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Guo Pei, Robe de mariée traditionnelle chinoise en or (détail), 2018
Gilet, jupe, robe : broderies de fils d’or pur, cuir, soie, crinoline • © Guo Pei
Il est né parmi les étoiles, s’est éparpillé en poussières dans l’univers, avant de descendre sur Terre, et de faire son lit dans les rivières. Aux yeux de l’humain, il est apparu scintillant, en paillettes, en pépites. Très tôt, les mythes ont consacré l’or comme divin : morceau du soleil pour les civilisations précolombiennes, « chair des dieux » pour les anciens Égyptiens.
S’en parer est promesse d’éternité… Ainsi naquit la fabuleuse aventure du fil d’or, une tradition multiculturelle empreint de richesse, qu’un éblouissant parcours au musée du quai Branly, ainsi qu’un livre étoffé de belles images coédité avec les éditions Skira (Au fil de l’or. L’art de se vêtir de l’Orient au Soleil-Levant), mettent en lumière.
Guo Pei, Encounter, Collection Couture Automne-Hiver 2016
Robe : soie, broderies de fils de soie et d’or, sequins et cristaux Swarovski cousus à la main, strass, ornements en métal / coiffe : cuivre • © Guo Pei, Chine / Photo Minghua LI
Pour détricoter tous les secrets du fil d’or au musée du quai Branly, Hana Al Banna-Chidiac, ancienne responsable des collections Afrique du Nord et Proche-Orient, et Magali An Berthon, spécialiste des tissus asiatiques, ont tissé un voyage sur mesure, qui nous transporte du Maghreb au Japon, en passant par le Moyen-Orient, l’Inde et la Chine. Cinq pièces inédites et neuf costumes de Guo Pei (née en 1967), étoile chinoise de la haute couture, constituent l’autre fil d’Ariane de ce cheminement cousu d’or. Bercée par les légendes éclatantes que lui racontaient sa grand-mère, cette virtuose aux mains d’or, qui a appris à coudre dès toute petite, utilise un fil extrêmement fin pour une broderie de grande précision.
L’utilisation de l’or remonte à l’Antiquité où il habille déjà les rois, les princes et les nobles. En attestent des ornements en or retrouvés dans des tombes à Varna, en Bulgarie, datant de 4 550–4 450 avant J.-C. – l’âge du cuivre. L’or est transformé en perles massives, en lourds bracelets, en pendentifs, mais aussi en bractées, fine feuille de métal ornementale, cousues sur les vêtements des défunts lors de leur inhumation. L’amélioration des techniques d’orfèvrerie, au Ier millénaire avant notre ère, va permettre la fabrication de fils à partir de ce matériau extrêmement ductile : devenu d’une extrême finesse, l’or peut être entrecroisé avec les fils des étoffes par broderie ou par tissage.
Vue de l’exposition « Au fil de l’or. L’Art de se vêtir de l’Orient au Soleil-Levant » au musée du quai Branly – Jacques Chirac, 2025
© musée du quai Branly – Jacques Chirac, photo Léo Delafontaine
Les pays du Soleil couchant constituent le premier arc lumineux de la visite de l’expo en révélant les métissages d’un siècle à l’autre, des dynasties qui succèdent aux mouvements migratoires. De Tunis à Fès, en passant par Alger, les habits sont fastueux et les techniques de tissage et de broderie vont se propager un peu partout en Afrique du Nord ; des caftans – pièces emblématiques du costume oriental, reconnaissables à leurs larges et longues manches – aux robes blanches tissées d’or et de soie…
La route de la soie joue un rôle clé dans la diffusion des textiles ornés d’or à travers l’Eurasie, reliant Byzance, le monde islamique et l’Europe. Les Ottomans sont reconnus pour leur utilisation de l’or, tout comme les textiles du monde islamique. Les soies d’Irak et d’Iran, les cotonnades du Yémen, les toiles de lin d’Égypte, se couvrent d’or. On découvre d’autres formes de corsages, jupes, boléros, plastrons, gilets ou pantalons longs. Exprimant le pouvoir, la richesse, et le statut social, ces textiles dorés étaient particulièrement prisés des cours royales européennes.
Robe de mariée en velours brodé « aux milles branches » en fils d’or, XIXe siècle
Robe de cérémonie. Ce velours était fabriqué dans les ateliers royaux turcs à l’époque de la grandeur du sultanat. Plus la robe était brodée, plus on félicitait la mariée de son art (elle brodait elle-même sa robe de cérémonie). Cette robe se portait entre Istanbul et Ankara.
Velours, fils d’or Broderie • © musée du quai Branly – Jacques Chirac / photo Pauline Guyon
Les yeux pétillants, on arrive en Asie, au milieu d’un flot de saris. Les artisans de l’Inde, du Pakistan et du Bangladesh brillent pour leurs savoir-faire textiles depuis l’Antiquité. Ils manient notamment l’art du zari (du persan zar qui signifie « or »), un fil de métal en argent plaqué or, ensuite tissé ou brodé.
Guo Pei, Little Magnificent Gold (détail de l’une des reproductions miniatures de la robe originale Magnificent Gold), 2024
Sequin, fil de soie, crinolie, métal, fil d’argent, dil d’or, broderie, soie • © Guo Pei, Chine
Les salles suivantes, ainsi que les pages du catalogue, déroulent une trame peuplée de dragons, de grues, de chauves-souris et de chrysanthèmes chatoyants : bienvenue en Chine et au Japon, dont les manteaux de mariée et les ceintures mériteraient une expo ou un livre à eux seuls.
À chacune des étapes, les techniques de l’or textile font l’objet de focus : tissus « brodés de fils d’or », « étoffes tissées au fil d’or », mukaish (petites pastilles de métal), sequins (badla), rubans dorés (gota en Inde), feuilles d’or, et même le Lurex, ce fil polyester inventé en 1946 qui va démocratiser ce qui était jusqu’ici réservé à une élite, en le mettant à la portée de toutes les bourses.
Avant cette innovation, d’autres auront tenté d’exploiter le filon du fil d’or avec du byssus, soit les filaments d’un mollusque méditerranéen (Pinna nobilis). Certains ont misé sur la toile d’araignée (en Indochine ou à Madagascar), ou exploité le Bombyx mori, ver à soie du Cambodge, qui produit des cocons jaune vif. Son secret ? En grignotant des feuilles de mûrier, les vers absorbent des pigments végétaux caroténoïdes qui leur donne cette couleur soleil.
La France étincelle aussi dans ce panorama au travers de la maison Lesage, brodeur aux 100 ans d’activité, qui perpétue des savoir-faire séculaires. En vitrine, on admire aussi une robe « égyptomaniaque » de John Galliano pour Dior (collection printemps-été 2004) et une autre de Karl Lagerfeld pour Chanel (1996) – un trésor ayant réclamé 1 200 heures de broderie à la main. Presque une paille au côté de la robe de la collection 2016 « Encounter » de Guo Pei. De la soie, des broderies de fils de soie et d’or, des sequins et cristaux Swarovski cousus à la main, des ornements en métal… : ce chef-d’œuvre a nécessité 20 000 heures de travail. Resplendissant !
Au fil de l'or. L'art de se vêtir de l'Orient au Soleil-Levant
Du 11 février 2025 au 6 juillet 2025
Musée du quai Branly - Jacques Chirac • 37, quai Branly • 75007 Paris
www.quaibranly.fr
À lire
Au fil de l’or. L’art de se vêtir de l’Orient au Soleil-Levant - Catalogue de l'exposition
Par Hana Al Banna-Chidiac et Magali An Berthon, avec la précieuse collaboration de Guo Pei.
Coédition Skira/musée du quai Branly – Jacques Chirac · 256 pages · 47 €
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