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Hugo Pratt, Zulu Cato Zoulou, 1990
© Cong S.A. Suisse
Ici des boomerangs jaillissent d’une case agrandie, là une poupée vaudou hante par transparence le dessin d’une maison, ici un vrai bouclier complète la panoplie d’une aquarelle de guerrier zoulou. Au musée des Confluences à Lyon, les objets venus de tous les continents surgissent de la page dessinée dans une scénographie immersive qui s’appuie sur plus de 130 planches et aquarelles originales d’Hugo Pratt, présentées en regard d’agrandissements spectaculaires allant jusqu’à 7 mètres de haut. Le visiteur est invité à se perdre dans un espace labyrinthique, circulaire et initiatique, pour découvrir les quelque 90 objets mis en résonance, majoritairement issus des collections du musée des Confluences, ou provenant du Quai Branly et de collections privées.
En haut: « L’assaut du fort » (1963) d’Hugo Pratt; En bas: Canot traditionnel réalisé par Edmond Dubé (2001 – Canada, Québec, population atikamekw de Manawan)
Coll. musée des Confluences, Lyon • © Cong SA. Suisse / © Musée des Confluences, Lyon / Photo Olivier Garcin
Point de départ du voyage : la réplique miniature d’une pirogue calédonienne répond exactement à la première case de la Ballade de la mer salée, un album de 1967, dans lequel Corto Maltese apparaît pour la première fois. Il deviendra le héros principal des épisodes publiés dans Pif Gadget de 1970 à 1973. Chez Pratt, la documentation n’est pas illustration, elle appartient au récit, à la source de sa « fantasia », d’un imaginaire qui puise dans la réalité pour créer le crédible ou le semblant en mélangeant le faux au vrai. Indices du décor ou clés de l’intrigue, les objets nourrissent un univers élaboré à partir du matériel ethnographique.
Né à Rimini en 1927, Hugo Pratt a 10 ans quand sa famille suit son père militaire et s’installe en Éthiopie. Il retourne en Italie, à Venise, avant de partir étudier le dessin en Argentine, en 1949, puis de poser ses valises en Suisse. S’il n’est pas collectionneur, il se rattrape en s’appropriant les objets par le dessin. Corto dispose d’un Gauguin (qu’il se fait voler par Raspoutine !), d’un Modigliani et d’un piano à queue. Seuls deux objets de l’exposition appartenaient personnellement à l’artiste : le scaphandre, qu’il a dessiné dans Mû, ainsi qu’une marionnette sicilienne, accessoire-clé dans cet univers nourri de la thématique du double et de l’altérité.
Pour créer ses histoires, le dessinateur s’inspire à la fois des grands récits d’aventures anglo-saxons (Stevenson, London, Melville…), et du cinéma hollywoodien. Il dessine son Corto Maltese sous les traits de Burt Lancaster ; quelques orignaux de Milton Caniff montrent l’influence directe du maître américain de la bande dessinée. Quant à la documentation, les livres lui servent de source principale et témoignent de la rigueur de ses recherches. Lors de ses voyages, Pratt vérifie et enrichit ses récits en complétant sa bibliothèque. Elle comptait près de 18 000 volumes à sa mort en 1995. Pour les champignons de l’album Mû, le musée a même retrouvé le décalque d’un catalogue qui a servi au dessinateur.
En haut: « Corto Maltese. Mû, la cité perdue » (1988) d’Hugo Pratt; En bas: Copie du Codex Nuttall Mixtèque (XIXe siècle, Mexique)
Coll. musée des Confluences, Lyon • © Cong S.A. Suisse / © Musée des Confluences, Lyon / Photo Olivier Garcin
Le goût du large appelle de nombreuses destinations et une passion pour le nomadisme onirique et imaginaire. Depuis les Indiens d’Amérique du Nord dans Fort Wheeling ou Jesuit Joe, l’érudition historique du dessinateur éclaire sa fascination pour les peuples du monde entier. Si l’Afrique d’Ann de la jungle, des Scorpions du désert, des Éthiopiques ou encore de Cato Zoulou convoque destinations et souvenirs adolescents, les représentations de l’Amazonie, de l’Amérique centrale, de l’Asie et surtout de l’Océanie, détaillent une curiosité qui rend hommage aux écrivains et aux scientifiques, comme Jean Guiart, un ethnologue océaniste spécialiste de la Mélanésie.
Toutes ces lignes d’horizons dessinent une géographie personnelle projetée au début du XXe siècle, à l’époque de l’apogée des Empires coloniaux, pour rendre hommage à la diversité culturelle de l’humanité dans une œuvre profondément libertaire et sans frontières. L’objet chez Pratt devient un glyphe, un signe symbolique capable d’incarner une différence et un mystère dans une dimension universelle et humaniste. Une réflexion qui rejoint la vocation du musée lyonnais, « dans lequel les objets racontent des histoires », selon les mots de la directrice, Hélène Lafont-Couturier.
Hugo Pratt, lignes d'horizons
Du 19 mai 2021 au 6 février 2022
www.musee-aquitaine-bordeaux.fr
Musée d’Aquitaine de Bordeaux • 20 Cours Pasteur • 33000 Bordeaux
www.musee-aquitaine-bordeaux.fr
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