boléro au rang de chef-d’œuvre universel, il faut revenir sur les conditions de sa création. En 1928, Ravel est au sommet de sa gloire. Alors qu’il rentre d’une tournée à guichets fermés aux États-Unis, Ida Rubinstein, danseuse des Ballets russes désormais à la tête de sa propre compagnie, lui commande un ballet espagnol. Il faut dire que depuis le siècle précédent, une véritable vague hispanisante a déferlé sur les arts, comme en témoigne dans l’exposition le portrait de la danseuse Lola de Valence par Édouard Manet (1862) et un dessin de Marcelle Lender dansant un boléro par Henri de Toulouse-Lautrec (1895).
Composé à la hâte, ce fandango (une danse espagnole à trois temps) repose sur un argument simplissime : « Dans une taverne d’Espagne, on danse sous la lampe de cuivre, au plafond. Aux acclamations de l’assistance, la danseuse a bondi sur la longue table et ses pas s’animent de plus en plus. » Produit par Ida Rubinstein, le spectacle est créé le 22 novembre 1928 sous la forme d’un ballet chorégraphié par Bronislava Nijinska.
Dès sa création, il connaît d’innombrables relectures, dépassant les frontières de la musique classique pour s’encanailler du côté du jazz, du reggae et même du metal !
20 danseurs évoluent sur une table basse, laissant peu à peu place à Ida qui effectue alors un solo sensuel. Le succès, en France et à l’international, est immédiat. La presse s’enthousiasme aussi pour les décors imaginés par le scénographe russe Alexandre Benois : « Ce tableau en clair-obscur est d’une grande beauté. C’est un Goya avec des noirs, des bruns, des reflets de flamme et quelques couleurs tendres et légères », écrit Robert Dézarnaux.
Le succès du Boléro ne faiblit pas au fil des décennies. Dès sa création, il connaît d’innombrables relectures, dépassant les frontières de la musique classique pour s’encanailler du côté du jazz, du reggae et même du metal ! Quantité de chorégraphes s’en sont aussi emparés, à commencer par Maurice Béjart, dont le ballet créé en 1961 s’est imposé comme un monument de la danse contemporaine. Au cinéma enfin, le Boléro a fait des apparitions chez Akira Kurosawa, Claude Lelouch ou encore Anne Fontaine, qui au printemps dernier a consacré à Ravel un biopic (avec Raphaël Personnaz dans le rôle du célèbre compositeur dandy).
La recette de succès tient bien sûr de cette mélodie hypnotique et entêtante, qui se répète crescendo pour s’achever en apothéose ; mais aussi de la personnalité de son auteur, perfectionniste dans l’âme. Pour ce fils d’ingénieur, chaque composition relève d’une machine méticuleusement réglée. Le Boléro, qui fait aussi écho au machinisme de années 1930, ne fait pas exception à la règle.
L’Orchestre de Paris interprétant « Le Boléro » de Ravel
© Camera Lucida
Plus actuel que jamais, le Boléro se met aussi au diapason des expériences immersives. Ainsi, dès l’entrée de l’exposition, un film réalisé spécialement pour l’occasion plonge le visiteur au cœur de l’œuvre, grâce à une projection sur un écran géant de dix mètres et un système son immersif. À l’image, des dispositifs lumineux colorés s’allument au fur et à mesure que jouent les musiciens de l’Orchestre de Paris, installés en spirale autour de la caisse claire. Un dispositif sensoriel et pédagogique qui tord le cou à l’ironie de Ravel qui un jour déclara : « Mon plus grand chef-d’œuvre ? Le Boléro, bien sûr ! Malheureusement, il est vide de musique ! »
Ravel Boléro
Du 3 décembre 2024 au 15 juin 2025
Cité de la musique - Philharmonie de Paris • 221, avenue Jean Jaurès • 75019 Paris
philharmoniedeparis.fr
Vous aimerez aussi
Carnets d’exposition, hors-série, catalogues, albums, encyclopédies, anthologies, monographies d’artistes, beaux livres...
Visiter la boutique
Les 100 ans de l’École normale de musique de Paris Alfred Cortot
18,00 €