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Musée d’Histoire de Nantes

L’art flamboyant des chamanes d’Amazonie

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Publié le , mis à jour le
Parures en plumes aux couleurs éclatantes, sarbacanes, instruments de musique… Au musée d’Histoire de Nantes, une exposition dévoile, à travers près de 350 objets, les splendeurs d’une culture méconnue et aujourd’hui gravement menacée : celle des Indiens d’Amazonie et de leurs chamanes, qui murmurent aux oreilles de la forêt…
Brésil, État de Mato Grosso, peuple Tapirapé, Masque ype ou cara grande (masque “Grand Visage”)
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Brésil, État de Mato Grosso, peuple Tapirapé, Masque ype ou cara grande (masque “Grand Visage”), milieu du XXe siècle

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Bois, plumes, nacre, noix de tucum, cire d’abeille, résine, coton • © MEG / Photo J. Watts

Lances, coiffes, masques, diadèmes, colliers, boucles d’oreilles, brassards… En parcourant l’exposition, un premier constat s’impose : les Indiens d’Amazonie fabriquent une si grande variété d’objets, déclinés en une telle profusion de formes et de couleurs, qu’il est impossible d’en trouver deux semblables. Il faut dire que ces créations sont celles d’une quinzaine de peuples différents (Wayana, Kayapo, Bororo, Ka’apor…) – qui sont au nombre de 237, dispersés dans la plus grande forêt tropicale du monde. Soit 5 500 000 km² de végétation s’étalant sur 9 pays : Brésil, Bolivie, Pérou, Colombie, Équateur, Venezuela, Suriname, Guyana et Guyane française !

Plumassiers de haut vol

Clous de l’exposition, les parures en plumes sont de loin leurs créations les plus éblouissantes. Leurs couleurs éclatantes – jaune canari, bleu électrique, rouge vif, vert acide, blanc neigeux, noir de jais… – sont celles des aras macao, toucans, cotingas de Cayenne et autres oiseaux surprenants de la forêt amazonienne, qui compte près de 1300 espèces de volatiles. Comble de la sophistication, les Indiens font appel, de temps à autre, à la technique du tapirage leur permettant de « cultiver » des plumes sur des oiseaux vivants. Un perroquet est ainsi plumé sur une certaine zone, puis sa peau est frottée avec un mélange d’extraits végétaux et animaux (parmi lesquels des sécrétions de grenouilles), afin que ses plumes repoussent de la couleur voulue par l’artiste !

De gauche à droite : couronne à cimier et pendant kandela, portée pour la chasse (Guyane, peuple Palikur, années 1940-1950) ; diadème wirara (Brésil, village de Javaruhu, peuple Ka’apor, 1950-1960) ; diadème cérémonial masculin me-aka (Brésil, État du Para, Rio Chiché, peuple Kayapo, années 1960-1970)
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De gauche à droite : couronne à cimier et pendant kandela, portée pour la chasse (Guyane, peuple Palikur, années 1940-1950) ; diadème wirara (Brésil, village de Javaruhu, peuple Ka’apor, 1950-1960) ; diadème cérémonial masculin me-aka (Brésil, État du Para, Rio Chiché, peuple Kayapo, années 1960-1970)

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© MEG / Photo J. Watts

Liées, tressées, cousues entre elles grâce à des fibres végétales, touffes de duvet, petites écailles lustrées et longues plumes rigides ont été assemblées pour créer des combinaisons étonnantes de teintes, de formes et de textures… Chacune d’un raffinement extrême. Certaines, ornées de fragiles fragments de plumes suspendus en rangées ou en cascade, ont des airs de sculptures mobiles. Portée par les jeunes hommes du peuple Wayana lors d’un rituel de passage à l’âge adulte, la plus grande parure de l’exposition est quant à elle un véritable totem démontable, constitué de plumes de sept espèces d’oiseaux différentes, de tiges de plantes aquatiques, de feuilles et d’écorces de palmier, d’une queue de singe araignée et d’élytres de coléoptères… Preuve que l’artiste belge Jan Fabre n’a rien inventé !

Guyane, peuple Pemon, Carquois, fléchettes empoisonnées, sac à coton
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Guyane, peuple Pemon, Carquois, fléchettes empoisonnées, sac à coton, début XXe siècle

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Vannerie, résine noire, bois, coton, étoupe, bris de mâchoire d’un petit animal • H. 28 cm • © MEG / Photo J. Watts

Datant pour certaines du XIXe siècle, pour d’autres des années 1960–1970, toutes ces parures sont destinées à d’importantes cérémonies : les rituels chamaniques. « Les peuples amazoniens vivent dans un monde enchanté dans lequel les jaguars, les pécaris, les poissons, les papillons, les arbres et les montagnes ont tous une âme et peuvent interagir. Le chamane est une sorte de médiateur entre les animaux, les hommes, les éléments et les esprits de la forêt. Son rôle est de favoriser la communication et l’équilibre en voyageant d’un monde à l’autre par le biais de transes rituelles, induites par des psychotropes », explique Boris Wastiau, directeur du musée d’Ethnographie de Genève et concepteur de la première version de l’exposition présentée en 2016.

Aux parures s’ajoutent des instruments de musique et de nombreuses armes : flèches, lances, massues, mais aussi sarbacanes et fléchettes empoisonnées au curare – une substance redoutable extraite de certaines lianes et provoquant chez la victime une paralysie des muscles. « Cette pratique leur a longtemps valu une réputation terrifiante. Mais ces peuples ont toujours agi dans le respect de l’environnement et de l’équilibre des écosystèmes, en veillant notamment à ne jamais chasser excessivement un animal », précise le directeur du MEG.

Une culture menacée

Animée par une scénographie immersive, une œuvre sonore et deux installations des artistes Gisela Motta et Leandro Lima, l’exposition révèle les splendeurs de la culture amazonienne, mais aussi sa fragilité. Notamment à travers le travail de nombreux photographes, comme l’ethnologue René Fuerst (interdit d’entrée au Brésil en 1975 pour avoir dénoncé le traitement réservé aux Indiens), Paul Lambert, Claudia Andujar, ou encore Aurélien Fontanet – qui documente la façon dont ces peuples restent aujourd’hui fidèles à leurs rites et leurs parures en plumes… tout en portant des jeans et en regardant la télévision !

Vue de l’exposition « Amazonie. Le chamane et la pensée de la forêt » au Château des ducs de Bretagne à Nantes
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Vue de l’exposition « Amazonie. Le chamane et la pensée de la forêt » au Château des ducs de Bretagne à Nantes

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© David Gallard

« L’état actuel de ces peuples est le résultat de cinq siècles de génocides et d’ethnocides. Avant l’arrivée des premiers colons européens au XVIe siècle, les Indiens d’Amazonie formaient une grande civilisation sédentaire qui pratiquait l’agriculture. Ce sont les envahisseurs qui les ont poussés à remonter les rivières et à s’atomiser en tribus de chasseurs-cueilleurs », rappelle Boris Wastiau. Victimes de massacres et de la destruction de la forêt amazonienne par l’agrobusiness et l’industrie minière, les Indiens d’Amazonie ont en effet vu leur population réduire de 80 % depuis le XVIe siècle, où ils étaient 10 millions. Dès son arrivée au pouvoir en janvier 2019, le président brésilien Jair Bolsonaro s’est attaqué à la Fondation nationale de l’Indien, garante du droit à la terre des autochtones. Mais Raoni Metuktire, chef du peuple Kayapo, ne l’entend pas de cette oreille. Depuis les années 1970, cet Indien de 90 ans – qui rencontrait en mai le Président Emmanuel Macron –, parcourt le monde pour plaider la cause des siens. Fidèle à sa culture jusqu’à son dernier souffle…

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Amazonie. Le chamane et la pensée de la forêt

Du 15 juin 2019 au 19 janvier 2020

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