Article proposé par Exponaute
La toute jeune (bientôt deux ans) galerie Marie Cini, installée rue Saint-Claude, non loin de ses grandes sœurs Emmanuel Perrotin et Jousse Entreprise, fait preuve depuis ses débuts de beaux choix. Exemple ce mois-ci avec les dessins éthérés de Jérémie Delhomme, réalisés à partir d’empreintes de papier carbone. On rêve d’avoir ça chez soi.

Au plafond, des ballons argentés en formes de bulles de bande dessinée (on pense à l’expo internationale du surréalisme et aux sacs de charbon suspendus de Duchamp, mais aussi aux Silver Clouds de Warhol), au sol des néons sagement alignés, au mur un tableau bleu-vert et un smiley. Vous êtes ici chez les Canadiens de © General Idea, et on vous invite à emporter les ballons qui, se dégonflant, sont tombés au sol. Ça mérite un 🙂

Amélie Bertrand, 28 ans, n’a peint qu’une dizaine de toiles en deux ans. Alors que la tendance actuelle semble être à la revalorisation du réalisme, la jeune artiste peint comme un robot. Mais si ses carnets de croquis sont des fichiers numériques, son pinceau a bien des poils. Ce sont des rêves de circuits imprimés qu’elle nous propose, des visions de carte graphique. Mais attention, la machine qui peint, c’est bien elle. Et ses images feraient pleurer les moutons électriques.
Ô que de merveilles en deux dimensions nous présente Anne Barrault en ce début d’année ! Si l’image que l’on a choisi pour illustrer cette exposition conçue par Pacôme Thiellement sur le thème des « formes en suspens » est un petit chef-d’œuvre de Killoffer, on aurait pu aussi bien y mettre un tableau de Captain Cavern, un dessin de Roland Topor ou Gébé, une toile d’Olivia Clavel (ex-Bazooka). La poétique punk trait pour trait.

Thomas Lévy-Lasne est né en 1980, mais peint comme s’il était né un siècle plus tôt. Or ses sujets à lui ne sont pas les jeunes filles en fleur ou les paysages de la côte normande. Peintre de la vie contemporaine, il représente ce qui fait le quotidien des individus de sa génération : fêtes (par trop répétitives), pages Facebook, close-up de chair triste et carrefours urbains surchargés de signes inutiles. Scènes modernes d’un Houellebecq devenu peintre.
Les images de Valérie Jouve, que l’on avait rencontrée habitée des pays qu’elle a traversés, sont comme des incipit de romans, incitant le spectateur à ouvrir la narration comme bon lui semble. La série de photographies qu’elle présente à la galerie Xippas, ainsi que le film Traversée qui les met en mouvement, ont été réalisés en Palestine, terre de tous les scénarios possibles, où chaque image semble contenir l’Histoire.
De Bettina Samson, 35 ans, on a (déjà) aimé, pêle-mêle : son monument communo-féministe, son carottage rêvé de photo du spectre solaire (à vous de deviner la forme correspondant à cette description), ou encore ses photos de minerai d’uranium radioactif. La science est belle, est Samson est sa chantre : la beauté de ses alambics exposés à la galerie Sultana reste mystérieuse, comme une équation alambiquée.
On a découvert le travail de l’artiste suisse Vidya Gastaldon il y a plusieurs années de cela, sans jamais réussir à déterminer ce que l’on en pensait. Entre trip psyché et réminiscence munchienne, ses toiles animistes illustrent un monde fanstasmagorique, où se croisent les influences les plus diverses (Disney, Blake, la religion hindouiste), servies par une technique imparable. Peut-être faut-il parfois arrêter de penser, après tout.
Les diagrammes de Julien Prévieux (qui présente des œuvres récentes aux côtés de Florence Doléac, Martin Le Chevallier, et Matthew Darbyshire) font résonner poétiquement la passion du data. Son jeu pour carrelage et assiettes en porcelaine, réplique du Game of Life du mathématicien John Conway que ce dernier a testé pour la première fois en 1970 en disposant des assiettes sur le sol de sa cuisine, évoque quant à lui le jeu de dames, le go, ou encore le démineur. Deux règles différentes existent pour y jouer. Une métaphore de la vie.
Vingt-cinq ans ! Le New-Yorkais Louis Heilbronn bénéficie de sa première expo à la galerie Polaris, et on sent déjà chez ce très jeune photographe la maturité d’un William Eggleston (voir photo ci-dessus), et dans certains portraits la perspicacité psychologique d’une Valérie Jouve. Ça promet.
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