En partenariat avec la Monnaie de Paris

Vue de l’exposition “Insert Coin”, 2024
© Victor Point/H&K
L’idée est originale. Pour faire découvrir l’histoire des jeux à pièces, l’exposition « Insert Coin » présente de nombreux jeux et machines iconiques des années 1950 aux années 2000 : flippers, jukebox, bornes d’arcade, baby-foot… Dès l’entrée, chaque visiteur se voit remettre un lot de pièces imitant celle de 1 franc, frappées spécialement pour l’occasion dans l’usine de Pessac (Gironde), où est produite la monnaie française, et qu’il peut librement insérer dans les jeux et machines de son choix, afin d’y jouer seul ou entre amis !
« Parlez à un amateur de jeux anciens d’exposer des machines et des jeux sans permettre aux visiteurs d’y jouer, il va vous regarder comme si vous étiez le dernier des derniers ! L’usage est primordial. Ce sont des objets vivants », insistent les commissaires Nicolas Galiffi (collectionneur de design et de jeux vidéo, et consultant en communication et marketing web) et Jean-Baptiste Clais, conservateur au Louvre et docteur en anthropologie sociale et politique), tous deux spécialisés en pop culture.
A couple playing arcade games, namely Ms Pac-Man, 01–01–1985
© Jill Freedman/Getty Images
L’exposition offre en outre un véritable voyage dans le temps : de manière chronologique, des années 1960 aux années 1990–2000, elle raconte aussi bien l’histoire des machines que celle des lieux dans lesquels elles étaient installées en replongeant le visiteur au sein des cafés, bistrots et salles d’arcade de jadis. À chaque décennie sa salle, avec une reconstitution de l’ambiance de l’époque – les effluves d’alcool et de cigarettes en moins !
Vues de l’exposition « Insert coin », 2024
© Victor Point/H&K
Téléphone à cadran et vinyles de Johnny Hallyday, Tom Jones ou Françoise Hardy pour les années 1960 ; motifs psychédéliques orange, cendrier en plastique, disque de Dave et rideau de perles en bois pour les années 1970 ; moquette violette et rangées de machines clignotantes pour la salle d’arcade des années 1980–1990… Des papiers peints à la mosaïque rétro du sol, en passant par les tabourets de bar, les photos au mur, les enseignes et les objets vintage disposés sur des étagères, rien n’est oublié. Magazines, pochettes de disques, affiches de cinéma, bandes dessinées de science-fiction… Les divers objets et documents exposés replacent les machines dans leur contexte social, culturel et artistique, et mettent ainsi en évidence les sources d’inspiration de leur design.
Computer Space (Borne d’arcade), 2024
© Victor Point/H&K
Seules quatre machines, situées dans la salle d’introduction – dont les lustres, moulures et colonnes de marbre contrastent de façon saisissante avec les objets exposés –, ne doivent pas être touchées pour des raisons techniques : un jukebox américain de 1940 aux lignes Art déco, un petit proto-flipper américain en bois de 1931, un baby-foot français de 1948, et un « Computer Space » bleu métallisé (l’une des toutes premières bornes d’arcade, sortie aux États-Unis en 1971, qui permettait de combattre des soucoupes volantes aux commandes d’une fusée) au design futuriste exceptionnel.
L’histoire de ces objets réserve des surprises. Ainsi, on apprend que l’ancêtre du flipper n’est autre que le jeu de Bagatelle, présenté au roi Louis XVI par le comte d’Artois au XVIIIe siècle ! Il faut cependant attendre le début des années 1930 pour que soient inventés aussi bien le baby-foot (en France) que le flipper (aux États-Unis) et le jukebox, breveté en France mais dérivé du phonographe public à pièces mis au point par l’Américain Louis Glass.
Au fil des salles, le visiteur découvre un flipper de 1966, une table « Rapido » de la marque René Pierre, un jukebox des sixties, un « Pong » (l’un des tout premiers jeux d’arcade au monde, commercialisé à partir de 1972 et qui marque la naissance du jeu vidéo), un « Pac-Man », des flippers mythiques des nineties (le « Fastbreak », l’ « Indiana Jones », le « Medieval Madness »…) et la « Sega Blast City », « chant du cygne du jeu vidéo en 2D ». L’ordre chronologique permettant de constater l’évolution physique et sonore de ces machines au fil des ans.
À gauche : Indiana Jones – temple of Doom, 1979 ; À droite : Vue de l’exposition “Insert coin”
© Victor Point/H&K
« Les machines sont entrées dans le domaine privé. Elles n’ont plus du tout la même fonction sociale qu’avant. »
Jean-Baptiste Clais et Nicolas Galiffi
La pratique, elle aussi, évolue. Au milieu des années 1980, environ 400 000 machines sont déployées en France, mais ce chiffre ne cesse ensuite de baisser. En 1995, l’arrivée de la PlayStation bouleverse les choses en rendant le jeu vidéo en 3D accessible à tous. « Les années 1990 sonnent à la fois l’apogée visuelle et la fin du jeu vidéo en 2D et de l’arcade, expliquent les commissaires. Les jeux vidéo jouables à la maison concurrencent les cafés, qui sont de moins en moins nombreux en raison de plusieurs facteurs comme la lutte contre le tabagisme et l’alcoolisme, et l’essor du téléphone portable. Le bistrot n’est plus le lieu de rendez-vous des jeunes ».
Dans les années 2000–2010, les start-up se mettent à réintroduire des machines anciennes dans les espaces détente des bureaux. « Les machines sont entrées dans le domaine privé. Elles n’ont plus du tout la même fonction sociale qu’avant. On entre dans la culture du retrogaming, liée au patrimoine et à la mémoire », commentent les curateurs. L’avènement d’un monde moins chaleureux et plus aseptisé, qui donne envie de retourner dans les premières salles pour remonter le temps…
Vue de l’exposition « Insert coin », 2024
© Victor Point/H&K
Mais à ce pincement au cœur nostalgique, l’exposition répond justement par un moment convivial, durant lequel amis et inconnus pourront échanger des souvenirs, tandis que les plus âgés pourront apprendre aux plus jeunes à jouer aux machines les plus anciennes… Et vice versa !
Insert Coin. Flippers, bornes d’arcade et jeux à pièces
Monnaie de Paris
Du 1 mars 2024 au 7 juillet 2024
Adresse : 11, quai de Conti • 75006 Paris
Billetterie Beaux Arts présentée par Come to Paris.
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