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Maison de l’Amérique Latine

Gisèle Freund, une passion brûlante pour l’Amérique latine

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Publié le , mis à jour le
Photographe de légende, première femme de l’agence Magnum, Gisèle Freund (1908–2000), contrainte de quitter l’Europe pendant la Seconde Guerre mondiale, a vécu plus de dix ans en Amérique du Sud. À Paris, la Maison de l’Amérique latine revient sur son itinéraire, de l’Argentine au Mexique en passant par la Patagonie.
Gisèle Freund, Marché d’Otavalo, Equateur
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Gisèle Freund, Marché d’Otavalo, Equateur, vers 1944

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©RMN – Grand Palais/ Gisèle Freund/IMEC Service presse – Maison de l’Amérique latine

Gisèle Freund, Victoria Ocampo, Buenos Aires
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Gisèle Freund, Victoria Ocampo, Buenos Aires, 1944

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©RMN – Grand Palais/ Gisèle Freund/IMEC Service presse – Maison de l’Amérique latine

« À ce sud si lointain je veux être mêlé. / La pluie là-bas n’est rien qu’une rose entr’ouverte ; / Son brouillard même rit, rire blanc dans le vent. / Son ombre, sa lumière ont d’égales beautés. » Ces vers du poète Luis Cernuda, Gisèle Freund aurait pu les faire siens. C’est en tout cas ce qu’on se dit en sortant de la Maison de l’Amérique Latine, qui embarque ses visiteurs dans un voyage en Amérique du Sud, à travers l’œil de la photographe. Née en Allemagne en 1908, installée durablement en France en 1933, Gisèle Freund, d’origine juive, sera en effet contrainte de fuir l’Europe pendant la Seconde Guerre mondiale, direction l’Argentine. À Buenos Aires, elle est accueillie par Victoria Ocampo, mécène et brillante femme de lettres à la tête de la revue d’avant-garde Sur, qui diffuse en Amérique latine les écrits d’auteurs français. Le coup de foudre avec ce nouveau continent est immédiat.

Gisèle Freund, La grande place du village de San Juan Chamula lors d’une fête
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Gisèle Freund, La grande place du village de San Juan Chamula lors d’une fête, 1952

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©RMN – Grand Palais/ Gisèle Freund/IMEC Service presse – Maison de l’Amérique latine

Comme à Paris, Gisèle Freund se fait une place dans le milieu des intellectuels argentins, autour duquel gravitent bon nombre d’exilés européens, à l’image de Roger Caillois, fondateur de la revue Lettres françaises. Sur la pellicule, elle fixe leur visage, tantôt en noir et blanc, tantôt en couleur (c’est Buñuel qui lui offre ses premières pellicules couleur en 1938). Jorge Luis Borges et son épouse Norah, Silvina Ocampo, Pedro Henríquez Ureña… Les cadrages sont serrés, les mines sérieuses, parfois fatiguées. La photographe ne cache pas l’admiration qu’elle éprouve pour ses modèles.

Gisèle Freund, À droite : Femmes de Tehuantepec, État de Oaxaca, Mexique, 1950-1952 ; à gauche : Cruches en vente au marché d’Oaxaca, Mexique, 1950-1952
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Gisèle Freund, À droite : Femmes de Tehuantepec, État de Oaxaca, Mexique, 1950-1952 ; à gauche : Cruches en vente au marché d’Oaxaca, Mexique, 1950-1952

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©RMN – Grand Palais/ Gisèle Freund/IMEC Service presse – Maison de l’Amérique latine ; ©RMN – Grand Palais/ Gisèle Freund/IMEC Service presse – Maison de l’Amérique latine

En 1950 elle montre Eva Perón avec ses panoplies de bijoux, de robes de créateurs et de manteaux de fourrure, suscitant l’ire du régime.

Terre d’accueil aux panoramas grandioses, l’Amérique latine fascine Gisèle Freund qui la parcourt de part en part pendant plus de dix ans, de la majestueuse baie de Rio de Janeiro à la Terre de feu en Patagonie. Elle photographie aussi de nombreuses scènes de la vie quotidienne : des passants dans la rue, des pêcheurs qui étendent leurs filets, des étals de marché… Ses reportages remplissent les pages de Life ou de Time. L’un d’eux, publié dans Life en 1950 et montrant Eva Perón avec ses panoplies de bijoux, de robes de créateurs et de manteaux de fourrure, suscite l’ire du régime et la contraint à quitter, pour de bon, l’Argentine.

Les lettres enflammées de Frida Kahlo

Un pays, en particulier, la marque profondément : le Mexique. La photographe, qui y vivra jusqu’en 1952, s’éprend de sa culture plurimillénaire, s’intéresse aux populations indigènes, à leurs conditions de vie, leurs traditions. Elle arpente Oaxaca, San Cristóbal de Las Casas, San Juan Chamula, photographiant les rassemblements, les fêtes et autres cérémonies. Au Mexique toujours, Frida Kahlo lui ouvre les portes de sa Casa Azul. Entre les deux femmes naît alors une tendre complicité. Frida serait tombée amoureuse de la photographe qui, confie-t-elle dans un entretien filmé bien des années plus tard, aurait brûlé les lettres enflammées de la peintre à sa demande. Son objectif suit aussi Diego Rivera, dont elle apprécie le côté farceur, et le cercle des muralistes mexicains.

Gisèle Freund, À droite : Frida Kahlo dans son jardin, Coyoacán, Mexique, vers 1948 ; à gauche : Diego Rivera devant sa fresque “Historia del mundo”, Mexico, 1951
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Gisèle Freund, À droite : Frida Kahlo dans son jardin, Coyoacán, Mexique, vers 1948 ; à gauche : Diego Rivera devant sa fresque “Historia del mundo”, Mexico, 1951

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©RMN – Grand Palais/ Gisèle Freund/IMEC Service presse – Maison de l’Amérique latine ; ©RMN – Grand Palais/ Gisèle Freund/IMEC Service presse – Maison de l’Amérique latine

De retour en France au milieu des années 1950, elle s’installe définitivement à Paris. Ses liens avec l’Amérique Latine sont encore forts. La photographe organise et prend part à des expositions, publie un livre sur le Mexique précolombien. Surtout, elle continue de recevoir et photographier des écrivains latino-américains dans son appartement-studio de la rue Lalande. Plus proche que jamais de ce « Sud si lointain ».

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Gisèle Freund - Ce sud si lointain

Du 21 octobre 2022 au 7 janvier 2023

www.mal217.org

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