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Jean Clouet, François Ier à cheval, vers 1530-1535
Gouache sur vélin, rehauts d'or et d'argent, contrecollé sur chêne • 28,4 x 23,1 cm • Coll. musée du Louvre, Paris • © RMN Grand Palais Musée du Louvre © Michel Urtado
Roi mécène, bâtisseur et collectionneur autant par goût que par choix politique, François Ier a très tôt été qualifié de « père des lettres et des arts ». On dit encore de lui qu’il « fit entrer la France dans les fastes de la Renaissance ». Si, au début de son règne, le jeune monarque fait encore travailler les vieux peintres en titre de ses prédécesseurs – le Tourangeau Jean Bourdichon et le Lyonnais Jean Perréal –, il fait rapidement venir en France des artistes italiens comme Andrea del Sarto et Léonard de Vinci. Toutefois, les Italiens ne sont pas à ses yeux les seuls dépositaires de l’art nouveau. Vers 1530, il appelle à sa cour des artistes néerlandais, notamment le peintre anversois Joos Van Cleve, qui réalise « la pourtraicture du Roy au naturel, de la Royne, et de plusieurs autres Princes », et aurait cherché, en vain, à attirer à son service le peintre d’Utrecht Jan Van Scorel, ou encore le grand humaniste Érasme de Rotterdam.
C’est d’ailleurs le plus souvent à des artistes « flamands » que le souverain confie le soin d’exécuter ses portraits et ceux de ses proches. Premier sans doute des rois de France à agir ainsi, François Ier diffuse largement son image. C’est surtout Jean Clouet qui, dès 1516, impose sa vision du roi. On lui doit ainsi le majestueux portrait de François Ier du musée du Louvre, peut-être destiné à manifester la présence du souverain durant sa captivité madrilène. En 1541, son fils François Clouet est dit avoir « si bien imité son père » qu’il se voit attribuer sa succession de peintre en titre du souverain. Établi à Lyon de 1535 à 1575, Corneille de La Haye (dit Corneille de Lyon) se fait, quant à lui, une spécialité de portraits en petit, tant des enfants royaux que de membres de la cour, d’officiers ou de bourgeois enrichis.
Corneille de La Haye, dit de Lyon, Henri de France, 1536
Huile sur bois • 15,5 × 12,5 cm • Coll. galerie des Offices, Florence • © Bridgemanimages
Une fois établi en Ile-de-France après 1527, le roi fait venir à Fontainebleau une nouvelle génération d’artistes italiens – l’orfèvre et sculpteur Benvenuto Cellini et les peintres Rosso Fiorentino et Primatice – qu’il charge de décorer sa nouvelle demeure mais, là encore, la présence du peintre anversois Léonard Thiry, dont le talent a émergé dans le sillage de Rosso et de Primatice, est attestée sur le chantier du château dès 1536, tandis que d’autres graveurs comme le mystérieux maître IQV diffusent par l’estampe les modèles bellifontains. Plus tard, visitant en 1541 ou 1546 le monastère de Brou (situé dans l’ancien duché de Savoie), dont sa tante par alliance Marguerite d’Autriche a récemment confié la construction et le décor à des artistes flamands, François Ier se déclare « ravy en admiration, disant n’avoir veu ny savoir temple de telle excellence »
D’autres Néerlandais n’ont pas attendu l’avènement du roi pour s’établir en France. Gauthier de Campes, reçu maître à Bruges en 1490, s’installe à Paris en 1499 : il poursuit jusque vers 1531 une intense activité de cartonnier de vitraux et de tapisseries. Il y maintient des formes héritées de la peinture flamande du XVe siècle, quand son rival et successeur Noël Bellemare, reçu franc-maître à Anvers en 1512, introduit peu après dans la capitale les formes tourmentées du maniérisme anversois à travers retables, cartons de vitraux et manuscrits enluminés. La même année, le Hollandais Grégoire Guérard commence à Troyes une activité qu’il poursuit à Tournus à partir de 1518.
Jan De Beer, assisté du maître d’Amiens, Panneau central du triptyque de l’Adoration des mages, vers 1516–1518
Huile sur bois • 159 × 123 cm • Coll. Pinacoteca di Brera, Milan • ® Photo Scala, Florence – courtesy of the Ministero Beni e Att. Culturali.
Le maniérisme anversois nourrit aussi la production du peintre et enlumineur Godefroy le Batave, actif notamment pour la mère du roi Louise de Savoie entre 1515 et 1525, et surtout celle du maître d’Amiens, probablement un élève de Jan De Beer, qui malgré son irritant anonymat et la brièveté de sa carrière (on ne connaît de lui que trois ou quatre retables réalisés entre 1518 et 1522) apparaît comme le plus spectaculaire représentant de ce style. Comme le souligne l’historienne de l’art Laure Fagnart, « la place de l’art flamand dans les collections royales françaises constitue un autre volet des relations entre le roi de France et les productions artistiques du Nord ».
D’après Jérôme bosch, La Tentation de saint Antoine, 1560
La collection de tapisserie de François Ier comptait une suite réalisée à partir de gravures reproduisant des tableaux de Jérôme Bosch.
Tapisserie • 290 × 352 cm • Coll. Palacio Real, Madrid • © Maeyyaert/AIC/Leemage
Si on connaît le goût du roi et de sa mère pour les œuvres italiennes ou antiques, les comptes mentionnent de nombreux achats à Anvers et à Bruxelles. Dans la première cité sont majoritairement acquises des peintures de chevalet, dans la seconde il s’agit surtout de pièces tissées. Qu’elles reposent sur des cartons italiens, français ou flamands (d’après des modèles de Bernard Van Orley, Pieter Coecke Van Aelst ou Jérôme Bosch), la quasi-totalité des tapisseries acquises par François Ier sont en effet tissées sur des métiers bruxellois.
À côté des œuvres et objets d’art, il convient également de réserver une place à ce que nous appelons aujourd’hui le « patrimoine immatériel », notamment dans le domaine de la musique. Ainsi, la chapelle royale de François Ier emploie de nombreux compositeurs flamands ou d’origine flamande, comme le chantre Antoine Le Riche (ou Divitis sous sa forme latinisée), né à Louvain, Jean Mouton, natif de Samer en Boulonnais, Jean Richafort, venu de Liège, ou Rogier Pathie, originaire de Cambrai et peut-être arrivé à la cour de France après la paix des Dames de 1529. Les échanges artistiques et culturels ne souffrent donc pas trop des relations diplomatiques tendues entre le royaume et les Pays-Bas. Les Habsbourg se méfient des Français, qui voient d’un mauvais œil la domination impériale sur le comté de Flandre et la prétention des Habsbourg à l’héritage bourguignon. François Ier s’intéresse d’ailleurs davantage à la frontière mouvante du nord de son royaume que ses prédécesseurs, visitant l’Artois, la Flandre française et la Picardie…
Joos Van Cleve, Dame Nue, après 1532
L’idée d’une telle composition revient à Léonard de Vinci, auteur d’une curieuse invention, celle de peindre le portrait d’une dame nue. Une œuvre de ce type, sans doute réalisée du maître italien a été conservée dans les collections de François Ier, que Joos Van Cleve a pu découvrir lors de son séjour en France.
Huile sur bois • 89,5 × 69,6 cm • Coll. Nardoni Galerie, Prague • © 2017 National Gallery in Prague
Du fait de sa rivalité avec Charles Quint et de guerres qui ne s’interrompent que lorsque l’argent fait défaut, les périodes de paix véritable sont peu nombreuses : de 1515 à 1521, de 1529 à 1536, de 1538 à 1542 puis après 1544. En temps de paix, François Ier autorise les courriers de Charles Quint et de grands seigneurs, voire l’empereur lui-même en 1539, à traverser le royaume pour circuler entre l’Espagne et les Pays-Bas. Et même en temps de guerre, les relations économiques entre la France et les Flandres demeurent intenses, notamment avec le port d’Anvers. Parallèlement, marchands, artisans et artistes flamands s’installent librement à Paris, Lyon ou Tours. Deux ans après la mort de François Ier, l’entrée solennelle de son fils Henri II à Paris, en juin 1549, célèbre déjà le roi défunt comme « restaurateur des bons arts et des sciences ». Au sein de ce legs artistique, et à côté d’une empreinte italienne bien identifiée, les artistes hollandais occupent donc une place importante, encore méconnue du public. C’est à la découverte de cet héritage néerlandais de la France de François Ier qu’invite l’exposition organisée au musée du Louvre.
François Ier et l'art des Pays-Bas
Du 18 octobre 2017 au 15 janvier 2018
Musée du Louvre • Rue de Rivoli • 75001 Paris
www.louvre.fr
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