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Les bulles poétiques de Blutch à Strasbourg

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Publié le , mis à jour le
La ville de Strasbourg, endeuillée par la mort de Tomi Ungerer en février dernier, célèbre cette année un autre enfant du pays, né dans cette capitale historique de l’image, berceau de l’imprimerie. Trois expositions proposent encore, jusqu’au 30 juin, de découvrir ce génie du dessin contemporain, inspiré tant par Lucky Luke que par Félix Vallotton.
Blutch, Sans titre (affiche de l’édition 2019 des Rencontres de l’Illustration de Strasbourg)
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Blutch, Sans titre (affiche de l’édition 2019 des Rencontres de l’Illustration de Strasbourg), 2018

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Pastels sur papier • 51 x 36 cm • Coll. Blutch / © Photo Blutch

Dans la lignée des grands dessinateurs strasbourgeois, de Gustave Doré à Tomi Ungerer, l’influence de Blutch – alias Christian Hincker – sur le dessin contemporain est considérable ! De la BD à l’illustration et du pinceau à la gravure, l’artiste, à 51 ans, a embrassé toutes les pratiques du dessin, avec un travail frénétique et obstiné de la matière, à l’encre noire puis en couleurs, aux crayons et aux pastels. Invité d’honneur lors des Rencontres de l’illustration de Strasbourg en avril dernier, les expositions dispersées dans sa ville natale lui rendent donc un hommage foisonnant, à l’image de son œuvre qui puise aussi bien dans la BD que dans la peinture, la littérature, la photographie, le jazz, le cinéma…

Blutch, Sans titre (dessin pour l’affiche du film « La Chambre Bleue »)
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Blutch, Sans titre (dessin pour l’affiche du film « La Chambre Bleue »), 2014

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Pastels sur papier • 51 × 36 cm • Coll. Blutch / Photo Dargaud / © Blutch

« Dans le fond, on raconte toujours la même chose, la condition humaine est ce qu’elle est. »

Blutch

Esprit libre, Blutch a, depuis les premières planches publiées en 1988 dans Fluide Glacial, nourri son travail de ses obsessions. « Dans le fond, on raconte toujours la même chose, la condition humaine est ce qu’elle est. Ce qui m’intéresse dans l’image, c’est ce qui échappe. J’aime être surpris », explique l’artiste en invitant à contempler son œuvre dans son étrangeté, à saisir dans la résistance de l’image, son érotisme et sa tension poétique.

Alors que les planches de l’album Pour en finir avec le cinéma, autour de son répertoire cinéphile, sont exposées à L’Aubette 1928, l’incontournable rétrospective « Blutch, un autre paysage », au musée Tomi Ungerer, retrace quant à elle vingt-cinq ans de dessins. Elle aborde l’étendue de sa production hors cases : carnets, travaux de commande, dessins de presse, portraits intimes ou affiches de cinéma comme celles réalisées pour Alain Resnais. Une section invite à découvrir ses influences à travers quelques ouvrages piochés dans sa bibliothèque et des dessins issus de sa collection personnelle, parmi laquelle des originaux de Guido Buzelli, Saul Steinberg, Georges Beuville, Ernie Bushmiller ou encore Georges Pichard et Cop.

Blutch, Strip n°14 « Adieu Paul Newman », extrait de l’album “Pour en finir avec le cinéma” aux éditions Dargaud
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Blutch, Strip n°14 « Adieu Paul Newman », extrait de l’album “Pour en finir avec le cinéma” aux éditions Dargaud, 2011

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Encre, correcteur et collage sur papier • 40 x 16,3 cm • Coll. Blutch / Photo Dargaud / © Blutch

On y croise aussi ses amis, comme Frédéric Poincelet et Catherine Meurisse. Sur la table, Tintin, Lucky Luke, Astérix et Picsou côtoient Sempé, Kiraz, Chaval, Charles Adams, William Steig, mais aussi les peintres David Hockney, Félix Vallotton, Balthus… Au fil des salles, l’artiste improvise et croque l’instant d’après nature, que ce soit à partir d’un détail du réel ou d’un rêve, de réminiscences inconscientes ou de réinterprétations formelles. L’expression libérée d’une sensualité féroce se fige dans un mélange de délicatesse et d’humour noir.

Le processus créatif de Blutch prend ses racines dans l’enfance. Elle nourrit son vocabulaire graphique, son goût pour le western et la grande aventure, depuis l’époque même de ses premières lectures où il recopiait des albums entiers… Dès les années 1990, le dessinateur s’était fait connaître en racontant son enfance à travers les épisodes du Petit Christian. Actuellement, il travaille avec son frère Robber sur une reprise de Tif et Tondu qui paraîtra à l’automne. À travers l’enfance, Blutch adulte interroge surtout son rapport au monde, son désir paradoxal de concilier l’expression spontanée du trait et la théâtralité de ses mises en scène, ses élans tragi-comiques shakespeariens.

Saul Steinberg, Sans titre
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Saul Steinberg, Sans titre, vers 1965

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Encre bleue, stylo bille et crayon sur papier • 30 × 20,5 cm • Coll. musée Tomi Ungerer – Centre international de l’Illustration, Strasbourg / Photo Mathieu Bertola (Musées de la Ville de Strasbourg) / © The Saul Steinberg Foundation, / © Adagp, Paris 2019

« Je suis attiré par ce qui n’a ni début ni fin, ce qui est nébuleux. C’est très inspirant, en fait, de ne rien comprendre, de ne pas savoir. C’est l’essence de la poésie », rapporte l’artiste dans un entretien issu du livre Pétrone – Blutch, publié récemment et qui raconte la genèse de l’album Péplum en 1996. « Ce récit d’aventures poétiques », inspiré très librement du Satyricon et de son adaptation à l’écran par Federico Fellini, marque un tournant radical : en contre-pied des péplums hollywoodiens, l’épopée surréaliste d’un héros solitaire laisse exploser un impérieux besoin de poésie. Suivront la série Mitchum, Vitesse Moderne, La Volupté, La Beauté, Lune l’envers ou encore Variations. Sept œuvres qui ont servi à composer l’extraordinaire exposition « Art mineur de fonds » du musée d’Art moderne (MAMCS). Le musée, qui a l’habitude de provoquer de « joyeuses frictions » entre ses collections d’art moderne et d’art contemporain, a donné carte blanche à l’artiste pour sélectionner dans les différents fonds de la ville des œuvres en résonance avec son travail.

Blutch, Dessin pour la couverture de « Variation » aux éditions Dargaud
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Blutch, Dessin pour la couverture de « Variation » aux éditions Dargaud, 2017

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Pastel sur papier • 54 × 45 cm • Coll. Blutch / Photo Dargaud / © Blutch

À côté d’Albrecht Dürer, Hans Baldung Grien, Auguste Renoir, Max Klinger, Eugène-Henri Cordier, Pierre Alechinsky, Pierre Bonnard et même un dessin de Saul Steinberg non répertorié (et découvert à cette occasion), le dessinateur s’amuse à créer des correspondances aussi évidentes qu’inattendues : « La question n’est pas de me comparer à un tel ou un tel. Je ne fais aucune hiérarchie entre les arts », insiste-t-il. Le parcours devient dada, et l’accrochage entraîne une lecture (ré)créative de rapprochements heureux. Face à l’affiche de Buffalo Bill, la peinture grandiloquente de Gustave Doré finit aspirée dans le tremblement de terre de Max Ernst. L’artiste intercale ses cases au milieu de la tempête : refuges fragiles et transitoires dans le tumulte d’un mystérieux naufrage, un océan de traits aux échos universels.

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Blutch. Art mineur de fonds

Du 22 mars 2019 au 30 juin 2019

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Blutch. Pour en finir avec le cinéma...

Du 22 mars 2019 au 30 juin 2019

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Blutch. Un autre paysage. Dessins 1994-2018

Du 22 mars 2019 au 30 juin 2019

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Prolongations parisiennes

Du 20 juin au 27 juillet, la Galerie Barbier & Mathon à Paris, propose l’exposition « Reprise – Dialogue de dessin », d’après l’album réalisé à l’occasion des Rencontres de Strasbourg, entre Blutch et l’artiste Anne-Margot Ramstein, édité chez 2024.

Exposition « Hors-la-loi » sur Blutch, à la Médiathèque Françoise Sagan à partir du 23 septembre, dans le cadre du festival Formula Bula.

Retrouvez dans l’Encyclo : Gustave Doré

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