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Musée du quai Branly – Jacques Chirac

L’art colossal et cosmique des Olmèques

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Hommes-jaguars, statuettes de bébés, têtes monumentales à la moue boudeuse… Dans le golfe du Mexique, les Olmèques ont développé une culture longtemps difficile à interpréter et même qualifiée d’extraterrestre ! Le Quai Branly ouvre le dossier de la plus ancienne civilisation précolombienne grâce à des prêts exceptionnels.
Sculpture de tête colossale olmèque
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Sculpture de tête colossale olmèque

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Les têtes colossales sont, avec les objets en jadéite, les artefacts les plus emblématiques des Olmèques. Installées sur des terres tropicales inondables, ces populations ont pu prospérer grâce à l’abondance des ressources naturelles et à un climat favorable au développement de l’agriculture.

© Photo Danny Lehman / Getty images

Explorateur et collectionneur d’antiquités préhispaniques, José María Melgar y Serrano visite en 1862 la région de San Andrés Tuxtla à la recherche de trésors, quand il entend parler de la découverte fortuite d’une tête monumentale par un paysan de Veracruz. Intrigué, il décide d’aller voir cette curiosité, plongeant dans la moiteur de la jungle environnante. Un énorme monolithe de basalte s’offre à sa vue. Tout en rondeur, le colosse présente des yeux tombants sous des sourcils froncés, un nez épaté, un air boudeur… Surpris par la physionomie de la sculpture, l’érudit conclut en 1869 dans le Bulletin de la Société mexicaine de géographie et de statistique à la présence ancienne de populations noires. Pourtant, point de conquête africaine avérée en Méso-Amérique (aire culturelle de l’Amérique préhispanique comprise entre le Mexique et le Costa Rica)… Tout juste une mauvaise interprétation, qui allait perdurer jusqu’au début du XXe siècle.

« Les gens du pays caoutchouc »

Matthew Stirling et une sculpture olmèque de La Venta
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Matthew Stirling et une sculpture olmèque de La Venta, 1940

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L’archéologue et anthropologue américain Matthew Stirling pose agenouillé aux côtés de la plus imposante des têtes de La Venta, en 1940.

© akg-images / De Agostini Picture Library / G. Dagli Orti.

Le nom même de cette civilisation, adopté en 1942 et issu du nahuatl olmeca (« les gens du pays caoutchouc »), s’avère tout aussi fantaisiste, car il ne reflète qu’une partie géographique réduite des populations olmèques. Le chemin sera long et semé d’embûches avant de révéler tout leur génie. D’autant plus que les premières expéditions archéologiques sont menées dans l’espoir de trouver de nouvelles traces de la culture maya. À défaut, les chercheurs exhument de nombreux objets olmèques : céramiques, stèles gravées, fondations (en terre crue et pierre), figurines anthropomorphes… Potelées, les yeux mi-clos, ces statuettes dites « baby faces » font toutes la moue. Reflétant sans doute moins une réalité qu’un stéréotype, cette représentation s’applique aussi bien à des personnages féminins et masculins qu’à une troisième catégorie asexuée. Les sculptures, retrouvées dans des tombes ou au pied de temples, renvoient à un culte de l’enfance, lié à la sphère féminine et à la fécondité autant qu’au masculin comme symbole de force en devenir.

La mise au jour des sites de San Lorenzo (1250–900 av. J.-C.), première capitale olmèque, et de La Venta (1200–500), centre urbain et cérémoniel majeur, puis les fouilles menées par l’Américain Matthew Stirling, révéleront au fil des années 1920 à 1950 l’organisation de ces sociétés complexes. Des grandes esplanades publiques aux temples-pyramides, les vestiges de ces premières cités témoignent, comme la statuaire, d’une « tradition mythique ancrée sur le cycle du renouveau qui va donner une physionomie si particulière aux cultures mexicaines jusqu’à aujourd’hui », écrit l’archéologue et anthropologue Caterina Magni en 2003.

Figurine en terre cuite et offrande composée de seize figurines et six haches-stèles miniatures
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Figurine en terre cuite et offrande composée de seize figurines et six haches-stèles miniatures

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À gauche : Avec son corps potelé, ses yeux bridés et ses joues rebondies, cette figurine en terre cuite (1200– 900 av. J.-C.) est caractéristique du style « baby face ».

À droite : Cette offrande (800–600 av. J.-C.) constituée de seize figurines et six haches-stèles miniatures en jade, serpentine et granit, découverte à La Venta, pourrait représenter une scène religieuse.

Coll. et © Metropolitan museum, New York, dist. RMN-GP. © Museo Nacional de Antropología, México, Mexique.

Les premiers olmécologues développent la théorie d’une population exclusivement développée dans les plaines littorales du golfe du Mexique. Puis, dans les années 1980, les lignes bougent. Se dessine alors un schéma pluriculturel, depuis l’actuel État d’Oaxaca (Mexique) jusqu’au Guatemala, en passant par les régions de Veracruz, du Chiapas, de Tabasco et de la côte pacifique. Les Olmèques, loin de constituer un seul peuple, recouvrent en réalité une multitude de groupes. Mieux : longtemps considérés comme des successeurs des Mayas, ils deviennent, à partir des années 1950, leurs ancêtres ! Les datations réalisées au carbone 14 attestent en effet qu’ils remontent au deuxième millénaire avant notre ère. L’archéologue mexicain Alfonso Caso ne s’y était pas trompé : « Cette grande culture, que l’on trouve dans les niveaux anciens, est sans aucun doute la mère des autres cultures », écrivait-il dès 1942. Essaimant sur la bande de terre reliant l’Amérique centrale à l’Amérique du Nord, ils ont su s’adapter très vite à des environnements variés et diversifièrent leurs sources d’alimentation dès le début du premier millénaire, entre chasseurs-cueilleurs et cultivateurs de tournesol, coton, maïs, légumineuses et courges. Loin de se limiter à l’agriculture, leur apport au développement de la région et aux civilisations suivantes concerne aussi bien l’urbanisme, la religion et l’organisation sociale que l’écriture.

Autel ou trône olmèque en basalte
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Autel ou trône olmèque en basalte

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Autre trésor du parc archéologique de La Venta, cet autel – ou trône – en basalte (900 500 av. J.-C.) met en scène un personnage assis dans une niche. Au-dessus de lui, le symbole de l’homme-jaguar.

© akg-images / De Agostini Picture Library / G. Dagli Orti.

Si l’on ne peut pas parler d’écriture à proprement parler durant leurs premiers siècles d’existence, les motifs récurrents découverts sur les stèles ou les autels, le plus souvent zoomorphes, se retrouveront, par déformation progressive, dans les glyphes des alphabets de civilisations plus tardives. Omniprésente dans ce système d’écriture, la figure de l’homme-jaguar intrigue vite les scientifiques. La récurrence de cet être hybride les incite à croire que les chamanes, puis les souverains, symbolisaient leur puissance par cette assimilation au dieu félin.

Au-delà de la signification spirituelle, un « langage des signes » complexe se met en place. Mêlant idéogrammes et pictogrammes, les Olmèques disloquent et imbriquent les formes, jusqu’à inscrire ces symboles sur des pavements, stèles, temples et autres monuments.

Le jeu de balle, ce sport extrême

Comme pour bien des peuples antiques, ce sont les morts qui livrent le plus de secrets, ou plus exactement leurs sépultures. Les personnalités de haut rang se faisaient inhumer avec des poteries, des statuettes et des armes d’apparat en jade. Ces objets ont également été retrouvés aux abords des temples, révélant le caractère précieux et sacré de la jadéite, dont le gisement principal se trouvait dans l’actuel Guatemala. Apanage de l’élite, cette pierre très dure, d’un somptueux vert sombre, devait s’échanger à prix d’or.

Masque funéraire olmèque en jadéite
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Masque funéraire olmèque en jadéite

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Les perforations de ce masque funéraire en jadéite (900– 400 av. J. C.), haut de 14 cm, laissent penser qu’il pouvait s’agir d’un élément de pectoral ou de ceinture.

Coll. et © Metropolitan museum, New York.

Les centres urbains comme celui de La Venta (État de Tabasco) ont permis de comprendre le quotidien des Olmèques. Occupé de 1200 à 500 av. J.-C., La Venta est passé d’une structure sociale simple, où les individus participaient de façon égale à la vie du groupe, à une société plus hiérarchisée. Habitats et espaces publics étaient nettement différenciés. C’est sur les esplanades des complexes cultuels et politiques que se trouvaient les fameuses têtes monumentales, érigées à intervalles réguliers. Les temples adoptaient, pour certains déjà, la forme de pyramide. De telles structures, au pied desquelles des dépôts d’offrandes ont été mis au jour, existaient à La Venta. Combien étaient-elles ? Se voyaient-elles de loin, assurant une certaine aura de puissance à la cité ? L’envie ne manque pas d’imaginer ces édifices dominant des jardins flottants, des palais, des maisons, des terrains de jeu…

Prise de vue de La Venta
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Prise de vue de La Venta

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Vue du centre cérémoniel olmèque La Venta, avec sa pyramide recouverte par la végétation, dans l’État de Tabasco, au Mexique.

© akg-images / De Agostini / Archivio J. Lange.

Car les Olmèques s’adonnaient au jeu de balle, pratiqué de façon pour le moins extrême. Sur de vastes terrains, les athlètes, équipés d’un joug autour de la taille, d’un casque, de gants et de genouillères – nous ne sommes pas loin du harnachement du gardien de hockey sur glace –, se disputaient une balle de 3 kg, symbole du soleil, pour la faire passer dans un anneau de pierre placé en hauteur. L’important alors n’était pas de jouer mais bien de gagner, car les deux équipes s’affrontaient à mort : les vaincus étaient sacrifiés par décapitation ou arrachage du cœur. Un rituel sanglant devenu un classique de la culture préhispanique, et qui fascinera les conquistadors.

Extraterrestres ?

Bien après la conquête espagnole, la culture olmèque, sa spiritualité, son rapport à la nature, au temps et aux ancêtres, perdurera dans la tradition mexicaine. Pourtant les préjugés sur ce peuple ont la peau dure. Jusque dans l’imaginaire collectif, où certaines théories de provenance extraterrestre ont pu avoir leur heure de gloire. Mages et charlatans ont vu dans les œuvres monolithiques une capacité surhumaine (sinon inhumaine) de réalisation et de logistique. Les Mystérieuses Cités d’or, dessin animé des années 1980, en firent même de nuisibles personnages à la technologie avancée mais ne rêvant que de toute-puissance destructrice. Nous sommes bien loin de la réalité archéologique. Jetant les bases des empires mayas et aztèques, les Olmèques n’ont pas fini de nous surprendre.

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Les Olmèques et les cultures du golfe du Mexique

Du 9 octobre 2020 au 3 octobre 2021

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Catalogue de l’exposition

Musée du quai Branly-Jacques Chirac

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Les Olmèques – Des origines au mythe

Par Caterina Magni

Ed. Seuil • 432 p. • 25 €

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