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Façade de l’atelier d’Eugène Delacroix
© 2017 / Musée du Louvre / Olivier Ouadah
Elles se destinent à la conservation, à la régie des œuvres, au service des publics ou au commissariat d’exposition… Au palais du Louvre, les élèves qui fréquentent l’aile de Flore font partie des futurs professionnels du monde de l’art. Parmi eux, dix étudiantes en master viennent de monter leur première exposition et ont participé à un projet pédagogique expérimental né du partenariat entre l’École du Louvre et le musée national Eugène Delacroix. Pour concevoir un programme muséographique à partir des collections du musée – ancienne résidence du peintre –, elles ont travaillé avec des professionnels du musée mais aussi de celui du Louvre, auquel la maison de l’artiste est aujourd’hui rattachée. Le thème : le Journal d’Eugène Delacroix.
Eugène Delacroix, Œuvre manuscrite
Encre sur papier • © RMN / Grand Palais (Musée du Louvre) / Adrien Didierjean
De ce fameux Journal, le musée ne conserve pas l’original. Mais il en existe une riche édition critique aux éditions Corti, qui offre une découverte intime du mythe. En lisant Eugène Delacroix, les élèves le rencontrent en effet. « Un homme ! » s’exclame Eugenia Dell’Aiuto. Les dix étudiantes l’imaginaient volontiers politique, engagé ou grand voyageur, elles découvrent un homme de passions, un homme de lettres, aussi féru de musique… et un artiste casanier. Ainsi, de tous les animaux qu’il peint, nombre sont observés « au Jardin des plantes, et pas lors de ses voyages en Orient », révèle Marion Benard. Pour elle comme pour ses collègues, ce journal a été une manière de découvrir les œuvres d’Eugène Delacroix autrement. Mais jamais il n’a été envisagé de séparer l’homme de l’artiste. Alithéia Soulié l’explique, on ne parlera pas de journal intime, mais de journal « lié à la création intimement » : « Ce journal est tenu car Delacroix est un artiste […], et destiné à sa mémoire, pour laisser une trace de ce qu’il fait ».
La maison et l’atelier de l’artiste donnent leurs reliefs à son œuvre intime. La scénographie de l’exposition réside dans la mise en scène des diverses facettes du peintre. Du salon de Delacroix, place de la vie publique, à la chambre d’Eugène, lieu des passions où l’on découvre notamment des pages manuscrites de ses écrits littéraires, la visite est un dévoilement. Au départ, nous confie-t-on, il était difficile de s’adapter à cet espace si contraint : « On a pensé mettre des rideaux ou placer La Liberté dans le grand escalier », mais il y a des règles d’accessibilité et de sécurité à respecter. Finalement, le lieu l’a emporté sur le spectaculaire et c’est lui qui module le propos. L’atelier en est le sommet : « Là, on découvre la vraie âme, le vrai caractère de Delacroix… ».
Atelier d’Eugène Delacroix
© 2017 / Musée du Louvre / Olivier Ouadah
Plusieurs intimités se font jour dans cette exposition : celle d’Eugène donc, celle des commissaires de l’exposition, et celle du spectateur. Pour qu’elles coïncident, la médiation est essentielle et il faut savoir se départir de quelques usages parfois trop rigides ! Alors les élèves signent des cartels qui ne se limitent pas à l’information stricte. Elles y confient leurs impressions et sentiments subjectifs devant les œuvres du peintre. C’est une nuance qui change tout. Il s’agit d’admettre : « J’ai découvert cela à travers la lecture du Journal », plutôt que : « Je sais et je vous enseigne cela ».
« Ce qui est passionnant dans cette exposition, c’est que l’on part du visiteur, de ses points de vue et de ses préjugés pour l’amener progressivement vers quelque chose qu’il ne connaît pas », dit Alithéia. Accorder leur redécouverte à celle du visiteur, c’est le pari que les étudiantes ont fait pour permettre au public de regarder une collection d’un nouvel œil ! Car, dans cette exposition, les œuvres, les esquisses et les manuscrits sont tous conservés au musée Eugène Delacroix.
Hippolyte-Charles Gaultron, Portrait de Delacroix, d’après l’autoportrait conservé aux Offices, 1846
Huile sur toile • 84 × 74 cm • Coll. musée national Eugène Delacroix, Paris • © RMN / Grand Palais (musée du Louvre) / Mathieu Rabeau
Pour ordonner cette collection selon leur vœu, les dix élèves de l’aile de Flore travaillent ensemble. Elles qui, en cette dernière année d’études, ont choisi des spécialités différentes, participent à toutes les étapes de la production d’une exposition. Elles travaillent en synergie. Mais pour un projet à dix, le partage des tâches est tout de même nécessaire ! Comme une équipe de musée, leur groupe de travail s’est rapidement organisé en pôles. Ainsi, par exemple, ce sont les étudiantes en médiation qui réfléchissent à un programme adressé notamment aux publics empêchés, avec une visite sensorielle inspirée des peintures d’Eugène Delacroix, de son goût pour l’Orient et pour la musique.
Les étudiantes de l’École du Louvre qui ont conçu l’exposition « Delacroix et Eugène, l’homme derrière l’artiste »
© DR
En collaborant ensemble, les élèves ont appris à s’accorder, ainsi que la flexibilité : il faut parfois renoncer à ses premières idées, et en l’occurrence dans l’espace d’une maison d’artiste, fonctionner par contraintes. « Mais je suis sûre qu’en prenant du recul, plus tard, on verra qu’avoir conservé l’authenticité des lieux jouera vraiment, pour permettre au spectateur de se plonger dans la vie de Delacroix », admet Isaline Msica. Être professionnel, n’est-ce pas aussi comprendre la contrainte, voire en tirer parti ?
Les étudiantes remercient ceux qui ont rendu cette entreprise possible : Claire Barbillon, Dominique de Font-Réaulx, Miléna Planche, Jessy Coisnon, et Ludovic Raffalli.
Delacroix et Eugène, l'homme derrière l'artiste
Du 7 février 2019 au 6 mai 2019
Musée national Eugène Delacroix • 6, rue de Fürstenberg • 75006 Paris
www.musee-delacroix.fr
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