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L’Art déco en 2 minutes

L’Art déco en bref

Synonyme d’élégance et de préciosité, l’Art déco est d’abord un style propre aux années 1925. Opposé au nudisme architectural, à l’épure minimaliste des modernistes, il exprime le retour à une sensibilité classique, tant dans les beaux-arts, le mobilier, que l’architecture. Le mouvement est cependant plus complexe qu’il n’y paraît car il intègre aussi artistes et architectes en quête de modernité et de fonctionnalisme (épure stylistique, goût pour les formes géométriques ou aérodynamiques). Il ne faut pas confondre l’Art déco et les arts décoratifs : le premier terme est une création des années 1960 tandis que la notion d’arts décoratifs nous vient du XIXe siècle, et de l’Art nouveau en particulier.

Armand-Albert Rateau, Paravent de la salle à manger de Jeanne Lanvin
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Armand-Albert Rateau, Paravent de la salle à manger de Jeanne Lanvin, 1921–1922

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Bois laqué et doré • Musée des arts décoratifs, Paris • © ADAGP, Paris / photo : Jean Tholance pour Les Arts Décoratifs

L’Art déco en quelques dates

Une nouvelle esthétique urbaine dès les années 1910

L’art déco n’est pas apparu subitement en 1925, année de l’Exposition internationale des arts décoratifs à Paris qui marque son triomphe. Les prémices s’expriment dès 1910, en réponse aux exubérances de l’Art nouveau : il s’agit de proposer un retour vers un style plus classique mais nourri de l’influence des avant-gardes comme le cubisme. C’est d’abord un style associé aux besoins de la reconstruction après les destructions de la Première Guerre mondiale dans les régions envahies et dévastées. Utilisant des matériaux nouveaux et moins coûteux que la pierre (le béton en particulier), l’Art déco fait émerger une nouvelle esthétique urbaine dans certaines villes de France comme Reims ou Soissons, dès 1918.

Un mouvement constitué de deux tendances contradictoires

À l’Exposition internationale des arts décoratifs, le public peut discerner deux tendances : l’une tournée vers le fonctionnalisme et l’épure géométrique ; l’autre vers le traditionalisme et le luxe. La période est donc dominée par des recherches contradictoires, si ce n’est opposées. En 1925, Le Corbusier expose ainsi son pavillon de l’Esprit Nouveau, « équipé » plutôt que décoré, à l’esthétique puriste et universelle. Il se rapproche du modernisme ou du style international. D’un autre côté, l’ensemblier Jacques-Émile Ruhlmann propose son hôtel du Collectionneur, à l’architecture classique et raffinée, orné de bas-reliefs de Joseph Bernard, de sculptures de François Pompon et d’Alfred Janniot. C’est ce dernier style, qualifié de traditionaliste, qui constitue réellement l’Art déco.

Un style luxueux et raffiné

L’une des tendances fortes de l’Art déco dans les années 1925–1930 est le retour à une certaine préciosité, tant dans les beaux-arts que les arts décoratifs, à destination d’une clientèle fortunée. Il est synonyme de luxe et de perfection artisanale, rejetant toute production sérielle. Dans les beaux-arts, la peinture en particulier, l’Art déco renvoie au retour au maniérisme mâtiné de modernité, comme l’illustre bien l’œuvre de Tamara de Lempicka, peintre polonaise aristocrate, à la fois cubisante et ingriste.

Les paquebots, vitrines de l’Art déco

Ce mélange entre modernisme et traditionalisme, qui forme l’ADN complexe de la période Art déco, s’exprime bien sur les palaces flottants que furent les grands paquebots transatlantiques reliant la France à New York, l’Île de France (1927) et le Normandie (1935) étant les plus célèbres. De nombreux décorateurs, comme Jean Dunand, Louis Süe, André Mare ou encore René Lalique, interviennent pour créer une ambiance unique et luxueuse.

Des œuvres clés

Alfred Janniot, Le Printemps, hommage à Jean Goujon, 1925

Alfred Janniot, Le Printemps, hommage à Jean Goujon
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Alfred Janniot, Le Printemps, hommage à Jean Goujon, 1925

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Marbre polychrome • Fondation Calouste Gulbenkian, Lisbonne • © akg-images / Album / Tolo Balaguer

Sculpteur favori de Jacques-Émile Ruhlmann et grand prix de Rome en 1919, Alfred Janniot a exposé en 1925 devant l’hôtel du Collectionneur une œuvre raffinée et maniériste, hommage à l’École de Fontainebleau. Adepte du nu féminin, des thèmes mythologiques et des grands décors, l’artiste a collaboré à l’aventure des grands paquebots mais s’est surtout illustré en réalisant l’immense fresque du musée des Colonies en 1931 (devenu le palais de la Portée-Dorée) et les bas-reliefs du Palais de Tokyo en 1937. Son style s’est exporté jusqu’à New York (Rockefeller Center).

Jacques-Émile Ruhlmann, Bahut dit « Meuble Élysée », 1920

Jacques-Émile Ruhlmann, Bahut dit « Meuble Élysée »
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Jacques-Émile Ruhlmann, Bahut dit « Meuble Élysée », 1920

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Mobilier national • © Mobilier national

Qualifié de « Riesener de l’art déco », Jacques-Émile Ruhlmann est l’ensemblier phare des années 1925. Amateur de matières précieuses et s’adressant à une clientèle fortunée, il fait appel à des artisans qualifiés (notamment formés à l’École Boulle). Son style se caractérise par des lignes pures, effilées, et l’usage d’essences rares comme le palissandre ou le macassar. Bien que ses meubles ne soient pas fonctionnalistes, ils s’inscrivent dans une recherche de modernité, incorporant des luminaires ou des éléments en métal dans les années 1930.

Tamara de Lempicka, Kizette en rose, 1927

Tamara de Lempicka, Kizette en rose
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Tamara de Lempicka, Kizette en rose, 1927

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Huile sur toile • 116 × 78 cm • Musée des beaux-arts, Nantes • © ADAGP, Paris / Bridgeman Images

Témoin d’une époque qui a vu triompher la mode garçonne, Tamara de Lempicka est une artiste post-cubiste (formée par André Lhote), excentrique, libre de mœurs et résolument mondaine. Très graphique et maniériste, son œuvre associe modernité et retour à l’ordre classique. Ici, l’artiste fait poser sa fille en véritable lolita des années 1920. Ses peintures se singularisent par leur sensualité puissante.

Par • le 16 mars 2020
Retrouvez dans l’Encyclo : Art déco Tamara de Lempicka

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