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Vue de l’exposition Chen Fei “Fine Art” à la galerie Perrotin, Paris
Courtesy Chen Fei & galerie Perrotin, Paris / Photo Claire Dorn
D’une précision photographique, les œuvres de Chen Fei semblent avoir été créées par ordinateur ou tirées d’un dessin animé. Pourtant, ce sont bien des toiles peintes à l’acrylique ! Natif du district de Hongtong, dans le nord-est de la Chine, l’artiste de trente-quatre ans peint depuis 2005 à Beijing, où il vit en ermite avec sa compagne et son petit chien. Le voici pour la première fois exposé en France, pour son troisième solo show en dehors des frontières chinoises.
Valise à la main, un voyageur contemple les étoiles, tandis qu’un immense squelette gît à ses pieds. Personnages écorchés comme sur une planche d’anatomie, bouquet de pieuvres jaillissant d’un caleçon : chez Chen Fei, des éléments étranges évoquant la mort et le sexe s’insinuent dans un quotidien banal et des décors mi-réalistes mi-oniriques, qui rappellent le dessin animé japonais Colorful, de Keiichi Hara. Très vite, un sentiment de malaise s’empare du spectateur…
Chen Fei, Dark Stars, 2013
Acrylique sur toile • 240 × 190 cm • Coll. particulière • Courtesy Chen Fei & galerie Perrotin, Paris
« Life is porn » clame le titre de l’un de ses tableaux datant de 2015. Un autre, plus ancien, fait référence à une curieuse pratique érotique japonaise : le léchage de globe oculaire. Omniprésent chez l’artiste, le sexe côtoie l’inquiétude, le rire, le dégoût et la frustration. Plus intrigant encore, le personnage principal de ces saynètes n’est autre que le peintre lui-même, reconnaissable grâce à ses cheveux ras, sa barbichette et sa fine moustache. Vêtu d’un peignoir rose pâle, le voilà qui présente son sexe – posé sur une assiette, tel un hot-dog, entre deux tranches de pain – à sa compagne perplexe !
Avec autodérision, l’artiste se représente ventru, en slip ou nu comme un ver, parfois couvert de tatouages de yakuza, en proie à ses pulsions et frustrations sexuelles. Sur certaines toiles, il apparaît comme un prédateur ; sur d’autres, il est vulnérable et éclate en sanglots. Chen Fei n’hésite pas non plus à inclure un buste de lui (en lieu et place de celui de Mao) dans une sage scène d’intérieur, ou à parodier la tradition de l’autoportrait en posant fièrement avec sa palette et son pinceau… nu et le sexe en érection.
Chen Fei, Scavenger, 2010
Acrylique sur toile de lin • 115 x 170 cm • Courtesy Chen Fei & galerie Perrotin, Paris
Éviscéré, le cadavre du peintre flotte dans un étang. La composition est une copie parfaite, jusqu’à la position des brins d’herbe, de l’Ophélie de Millais (1851–1852). La jeune fille au short rayé se serait-elle vengée d’une agression subie dans la forêt ? Passionné de cinéma, Chen Fei traite chaque tableau comme une scène de film, élaborant des images qui, mises bout-à-bout, racontent des histoires. Car avant d’étudier les beaux-arts à la Beijing Film Academy (d’où il est sorti diplômé en 2005), le peintre ne quittait pas les salles obscures.
Kill Bill, Blow Up, Pulp Fiction, Batman, Léon, Princesse Mononoké : les cinéphiles trouveront dans ses œuvres de nombreuses références à des films cultes. En 2008, il rassemble même trois cents « méchants » de films d’horreur (des jumelles de Shining aux tueurs de Scream et Massacre à la tronçonneuse) dans une peinture de six mètres de long intitulée To remember our comrades, remplaçant les fresques de propagande chinoise par le pouvoir de la pop culture !
Vue de l’exposition Chen Fei « Fine Art » à la galerie Perrotin Paris
Courtesy Chen Fei & galerie Perrotin, Paris / Photo Claire Dorn
Fidèle aux principes du pop art, Chen Fei digère et détourne tout ce qu’il voit. Ses œuvres évoquent tour à tour les collages de Richard Hamilton, le style BD de Roy Lichtenstein, les explosions colorées de Takashi Murakami, les films d’animation, les estampes érotiques et les mangas japonais… Comme le font souvent les artistes du lowbrow art (apparu à Los Angeles à la fin des années 1970, le mouvement se réapproprie les codes des comics, du dessin animé, de la publicité et du cinéma de série B), Chen Fei se plaît à détourner des tableaux célèbres comme L’Origine du monde de Courbet, dont il livre une version masculine. L’une de ses toiles, The Story (2007), représente Yayoi Kusama, artiste obsessionnelle dont il est un fervent admirateur, en train de peindre une infinité de pois. Lui-même reproduit tout à l’infini : créateur de ses propres produits dérivés, il tire des figurines de ses personnages peints et reporte ses motifs sur des crânes à la Damien Hirst !
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