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David Hockney, Robert Doisneau, le monde selon l’IA… Que valent vraiment les grandes expos du moment ?

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De David Hockney à Robert Doisneau, en passant par l’art insoupçonné du dessin de bijoux et la création à l’aune de l’intelligence artificielle, découvrez les expositions que l’on a adorées – ou moins aimées – en ce moment en France. Classique, moderne, contemporain, mode… Beaux Arts a passé tous les goûts en revue !

Avec le printemps, les grandes expos ont fait leur nid dans les musées ! À l’affiche, des stars – citons David Hockney à la fondation Louis Vuitton ou Robert Doisneau au musée Maillol – côtoient des signatures moins montrées (voire quasi jamais), à l’instar de Gabriele Münter au musée d’Art moderne de Paris, Suzanne Valadon au Centre Pompidou, ou encore Rammellzee au Palais de Tokyo (attention derniers jours !).

Du « Paris noir », mis en lumière à Beaubourg, à « S’habiller en artiste », dévoilé au Louvre-Lens, Beaux Arts vous donne son avis sur les accrochages qui valent le détour ; y compris en passant par « Banlieues chéries » qu’on explore en ce moment à la Porte Dorée.

« David Hockney 25 » à la fondation Louis Vuitton

Vue d’installation de l’exposition « David Hockney 25 »
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Vue d’installation de l’exposition « David Hockney 25 », 2025

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OEuvre présentée en grand format : David Hockney 25th June 2022, Looking at the Flowers (Framed), 2022 • © Fondation Louis Vuitton / Marc Domage / © David Hockney

Le pitch :

À la fondation Louis Vuitton, ce ne sont pas les hirondelles qui font le printemps, mais David Hockney ! Au cœur du bois de Boulogne, le vaisseau amiral de Bernard Arnault consacre à cette figure incontournable de l’art des XXe et XXIe siècles une rétrospective XXL, riche de plus de 400 œuvres. Si certaines toiles iconiques du peintre, telles A Bigger Splash (1967), ponctuent le parcours, l’exposition se concentre surtout sur sa production des 25 dernières années.

Ce qu’on a aimé :

À 87 ans, David Hockney n’a pas dit son dernier mot et c’est tant mieux ! L’exposition nous plonge avec délice dans l’œuvre foisonnante d’un artiste qui n’a eu de cesse de se réinventer, de ses débuts au sein de l’école d’art de la ville de Bradford, où il a vu le jour en 1937, à aujourd’hui – l’octogénaire continuant inlassablement de peindre dans son jardin londonien. Chronologique, le parcours montre en particulier l’attachement de David Hockney aux nouvelles technologies. Car s’il ne semble pas (encore) avoir succombé à l’intelligence artificielle, l’artiste est en revanche l’un des pionniers de l’art sur iPad. De la Californie aux confins du Yorkshire en passant par la Normandie, l’accrochage absolument vertigineux fait la part belle aux paysages hallucinés et à leurs teintes vibrantes, mais aussi aux portraits, genre que le peintre affectionne particulièrement. Mention spéciale pour la dernière salle façon exposition immersive, consacrée à ses décors réalisés pour l’opéra : on a d’abord craint un gadget, avant de se laisser complètement happer par la beauté des formes, des couleurs et bien sûr de la musique. Une œuvre d’art totale à la Wagner !

Dommage :

Quelques grincheux déploreront certainement l’absence de certaines œuvres incontournables de David Hockney, que l’on avait pu admirer lors de la grande rétrospective que lui avait consacré le Centre Pompidou en 2017. Que voulez-vous : c’est à l’artiste lui-même que l’on doit ce choix ! De fait, bien que placée sous le commissariat de Norman Rosenthal, cette rétrospective est aussi une œuvre en soi. Un grand geste artistique dont on se souviendra longtemps. I.B.

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David Hockney 25

Du 9 avril 2025 au 31 août 2025

www.fondationlouisvuitton.fr

« L’Art est dans la rue » au musée d’Orsay

Vue de l’exposition « L’art est dans la rue »
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Vue de l’exposition « L’art est dans la rue »

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Photo Musée d’Orsay / Allison Bellido Espichan

Le pitch :

À partir du milieu du XIXe siècle, Paris se couvre d’affiches publicitaires aux couleurs vives et aux compositions percutantes, réalisées par des artistes de talent. Une révolution que le musée d’Orsay explore en fanfare dans une grande exposition, joyeusement annoncée sous sa verrière par une colonne Morris tapissée d’images cultes, comme la célèbre affiche du cabaret du Chat noir, qui nous transporte illico dans la vie montmartroise de la Belle Époque.

Ce qu’on a aimé :

Dans une scénographie plutôt plaisante – notamment celle de la grande salle centrale – assortie d’éléments sonores bienvenus, on se délecte des audaces stylistiques des maîtres du genre comme Henri de Toulouse-Lautrec, Théophile Alexandre Steinlen, Leonetto Cappiello, Henri Gustave Jossot et Alphonse Mucha, et y découvre en détail l’arrivée controversée de cet art dans les rues. La diversité de styles et de visées des affiches présentées (publicités pour produits alimentaires, automobiles, commerces, spectacles…) démontre autant la richesse et l’attractivité de ce nouveau terrain de jeu offert aux artistes, que son ambiguïté, liée à son aspect commercial et à ses dérives – abordés dans une dernière partie dédiée aux stéréotypes et à la propagande politique, annonçant le rôle sombre que l’affiche incarnera au XXe siècle.

Dommage :

L’exposition aborde davantage le sujet comme un phénomène historique et social qu’artistique. Si la technique est bien décrite, les codes stylistiques de l’affiche n’y sont pas assez analysés à notre goût, pas plus que le rôle primordial qu’elle a joué dans l’histoire de l’art : en raison de son but et de ses contraintes pratiques, l’affiche a marqué l’avènement d’une nouvelle esthétique (couleurs vives, formes simples et dynamiques, cadrages audacieux, contrastes forts…), et fut un véritable accélérateur de modernité, tant visuellement que du point de vue de la désacralisation et de la démocratisation de l’art. Malgré des efforts manifestes, la scénographie aurait aussi pu être plus ludique et immersive : la créativité des lettrages des affiches d’antan ne se retrouve pas dans les cartels et textes de salles, tandis que les espaces paraissent un peu vides et aseptisés, loin de la texture des rues de l’époque. J.B.

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L'art est dans la rue

Du 18 mars 2025 au 6 juillet 2025

www.musee-orsay.fr

Derniers jours ! « Revoir Cimabue » au musée du Louvre

Cimabue, Maestà
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Cimabue, Maestà, 4e quart du XIIIe siècle

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Quand Dominique Vivant Denon fait venir la Maestà en France, en 1813, elle n’est estimée qu’à 10 francs alors que les Noces de Cana de Véronèse le sont à 1 million ! En 1815, les commissaires italiens refusent de la récupérer, en raison du coût trop élevé de son transport, mais aussi car le regard porté sur les peintres dits primitifs n’a pas encore évolué vers une véritable reconnaissance.

Tempera sur fond d’or sur bois • 427 × 280 cm • Coll. Musée du Louvre, Paris • © C2RMF / Photo Thomas Clot.

Le pitch :

À l’origine de cette exposition, la découverte du siècle : celle en 2019 dans une cuisine de l’Oise d’un petit panneau peint sur fond doré. Classée trésor national, la Dérision du Christ, issue probablement d’un polyptyque, est dès lors attribuée à Cimabue puis acquise par le musée du Louvre. Pour célébrer la fin de sa restauration, ainsi que celle de la Maestà appartenant déjà aux collections du musée, cette exposition entend remettre en lumière ce maître mal connu du Duecento, trop longtemps resté dans l’ombre de son illustre élève Giotto.

Ce qu’on a aimé :

Il est rare de voir une exposition redonner à un artiste sa juste place dans l’histoire de l’art. En une quarantaine de peintures, sculptures et textiles, Thomas Bohl, conservateur au musée du Louvre et commissaire de l’exposition, réussit à donner corps à cette période charnière dans la peinture du XIIIe siècle en Toscane. À la fin de ce siècle, Cimabue – de son vrai nom Cenni di Pepo – est au cœur d’un basculement dans l’histoire de l’art. Abandonnant progressivement un certain hiératisme, osant s’essayer à des audaces dans les représentations des figures, il inspirera les artistes et disciples comme Giotto et Duccio. Ces derniers pousseront plus loin les recherches déjà amorcées (et visibles) par le maître.

Dommage :

Certes, le corpus d’œuvres connues de la main de Cimabue est ténu, mais les présenter dans un espace situé au bout de la galerie de peintures italiennes du musée est un peu frustrant, tant le sujet est passionnant. On aurait aimé une exposition d’ampleur, accompagnée d’un dispositif de médiation plus développé, et notamment d’un film sur la technique du peintre, les restaurations récentes ayant permis d’en révéler les secrets. P.M.

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Revoir Cimabue. Aux origines de la peinture italienne

Du 22 janvier 2025 au 12 mai 2025

www.louvre.fr

« Artemisia, héroïne de l’art » au musée Jacquemart-André

Vue de l’exposition « Artemisia. Héroïne de l’art » au musée Jaquemart-André, Paris
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Vue de l’exposition « Artemisia. Héroïne de l’art » au musée Jaquemart-André, Paris

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Au centre : Yaël et Siséra, 1620
Huile sur toile, 93 × 128 cm
Coll. Szépmüveszeti Müzeum / Musée des Beaux-Arts, Budapest

© Nicolas Héron / Culturespaces

Le pitch :

Avec près de 40 tableaux, dont de très grands formats, le musée Jacquemart-André met à l’honneur la célèbre peintre italienne Artemisia Gentileschi (1593–1653), figure majeure de la peinture baroque caravagesque. Une artiste dont le style unique lui valut une longue et brillante carrière – d’autant plus remarquable à une époque où la peinture était réservée aux hommes.

Ce qu’on a aimé :

Comment manquer cette mise en valeur inédite d’une artiste encore trop peu exposée aujourd’hui au regard de son immense talent ? Impossible de ne pas être attiré, et troublé, par ces tableaux sombres et intenses, où triomphent des femmes robustes, sensuelles et mystérieuses. Loin de s’appesantir sur son viol à l’âge de 17 ans et le procès cruel qui s’ensuivit, ce parcours thématique évite l’écueil d’un traitement trop biographique ou romanesque (souvent réservé aux artistes femmes) pour se concentrer pleinement sur la richesse, la puissance et la diversité de son art, des grandes peintures d’histoire virtuoses aux portraits en passant par les décors allégoriques – le tout mis en regard avec des œuvres de Caravage et de son père et professeur, Orazio Gentileschi. Des toiles clés, comme son premier tableau signé, côtoient des pépites méconnues, comme une étonnante Madeleine pénitente prêtée par une galerie, et une Danaé nue peinte sur cuivre pour un cabinet secret.

Dommage :

Comme toujours dans ce musée, les salles sont trop exigües et peu adaptées. On déplore également qu’un tableau essentiel de la carrière de l’artiste, Judith décapitant Holopherne (1612–1613) n’y soit représenté que par une « copie d’après » (l’original étant à Naples), mal mise en valeur dans un couloir étroit. Mais surtout, à trop vouloir éviter de se faire reprocher de surinterpréter son œuvre à l’aune de sa vie intime (un cartel évoque avec méfiance des « interprétations protoféministes »), l’exposition reste trop discrète sur le regard féministe qu’on ne peut éviter de porter sur cette œuvre profondément autoréflexive. Une œuvre qui, à chaque instant, interroge les relations entre pouvoir, violence, art et féminité, et questionne, en son temps, ce qu’être femme, et femme artiste, veut dire. J.B.

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Artemisia. Héroïne de l’art

Du 19 mars 2025 au 3 août 2025

« Robert Doisneau. Instants donnés » au musée Maillol

Robert Doisneau, Les Coiffeuses au soleil
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Robert Doisneau, Les Coiffeuses au soleil, Juin 1966

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Pour reprendre les mots de l’historien de l’art Jean-François Chevrier, Doisneau est « prêt à
s’émerveiller de tout » et à pratiquer
la photo comme un jeu propice
à la « transformation imaginaire
de l’environnement quotidien ».

© Atelier Robert Doisneau / Gamma-Rapho

Le pitch :

Son nom et ses images sont indissociables de la photographie dite « humaniste ». Robert Doisneau s’expose en quelque 400 clichés au musée Maillol, qui montre toute l’ampleur et la richesse de l’œuvre de l’un des photographes les plus populaires du XXe siècle.

Ce qu’on a aimé :

Il y a bien sûr les gamins qui font les 400 coups dans les rues de Paris, les accordéonistes qui font danser dans les bistrots, les concierges méfiantes qui reluquent les passants sur leur pas de porte, sans oublier ce baiser devenu iconique, savamment mis en scène face à l’Hôtel de Ville… Bref, toutes ces images pleines d’amour et d’humour, avec lesquelles Doisneau a forgé sa légende. Mais le musée Maillol révèle aussi des facettes moins connues de son corpus colossal, en exposant par exemple ses superbes portraits d’artistes (Picasso, Léger, Colette, Sagan et même Hockney !), ses reportages sur le monde du travail en immersion dans les mines du Pas-de-Calais ou dans les usines Renault, ou encore ses vues de grands ensembles réalisées pour la DATAR, bien loin des ruelles joyeusement encrassées du Vieux Paris. Preuve que Doisneau peut encore nous surprendre !

Dommage :

C’est un sans-faute pour cette exposition dont on ressort le cœur léger. Qu’il photographie un mariage chic pour Vogue ou la précarité des habitants de la « Zone », Doisneau regarde le monde avec tendresse… Et nous aussi. I.B.

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Robert Doisneau - Instants donnés

Du 17 avril 2025 au 19 octobre 2025

museemaillol.com

« Gabriele Münter. Peindre sans détour » au musée d’Art moderne de Paris

Vue de l’exposition « Gabriele Münter. Peindre sans détours »
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Vue de l’exposition « Gabriele Münter. Peindre sans détours », 2025

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Photo MAM Paris Musées / Pierre Antoine

Le pitch :

Enfin une première rétrospective française de cette éminente figure de l’expressionnisme allemand, restée longtemps dans l’ombre de celui avec qui elle partagea quatorze ans de sa vie, Vassily Kandinsky. L’occasion de découvrir une œuvre qui va bien au-delà de la période du Blaue Reiter – mouvement qu’elle a cofondé en 1911 – et qui se révèle étonnamment variée. De la photographie, qu’elle a pratiquée dès sa jeunesse, aux dessins d’enfants et aux arts populaire qu’elle a collectionnés pour nourrir son art, en passant par la gravure, le dessin, la broderie… Gabriele Münter (1877–1962) est une infatigable expérimentatrice, une pionnière marquée par ses nombreux voyages à travers l’Europe des avant-gardes et même aux Etats-Unis.

Ce qu’on a aimé :

Jamais lassante, loin de s’enfermer dans des formules toutes faites, sa peinture se renouvelle sans cesse au gré des époques et de ses propres questionnements. Avec une boussole : chercher à capturer l’essence du réel. Hybridant les genres (portrait et paysage par exemple), Gabriele Münter brille aussi par ses talents de coloriste, mais plus encore par un sens du cadrage hors du commun, que l’on devine hérité de sa pratique photographique. Ses gros plans d’enfants endormis sont d’une justesse inouïe, tout comme ses touchantes natures mortes. À travers le panorama très large que brosse l’exposition, son œuvre se révèle bien plus complexe qu’il n’y paraît, et assez inclassable. Une découverte à ne pas manquer !

Dommage :

On aurait aimé davantage de photographies de son périple stupéfiant à l’âge de 21 ans aux États-Unis, et s’attarder aussi sur certains éléments biographiques passionnants. Les dernières salles laissent entrevoir la question sensible de ses années passées dans l’Allemagne nazie, mais sans jamais l’aborder de front. Si certaines des œuvres de Gabriele Münter ont été utilisées en 1936 à des fins de propagande, l’artiste a aussi caché dans sa cave de nombreux chefs-d’œuvre jugés « dégénérés » pour les léguer plus tard au Lenbachhaus de Munich, contribuant à écrire une histoire de l’art dont elle a été pourtant largement évincée. F.G.

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Gabriele Münter. Peindre sans détours

Du 4 avril 2025 au 24 août 2025

www.mam.paris.fr

Derniers jours ! « Rammellzee. Alphabeta Sigma (Face A) » au Palais de Tokyo

Vue de l’exposition de Rammellzee « ALPHABETA SIGMA (Face A) » au Palais de Tokyo, 2025
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Vue de l’exposition de Rammellzee « ALPHABETA SIGMA (Face A) » au Palais de Tokyo, 2025

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© Aurélien Mole

Le pitch :

Le Palais de Tokyo organise la toute première rétrospective en France célébrant Rammellzee, artiste iconoclaste du mouvement hip-hop naissant dans les années 1980. Placé sous le commissariat d’Hugo Vitrani, ce premier volet baptisé « Alphabeta Sigma (Face A) » (avant la « face B » bientôt au CAPC de Bordeaux) déploie une centaine d’œuvres, de ses premiers dessins à ses sculptures en passant par ses costumes et ses graffitis.

Ce qu’on a aimé :

Cosmique ! C’est le mot qui vient en voyageant dans l’univers de ce gourou du mouvement hip-hop adulé de nombreux street artistes. La première salle met tout de suite dans l’orbite de la planète Rammellzee, du « Gothic Futurism » à l’« Ikonoklast Panzerism », concepts aussi forts que cryptés de la guerre qu’il mène contre le langage dominant, en s’armant d’un nouvel alphabet. Les traits, les couleurs, ça fuse et ça électrise à la vitesse d’un métro dans les entrailles de New York (gare au tournis en admirant la fresque sur papier de cinq mètres de long…). Bluffants sont ses tableaux fluorescents à la surface résineuse, iridescents à la lumière noire. De jouets en bijoux faits d’assemblages, on serait presque intimidé devant ses « garbage gods » (« divinités poubelles ») en kimonos et masques excentriques, évoquant ses performances sur la scène musicale. Rammellzee pouvait rapper avec 100 kilos sur le dos ! Pour l’entendre, on n’oubliera pas de passer dans la salle 37dB, où résonnent des morceaux de l’artiste.

Dommage :

Accrochez-vous pour comprendre la pensée cryptique de ce spécimen enfin redécouvert. Rammellzee le revendique, il est une « équation ». On salue, à cet égard, la gigantesque chronologie du mouvement hip-hop déployée par le commissaire de l’expo à mi-parcours. Vous êtes quand même perdus ? Le mieux est encore de se laisser porter par cet imaginaire fou et visionnaire. M.B.

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Rammellzee. Alphabeta Sigma (Face A)

Du 21 février 2025 au 11 mai 2025

palaisdetokyo.com

« Dessins de Bijoux » au Petit Palais

Vue de l’exposition « Dessins de bijoux. Les secrets de la création »
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Vue de l’exposition « Dessins de bijoux. Les secrets de la création », 2025

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© Gautier Deblonde

Le pitch :

Riche d’une collection de plus de 5 500 dessins de bijoux, constituée depuis la fin des années 1990, le Petit Palais nous plonge au cœur de la création joaillière. Couvrant plus d’un siècle, de la seconde moitié du XIXe au milieu du XXe siècles, le parcours creuse la diversité et la particularité du dessin de bijou, de la première idée jetée sur le papier au bijou réalisé.

Ce qu’on a aimé :

Comment ne pas être charmés par les croquis et les gouachés dévoilés ici ? Ces feuilles, des mains de René Lalique, Pierre-Georges Deraisme ou Charles Jacqueau – lequel a prêté ses talents à d’illustres maisons comme Cartier –, sont de vrais trésors de minutie et de poésie ! Dès le début du parcours, l’œil est aimanté par les plumes d’un cygne stylisées vers 1900 et métamorphosé en peigne par Vever, joaillier de la rue de la Paix. Scénographié comme l’atelier d’un artiste, avec ses verrières et ses grandes tables de travail, le parcours est ciselé, aussi didactique que réjouissant. Dans la première section, on plonge avec délice dans la profusion des sources d’inspiration (recueil d’ornements, musées, nature…) des dessinateurs de bijoux, érudits et ouverts sur le monde. Dans une deuxième et troisième parties, de nombreux faces-à-faces entre esquisses et bijoux aident à saisir les étapes de création d’un bijou et le travail collectif que constitue chaque pièce.

Dommage :

Brillante de bout en bout ! Le propos construit par la commissaire Clara Roca a le mérite de montrer la pérennité du dessin joaillier, véritable manne patrimoniale pour les maisons, de Boucheron à Rouvenat. Elle met aussi en valeur le talent exceptionnel des artisans spécialisés dans ce domaine. En témoigne la vidéo réalisée à la Haute École de joaillerie dévoilant les gestes aussi précis qu’intemporels des « gouacheurs ». M.B.

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Dessins de bijoux. Les secrets de la création

Du 1 avril 2025 au 20 juillet 2025

www.petitpalais.paris.fr

« Le monde selon l’IA » au Jeu de Paume

Exposition le monde selon l’IA
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Exposition le monde selon l’IA, 2025

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Photographie couleur • © Jeu de Paume © Vesna Bonaci Doric

Le pitch :

En à peine deux ans, l’intelligence artificielle s’est imposée dans notre quotidien, bouleversant notre rapport au monde, mais aussi, bien sûr, aux images. Cela, les artistes l’ont bien compris. Voilà même bientôt une décennie que certains se sont emparés de l’IA pour créer et interroger l’impact éthique, environnemental et sociétal de cette nouvelle technologie. C’est ce que démontre cette vertigineuse plongée dans les mondes d’aujourd’hui et de demain.

Ce qu’on a aimé :

Après « Le supermarché des images » en 2020 (exposition hélas écourtée par l’apparition du Covid), le Jeu de Paume se fait une nouvelle fois l’écho des préoccupations du monde contemporain en s’entourant pour l’événement d’une solide équipe scientifique, menée par Antonio Somaini, professeur de théorie du cinéma, des médias et de la culture visuelle à l’Université Sorbonne Nouvelle. Le parcours, qui investit l’intégralité des espaces de l’institution, distingue l’« IA analytique » (dont font par exemple partie les systèmes de reconnaissance faciale) de l’« IA générative » (permettant notamment de créer des images à partir de prompts), et rassemble des œuvres de formes très diverses, conçues exclusivement depuis 2016. La démarche, autant artistique que pédagogique, permettra sans doute de livrer au public des clés de compréhension sur cette technologie qui engendre énormément d’interrogations, en levant notamment le voile sur sa « face sombre » – impact environnemental, emploi de travailleurs précaires, biais racistes…

Dommage :

Dense, beaucoup trop dense ; l’exposition oscille entre démonstration théorique et proposition artistique. Résultat : les œuvres sont englouties sous des tartines de textes en tous genres (introduction des salles, cartels explicatifs interminables, textes accompagnant les « capsules temporelles »). Le visiteur se trouve bien vite noyé dans un océan de concepts, au détriment de l’expérience artistique. Hormis quelques propositions à la poésie touchante (Julien Prévieux, Grégory Chatonsky…), l’exposition donne à voir un monde sombre, voire angoissant, dans lequel on a vainement cherché une pointe d’émotion… I.B.

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Le monde selon l'IA

Du 11 avril 2025 au 21 septembre 2025

jeudepaume.org

« Paris noir » au Centre Pompidou

Vues des salles d’exposition de « Paris Noir » au Centre Pompidou
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Vues des salles d’exposition de « Paris Noir » au Centre Pompidou, 2025

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© Hervé Véronèse

Le pitch

Qui sont les artistes noirs en France, des années 1950 jusqu’à l’an 2000 – et quelles ont été leurs recherches plastiques, leurs engagements, leurs revues, leurs rencontres, leurs soirées ? Le Centre Pompidou répond dans cette exposition très attendue et au succès déjà notable avec 150 noms africains, afrodescendants et caribéens.

Ce qu’on a aimé

Si certains artistes ici montrés sont bien connus, comme le Cubain Wifredo Lam ou le Franco-Haïtien Hervé Télémaque, la plupart se révèlent être des découvertes, parfois très intéressantes : Diagne Chanel, Ming Smith, Harold Cousins, Georges Coran, Papa Ibra Tall. En quinze chapitres, du « Paris panafricain » aux « Nouveaux lieux du Paris noir », du surréalisme à l’abstraction, le parcours voit grand, et convoque tous les arts puisque l’on croise le romancier James Baldwin (magnifique sous le pinceau de Beauford Delaney), la revue Présence africaine, le philosophe Édouard Glissant (si central qu’il constitue le noyau de la scénographie), l’influence du free jazz, la mannequin et chanteuse Grace Jones…

Dommage

Enfin ! Mais comme le regrette le critique spécialiste des arts africains contemporains Philippe Dagen dans les pages du Monde, « il est cependant malheureux que ce soit comme un remords in extremis, à quelques mois d’une fermeture qui s’annonce longue. » Ce remords prend la forme d’une exposition très copieuse, (trop ?) dense, qui assemble des visions extrêmement variées ; au risque de perdre un peu les visiteurs, peut-être. M.C.-L.

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Paris Noir. Circulations artistiques et luttes anticoloniales, 1950 – 2000

Du 19 mars 2025 au 30 juin 2025

www.centrepompidou.fr

« Into the light » à la Villette

Into the light
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Into the light, 2025

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Photo Quentin Chevrier

Le pitch :

Depuis la nuit des temps, elle fascine l’être humain. Aujourd’hui, grâce aux sciences et aux technologies, la lumière se mue en matériau dont s’est emparé toute une génération d’artistes issus du monde de la nuit et de la musique. Entre art et divertissement, sculptures éphémères et spectacle, « Into the light » invite sur 3 000 m2 à un voyage immersif conçu par l’agence Tetro à travers une quinzaine d’œuvres éblouissantes signées Visual System, 1024 Architectures, Olivier Ratsi ou WHITEvoid.

Ce qu’on a aimé :

Les œuvres qui invitent à s’allonger pour un pur moment de contemplation comme le spectacle hypnotique offert par Grid de Christopher Bauder et Robert Henke ou l’installation cinétique Abîme de Visual System (épileptiques s’abstenir). On reste ébloui par les loopings arc-en-ciel de Children of the Light, véritable fête pour l’œil, et subjugué par le ballet mécanique des miroirs de Nonotak. L’installation mélancolique Osiaos de Jacqueline Hen parvient, quant à elle, à apporter à ce show euphorisant une pointe de mélancolie bienvenue.

Dommage :

L’espace très vaste de la Grande Halle peine à créer des espaces clos plus propices à l’immersion et peut paraître parfois un peu vide, notamment dans le dernier chapitre « Playlight » que l’on aurait aimé plus foisonnant, plus interactif aussi. Le visiteur reste un peu à distanceF.G.

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Into The Light. Voyage au cœur de la lumière

Du 9 avril 2025 au 31 août 2025

www.lavillette.com

« S’habiller en artiste » au Louvre-Lens

Vue de l’exposition « S’habiller en artiste. L’artiste et le vêtement »
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Vue de l’exposition « S’habiller en artiste. L’artiste et le vêtement », 2025

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Photo F. Lovino

Le pitch :

Au fil de toute l’histoire de l’art, ce parcours conçu par la directrice du musée, Annabelle Ténèze, dévoile comment s’habillaient les artistes, que ce soit pour créer dans l’atelier, ou pour se mettre en scène, en société, lors de performances ou dans des autoportraits. Une exposition inédite, qui fait dialoguer pour la première fois au Louvre-Lens des œuvres d’art et des pièces de mode.

Ce qu’on a aimé :

D’une qualité exceptionnelle et superbement scénographié, ce parcours foisonnant de 200 œuvres met brillamment en regard peintures et vêtements, dont de magnifiques pièces d’Yves Saint Laurent inspirées par l’histoire de l’art. Des turbans de Rembrandt aux robes-sculptures contemporaines de l’artiste afghane Rada Akbar, en passant par les tenues des néoclassiques nostalgiques de l’Antiquité, la blouse d’« artiste-mécanicien » de Jean Tinguely, les vestes japonaises de Foujita, les ensembles extravagants de Niki de Saint Phalle créés par Dior pour ses performances, des accoutrements éclatants inspirés de l’abstraction, et le délirant « veston Get 27 » de Salvador Dalí, on se régale de bout en bout. À travers diverses sections thématiques (la chemise, le travestissement…), le parcours met finement en lumière la façon dont les artistes ont joué un rôle dans la libération de l’habillement, notamment pour les femmes. Des œuvres célèbres, comme de mythiques autoportraits de Rembrandt et Delacroix, ou encore Un Atelier aux Batignolles d’Henri Fantin-Latour, s’y mêlent à des trésors méconnus, tel un tableau de Louise Abbéma se mettant en scène avec Sarah Bernhardt, et un autoportrait follement original de la peintre italienne Sofonisba Anguissola se représentant en robe brodée d’or, en train d’être peinte par un homme.

Dommage :

Y manquent des tenues ou accessoires de Frida Kahlo (sans doute l’exemple le plus célèbre lié au sujet, et celle que les visiteurs attendaient le plus d’après un sondage), ainsi que les combinaisons à pois de Yayoi Kusama, qu’il a été impossible d’obtenir en prêt – toutes deux étant cependant évoquées en photo pour compenser. Pas de quoi ternir ce coup de cœur ! J.B.

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S’habiller en artiste. L’artiste et le vêtement

Du 26 mars 2025 au 21 juillet 2025

www.louvrelens.fr

« Apocalypse. Hier et demain » à la BnF – François Mitterrand

Vue de l’œuvre d’Anne Imhof, sans titre (2022) à l’exposition « Apocalypse » à la BnF, Paris, 2025
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Vue de l’œuvre d’Anne Imhof, sans titre (2022) à l’exposition « Apocalypse » à la BnF, Paris, 2025

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Photo Anthony Voisin / BnF

Le pitch :

Des catastrophes naturelles aux guerres meurtrières, le terme d’apocalypse revient sans cesse pour évoquer les événements les plus angoissants de notre temps. Mais que signifie précisément ce mot d’origine biblique ? Car dans le Nouveau Testament, le livre de l’Apocalypse ne décrit non pas un désastre, mais plutôt une révélation… La Bibliothèque nationale de France revient ce printemps aux sources de l’Apocalypse à travers de précieux manuscrits médiévaux, des fragments de tapisseries ou des gravures de Dürer, avant de traverser les siècles au gré d’œuvres plus modernes et contemporaines, de William Blake à Anne Imhof en passant par Odilon Redon, Vassily Kandinsky, Otto Dix ou le cinéma. L’idée ? Explorer un imaginaire pluriel, constamment réactualisé, entre sublime et tragique, hanté par le spectre de la fin des temps.

Ce qu’on a aimé :

Malgré un sujet dense et érudit, l’accrochage parvient à exposer clairement son propos. L’art contemporain, loin de n’être qu’un contrepoint, vient dès le début de ce parcours en diptyque offrir de subtiles mises en perspective. Coup de maître, la scénographie de la première partie détaille avec élégance et didactisme les prophéties, pourtant complexes, du texte originel de Jean. Une étape essentielle d’où émergent les grands symboles de l’Apocalypse – la grande prostituée, les sept sceaux, les cavaliers, le combat contre le dragon… –, qui font figures de motifs lancinants dans la seconde partie. Extrêmement riche, celle-ci est plus aérée, laisse peu à peu place à la lumière, jusqu’au magistral final qui renoue avec le « dévoilement » biblique : une grande salle d’installations invitant à l’apaisement et au renouveau.

Dommage :

Espérons que le site François-Mitterrand de la BnF, un peu éloigné des musées, et pas toujours identifié comme lieu d’exposition, ne dissuade pas les potentiels visiteurs qui se priveraient ainsi de l’une des plus saisissantes et passionnantes expositions du moment. F.G.

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Apocalypse. Hier et demain

Du 4 février 2025 au 8 juin 2025

www.bnf.fr

« Louvre Couture » au musée du Louvre

Vue de l’exposition “Louvre Couture, Objets d’art, objets de mode” (robe Christian Dior)
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Vue de l’exposition “Louvre Couture, Objets d’art, objets de mode” (robe Christian Dior), 2025

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© musée du Louvre / Photo Nicolas Bousser

Le pitch :

Pour la première fois de son histoire, le plus grand musée du monde accueille une exposition de mode. « Louvre Couture » se déploie ainsi en une centaine de créations parmi les objets d’art du musée, en traversant les ailes Richelieu et Sully, où les modèles des 45 plus grands couturiers, de Karl Lagerfeld pour Chanel à John Galliano pour Dior, dialoguent avec les collections.

Ce qu’on a aimé :

Impossible de ne pas se laisser happer par le jeu de correspondances tissé par le commissaire d’expo Olivier Gabet, tant il est pertinent et beau. Présentées la plupart du temps sur de grandes estrades en miroir par la scénographe Nathalie Crinière, les créations sur mannequins se fondent à merveille dans les collections. De salle en salle, au milieu des objets d’art du Louvre, on admire de fascinants parallèles au travers d’une soixantaine de silhouettes et une trentaine d’accessoires. Tout fait subtilement écho : une marqueterie Boulle avec un ensemble Givenchy, une mosaïque byzantine de Torcello et une robe Dolce & Gabbana, une laque de Coromandel qui file le parfait accord avec une broderie Chanel. Il y a même des audaces comme la robe en résine galvanisée de Demna pour Balenciaga au milieu des armures anciennes, ou encore le tailleur motif Bambi de la collection de JC de Castelbajac « Go! Go! Diva » trônant devant une tapisserie de chasse. De notre avis, les créations les plus spectaculaires se trouvent dans les dernières salles, dans les appartements Napoléon III. De fil en aiguille, ce qu’on apprécie le plus est de prendre le temps de (re)découvrir le département des objets d’art du Louvre, si peu fréquenté. Quel merveilleux répertoire de beauté !

Dommage :

Prenez le risque de vous perdre… Gageons que cela vous arrivera ! Munissez-vous du plan de l’expo pour ne rien rater du dédale de « Louvre Couture ». Prévoyez du temps pour cette visite, et un peu d’énergie. M.B.

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Louvre Couture. Objets d'art, objets de mode

Du 24 janvier 2025 au 24 août 2025

www.louvre.fr

Derniers jours ! « Suzanne Valadon » au Centre Pompidou

Vue de l’exposition de Suzanne Valadon au Centre Pompidou, Paris, 2025
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Vue de l’exposition de Suzanne Valadon au Centre Pompidou, Paris, 2025

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© Hervé Véronèse

Le pitch :

Outre le face-à-face avec son fils Maurice Utrillo programmé à la Pinacothèque de Paris en 2009, la capitale n’avait pas accueilli de rétrospective de la Montmartroise Suzanne Valadon (1865–1938) depuis 1967. Le Centre Pompidou réunit près de 200 œuvres (une majorité de peintures et quelques beaux dessins) pour faire le portrait d’une artiste libre et audacieuse, qui a signé le premier nu masculin peint de face et en grand format par une femme, et a multiplié les portraits.

Ce qu’on a aimé :

Voir Valadon, déjà, dont les peintures sont d’une beauté rude, et révèlent ses talents de portraitiste comme de coloriste (en témoignent la richesse des teintes des chairs comme la complexité des tissus et des papiers peints à motifs), mais aussi de dessinatrice (les feuilles qu’elle consacre à son jeune fils au corps gracile sont d’une justesse inouïe). La conception du parcours, aussi, est remarquable, tout en courbes et en méandres, qui permettent à la foule de bien se disperser, et offre à chacun la possibilité de regarder tranquillement les œuvres. Enfin, on a adoré les croisements proposés avec quelques-unes de ses contemporaines, telles Marie Laurencin, Juliette Roche, Georgette Agutte, Mela Muter, Jacqueline Marval, Émilie Charmy ou Angèle Delasalle, qui font de cette rétrospective un manifeste pour la redécouverte des artistes femmes de la modernité.

Dommage :

Si le parcours est agréable à arpenter, la scénographie manque de fantaisie dans les choix de teintes des cimaises, dont le gris un peu triste résonne mal avec la riche palette de Suzanne Valadon. M.C.-L.

Suzanne Valadon

Je prends mon billet !

Billetterie Beaux Arts présentée par Come to Paris.

« Banlieues chéries » au palais de la Porte Dorée – musée national de l’Histoire de l’immigration

Vue de l’exposition « Banlieues chéries. Une immersion artistique au coeur de l’histoire des banlieues pour dépasser les clichés »
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Vue de l’exposition « Banlieues chéries. Une immersion artistique au coeur de l’histoire des banlieues pour dépasser les clichés », 2025

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Photo Quentin Chevrier

Le pitch :

Tordre le cou aux clichés, telle est l’ambition de cette toute première exposition consacrée à la banlieue dans un musée national. En plus de 200 œuvres, documents d’archives, peintures, photographies, design, installations, vidéos et récits personnels, le palais de la Porte Dorée sillonne la périphérie du XIXe siècle à nos jours.

Ce qu’on a aimé :

À raison, le titre de l’expo a choisi le pluriel pour explorer la diversité des banlieues populaires. En déconstruisant le discours médiatique sur le « péril » des banlieues – mais sans pour autant jouer les Bisounours –, le parcours embrasse les questions d’urbanisme, d’architecture, de sociologie, des luttes politiques, avec l’art pour fil d’Ariane. C’est Monet peignant les berges d’Argenteuil, des images des bidonvilles (Gérald Bloncourt) et des cartes postales des grands ensembles (Mathieu Pernot), des photos de Robert Doisneau à celles de Laurent Kronental (qui orne l’affiche)… De la littérature (Victor Hugo, Annie Ernaux) au street art (avec Aleteïa), aucune piste n’est ignorée du creuset central pour la culture que représente la périphérie. Ceux qui en parlent le mieux sont ceux qui y vivent ou y ont vécu. Les visiteurs du cru (comme l’autrice de ces lignes) ressentiront une pointe de nostalgie à s’asseoir sur le canapé d’un appartement de HLM avant sa démolition, ou à déambuler entre des sculptures XXL en résine blanche des tours « Nuages » de Nanterre, symboles d’une utopie décrépie. On est aussi resté scotché devant le remarquable tableau photographique de Bruno Boudjelal, bâti à partir d’images de souvenirs d’habitants de la Noue à Montreuil et Bagnolet.

Dommage :

Sonnant comme une déclaration d’amour, « Banlieues chéries » manque un peu de fougue avec un parcours très bien documenté, mais qui frôle l’austérité. Où est l’énergie des banlieues ? On aurait voulu une rencontre plus physique. Gageons que les jeunes, qui se bousculent déjà pour voir l’expo boostée par TikTok, mettront un peu de feu dans tout ça ! M.B.

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Banlieues Chéries

Du 11 avril 2025 au 17 août 2025

www.histoire-immigration.fr

« Tous Léger ! » au musée du Luxembourg

Vue de l’exposition « Tous Léger ! Avec Niki de Saint Phalle, Yves Klein, Martial Raysse, Keith Haring… » au musée du Luxembourg, Paris, 2025
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Vue de l’exposition « Tous Léger ! Avec Niki de Saint Phalle, Yves Klein, Martial Raysse, Keith Haring… » au musée du Luxembourg, Paris, 2025

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© Pauline Bessaudou / GrandPalaisRmn, 2025

Le pitch :

Réunissant une centaine d’œuvres du musée Fernand Léger de Biot et du MAMAC de Nice, le musée du Luxembourg propose une exploration de l’héritage de Fernand Léger, tel qu’il s’inscrit chez les Nouveaux Réalistes (Niki de Saint Phalle, Arman, Yves Klein, Raymond Hains, Martial Raysse, César), mais aussi chez les artistes pop américains, chez Ben, chez Gilbert & George… Et même chez Keith Haring !

Ce qu’on a aimé :

Des « Accumulations » d’Arman aux Nanas dodues et colorées de Niki de Saint Phalle, l’art des Nouveaux Réalistes est gorgé de vie et de joie. Quel plaisir d’en voir ici un ensemble varié ! Les commissaires semblent prendre un plaisir fou à faire revivre leur esprit irrévérencieux, analysé en différents chapitres thématiques (« Les cinq éléments », « La vie des objets »…). En plus des œuvres, quelques citations culottées et une frise best of de leurs actions les plus marquantes s’étalent sur les murs. La conversation avec le pop art, avec l’insouciance provocante de Ben ou encore avec les formes franches et naïves de Karel Appel se fait bien ; tandis que le parcours, aéré, est coloré, joyeux, léger.

Dommage :

« Léger », justement (et sans jeu de mot), c’est aussi le défaut de cette exposition dont l’argument paraît un peu bricolé. Car ils ne se sont jamais rencontrés, et parce que le parcours ne cite en réalité que peu de liens tangibles entre les Nouveaux Réalistes et leur prédécesseur, les textes des cartels restent parfois superficiels, et on sort de l’exposition sans avoir l’impression d’avoir appris grand-chose. Reste le plaisir des œuvres, pas si maigre ! M.C.-L.

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Tous Léger ! Avec Niki de Saint Phalle, Yves Klein, Martial Raysse, Keith Haring...

Du 19 mars 2025 au 20 juillet 2025

museeduluxembourg.fr

« Corps et âmes » à la Bourse de Commerce

Michael Armitage, Dandora (Xala, Musicians)
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Michael Armitage, Dandora (Xala, Musicians), 2022

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Huile sur tissu d’écorce de Lubugo • 220 × 440 cm

Le pitch :

La Bourse de Commerce réunit une quarantaine d’artistes pour aborder le sujet du corps – thème archi-classique s’il en est. Le parcours débute et se termine avec Georg Baselitz, d’abord avec une sculpture monumentale de lui, petit garçon (tenant dans ses mains un crâne), puis avec la série de peintures non moins immenses « Avignon » (2014). Entre les deux, on retrouve Ana Mendieta, Miriam Cahn, Marlene Dumas, Duane Hanson, David Hammons…

Ce qu’on a aimé :

Il y a d’extrêmement belles conversations d’œuvres d’art dans cet accrochage très politique, volontiers centré sur la représentation des corps noirs – et féminins : on retiendra entre autres la salle sur le nu, avec le peintre Kerry James Marshall, la sculptrice Senga Nengudi et la chorégraphe Anna Halprin. En plus des bandes-son des vidéos, l’exposition s’accompagne d’une playlist concoctée par le spécialiste du jazz Vincent Bessières, que l’on peut écouter en s’installant dans des niches. Sensoriel, stimulant, très souvent troublant, l’accrochage multiplie les gros coups (une salle entière de Miriam Cahn, les grands Baselitz) mais séduit presque plus avec certains choix plus discrets, comme la photographie de la main de Miles Davis par Irving Penn, étrangement tordue et tendue, expressive et repliée.

Dommage :

En abordant la question de la représentation du corps noir, du corps féminin et parfois aussi de la Terre à protéger (chez Ana Mendieta), l’exposition convoque nombre d’injustices. Peut-on tiquer de voir ces réflexions s’élever dans l’architecture luxueuse d’une collection associée à une grande puissance financière ? Oui, sans nul doute. Et pourtant, il faut aussi constater la force d’attraction de la Bourse de Commerce, les foules bigarrées qui y entrent, découvrent les artistes, approchent par les œuvres des questions politiques. L’exposition « Paris noir » au Centre Pompidou (voir plus haut) le prouve : les musées n’ont que trop attendu pour montrer les artistes africains et afrodescendants. Avec « Corps et âmes » (comme avec plusieurs de ses précédentes expos), la Bourse de Commerce contribue activement à ce changement de regard. M.C.-L.

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Corps et âmes

Du 5 mars 2025 au 25 août 2025

www.pinaultcollection.com

« Edi Dubien. S’éclairer sans fin » au musée de la Chasse et de la Nature

Vue de l’exposition “S’éclairer sans fin” de Edi Dubien au musée de la Chasse et de la Nature
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Vue de l’exposition “S’éclairer sans fin” de Edi Dubien au musée de la Chasse et de la Nature, 2024

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Photo musée de la Chasse et de la Nature, Aurélien Molle

Le pitch :

Le musée de la Chasse et de la Nature offre l’intégralité de ses espaces au peintre contemporain Edi Dubien (né en 1963), qui investit la salle des expositions temporaires, mais aussi les collections permanentes de peintures, d’œuvres sur papier et de sculptures. Pour cette première rétrospective parisienne, l’artiste autodidacte déploie un univers où hommes, animaux et végétaux s’emmêlent et s’entremêlent, où les fleurs poussent sur les torses nus et où un renard peut surgir d’un corps allongé… Edi Dubien va jusqu’à dialoguer avec les animaux naturalisés des collections, par exemple en habillant d’une jupe rose vif un puissant sanglier.

Ce qu’on a aimé :

Avec son univers peuplé d’animaux, la présence bienveillante et queer d’Edi Dubien dans le décor chargé comme un cabinet de curiosités du musée de la Chasse et de la Nature relève immédiatement de l’évidence. Généreux, travailleur acharné, l’artiste n’a pas boudé son plaisir puisqu’il a produit 200 œuvres exprès pour l’exposition. Une somme, qui investit du sol au plafond deux murs entiers de la première salle, recouverts de dizaines de dessins. Accrochés sur un papier peint signé par l’artiste, ceux-ci se regardent longuement, de près mais aussi d’un peu plus loin, les visiteurs pouvant s’asseoir sur des bancs, eux aussi, conçus par Edi Dubien. Une exposition comme une œuvre totale.

Dommage :

Less is more ? Bizarrement, c’est en arpentant les collections permanentes qu’on aura le plus de plaisir à regarder les dessins et les sculptures, isolés par-ci par-là, et d’autant plus captivants (surtout lorsqu’ils dialoguent avec humour ou poésie avec le déjà-là). La première salle est un exploit, certes, mais presque un peu indigeste – difficile de regarder attentivement chaque œuvre ici montrée… M.C.-L.

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Edi Dubien. S'éclairer sans fin

Du 10 décembre 2024 au 17 août 2025
Le musée de la Chasse et de la Nature offre ses espaces à l'artiste autodidacte Edi Dubien (né en 1963), qui investit de plus de 200 dessins, peintures et sculptures ses trois étages. Un univers poétique où hommes, animaux et végétaux se mêlent...

www.chassenature.org

« Au fil de l’or » au musée du quai Branly

Vue de l’exposition « Au fil de l’or. L’Art de se vêtir de l’Orient au Soleil-Levant » au musée du quai Branly – Jacques Chirac, 2025
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Vue de l’exposition « Au fil de l’or. L’Art de se vêtir de l’Orient au Soleil-Levant » au musée du quai Branly – Jacques Chirac, 2025

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© musée du quai Branly – Jacques Chirac, photo Léo Delafontaine

Le pitch :

Le musée du quai Branly détricote l’histoire du fil d’or, en déroulant son fabuleux destin dans les arts textiles. Entre savoir-faire, histoire et création contemporaine, les commissaires Hana Al Banna-Chidiac, ancienne responsable des collections Afrique du Nord et Proche-Orient, et Magali An Berthon, ont réuni 200 œuvres dont des créations haute couture de la styliste Guo Pei.

Ce qu’on a aimé :

C’est un étincelant voyage ! Didactique, avec ses « bulles » sur les savoir-faire et les techniques, le parcours file des bords de la Méditerranée au pays du Soleil levant, et remonte du Ve millénaire avant notre ère jusqu’à nos jours. Caftans du Maghreb, plastrons et pantalons longs d’Orient, soieries des mondes indien et indonésien, et kimonos de l’époque d’Edo… Le défilé est un ravissement. Les esprits curieux seront aussi piqués par les différentes innovations humaines pour (re)produire ce précieux fil ; du byssus, filaments d’un mollusque méditerranéen (Pinna nobilis), au Bombyx mori, ver à soie du Cambodge, qui produit des cocons jaune vif. Ponctuant cette visite, les quatorze créations de la Chinoise Guo Pei, connue pour avoir conçu la robe jaune portée par Rihanna en 2015 au gala du MET, sont époustouflantes.

Dommage :

Très touffue dans sa partie du Maghreb au Moyen-Orient, l’expo nous laisse un peu sur notre faim lorsque arrive enfin le Japon… Aborder les savoir-faire français, en quelques vitrines avec le brodeur Lesage, Dior, Chanel, dans la dernière salle tombe un peu comme un cheveu sur la soupe, tant il y aurait de fil à dérouler. M.B.

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Au fil de l'or. L'art de se vêtir de l'Orient au Soleil-Levant

Du 11 février 2025 au 6 juillet 2025

www.quaibranly.fr

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