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Louvre-Lens

Hicham Berrada : quand la magie des sciences infuse l’art

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Après un an de résidence au Louvre-Lens, l’artiste Hicham Berrada y présente ses nouvelles créations. Paysages étranges en aquarium, éruptions de nuages, floraisons au clair de lune : depuis ses débuts, cet humble magicien utilise la science pour générer des créations poétiques qui laissent la nature faire son œuvre… Résultat ? Fabuleux.
Hicham Berrada, Les Augures mathématiques
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Hicham Berrada, Les Augures mathématiques, 2018-2019

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Tirage argentique sur Lambda d’après fichier généré par calcul informatique • Courtesy Hicham Berrada et Galerie Kamel Mennour, Paris - Londres / Photo Hicham Berrada

Réalisées durant un an de résidence, à deux pas du Louvre-Lens, ses nouvelles œuvres investissent les 1 000 m² du Pavillon de Verre. Dans le milieu de l’art contemporain, sa réputation n’est plus à faire… et pourtant, Hicham Berrada s’excuserait presque d’être là ! Sourire timide, voix discrète, fin comme une tige, cet artiste de 33 ans originaire de Casablanca est d’une humilité rare.

Portrait d’Hicham Berrada
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Portrait d’Hicham Berrada

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Photo Julie Joubert

Véritable anomalie dans l’écosystème de l’art, cet ancien élève du Fresnoy (école d’art à la pointe, basée à Tourcoing) a tout bonnement inventé une nouvelle façon d’être artiste. « Je ne sculpte jamais de mes mains. Je me sers de la science comme d’un matériau, d’une technique artistique, explique-t-il. Au lieu d’utiliser une toile et un pinceau, je prends une boîte dans laquelle je reproduis des conditions climatiques, des paramètres observés dans la nature – température, humidité… – pour que des formes poétiques s’y développent. »

Dès l’entrée, le visiteur est aimanté par de petits aquariums contenant des paysages étranges, où des brumes blanches se mélangent à des filaments verts ou roses et à de curieuses excroissances. Pour cette série, l’artiste a d’abord provoqué la création de formes dans un bocal. Puis il a demandé à un mouleur de convertir ces objets bizarroïdes en sculptures de bronze, qui ont ensuite été plongées dans de nouveaux aquariums (ceux que l’on voit exposés) contenant de l’eau et divers métaux. « Il se produit alors une réaction. Les métaux les moins nobles sont attaqués par les autres et vieillissent en accéléré. » Les particules métalliques en train de se défaire créent comme des volutes de fumée, tandis qu’une sorte de lichen bleu commence à pousser sur la sculpture. Le point de départ de micro-paysages nimbés de mystères, pensés pour évoluer lentement au fil de l’exposition…

Hicham Berrada, Kéromancies
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Hicham Berrada, Kéromancies, 2018–2019

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Concrétions artificielles en bronze, étain, laiton, eau, électro-conductivité contrôlée • Courtesy Hicham Berrada et Galerie Kamel Mennour, Paris – Londres / Photo Catherine Brossais

Un mélange de rigueur scientifique et de rêverie irrationnelle, de chiffres précis et de brumes impénétrables.

« J’ai une idée assez précise des couleurs et des formes que je veux générer. Mais, comme un pêcheur en eau trouble, je ne sais jamais exactement à quoi ressemblera l’œuvre finale. J’aime cette idée de ne pas tout contrôler, de n’être qu’un activateur », confie le jeune homme. Un mélange de rigueur scientifique et de rêverie irrationnelle, de chiffres précis et de brumes impénétrables : tel est l’improbable formule de son art. Car s’il possède « une connaissance très précise des mathématiques et de la physique », comme le soulignent les commissaires Marie Lavandier (directrice du musée) et Pascale Pronnier (responsable des programmations artistiques du Fresnoy), Hicham Berrada s’intéresse aussi à l’alchimie et à la divination. Intitulée Kéromancie [voir ci-dessus], sa série d’aquariums s’inspire ainsi d’une pratique divinatoire allemande, consistant à faire fondre du plomb et de l’étain dans une cuillère et de la plonger dans l’eau pour y lire des présages !

Hicham Berrada, Les Augures mathématiques
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Hicham Berrada, Les Augures mathématiques, 2018–2019

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Sculpture imprimée en 3D d’après fichier généré par calcul informatique • Courtesy Hicham Berrada et Galerie Kamel Mennour, Paris – Londres / Photo Hicham Berrada

Sur les parois vitrées du Pavillon, l’artiste a appliqué une fresque translucide de 250 m². Derrière des formes organiques aux tons bleus, verts et rose pâle, la végétation du jardin du musée apparaît en transparence, doucement mue par le vent. Réalisée d’après des photographies, l’œuvre a nécessité deux mois et demi de calculs informatiques [Les Augures mathématiques, 2018–2019]. « J’ai simulé par ordinateur la croissance et l’évolution de lichens, de racines, de nuages. La morphogenèse permet de traduire en équations le mouvement des formes qui existent dans la nature. Ces données me permettent de prévoir à peu près ce qui va se produire. Pour obtenir une forme en particulier, je peux stopper la croissance d’une racine à un instant précis. »

Hicham Berrada, Présage
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Hicham Berrada, Présage, 2019

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Installation vidéo 360° dans un architecture circulaire. Vidéo issue de performance, Bécher, produits chimiques, caméra et projection en direct • Courtesy Hicham Berrada et Galerie Kamel Mennour, Paris - Londres / Photo Laurent Lamacz

Pièce maîtresse du parcours, une installation vidéo circulaire permet d’observer, grâce à un film accéléré 300 fois, la genèse d’un paysage berradien. Dans un bocal contenant un milieu aqueux, l’artiste a saupoudré du magnésium pour former un « sol ». Puis il a introduit d’autres éléments et modifié la température, pour faire évoluer le paysage et ses couleurs, toutes naturelles. « Le orange, par exemple, est produit par l’oxydation du fer. Au début, tout n’est que poudre et liquide. Les dégagements de gaz et les réactions entre les matériaux créent petit à petit des formes solides. »

Parmi ces nouvelles créations s’est glissée une vidéo réalisée en 2014, pendant sa résidence à la Villa Médicis. Filmés depuis une fenêtre, de superbes nuages de bleu de cobalt, sculptés par le vent, s’échappent dans le jardin pour créer un tableau éphémère et mouvant. Un résultat qui a nécessité de nombreuses recherches préalables en atelier, afin de déterminer les conditions parfaites.

Hicham Berrada, Céleste
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Hicham Berrada, Céleste, 2014

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Vidéo couleur Full HD, 5’55 » ; ciel gris, fumée bleu ciel • Villa Médicis, Académie de France à Rome (pensionnaire 2013–2014) • Courtesy Hicham Berrada et Galerie Kamel Mennour, Paris – Londres

« Je ne proclame en aucun cas une hégémonie de l’Homme sur la nature. »

Hicham Berrada

En orchestrant ces petits mondes, Hicham Berrada pourrait se prendre pour Dieu. Pourtant, il est un modèle d’humilité : « Je ne fais que donner un coup de pouce à la nature. Les stars, ce sont les matériaux. Je ne suis que leur serviteur, comme un metteur en scène qui se retire dans l’ombre pour laisser briller les acteurs », souffle-t-il. « Je ne proclame en aucun cas une hégémonie de l’Homme sur la nature. Nous ne sommes que le prolongement des plantes, de la pierre… »

Plus qu’un créateur, Hicham Berrada est un révélateur de la magie du monde. Comme avec sa merveilleuse installation Mesk-ellil, présentée au Centquatre en 2015 : dans une salle obscure, l’artiste avait placé du jasmin de nuit et recréé artificiellement la lumière du clair de lune, afin que ces plantes nocturnes exhalent d’elles-mêmes leur parfum envoûtant… De la poésie pure !

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Hicham Berrada. Paysages générés

Du 19 juin 2019 au 1 septembre 2019

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