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Grotte Chauvet

Le lion, roi des imaginaires

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Les parois de la grotte Chauvet comptent près de 80 lions dessinés – soit la moitié de tous ceux connus dans l’art pariétal ! Ce bestiaire sauvage, accompagné d’autres grands fauves, est au cœur d’une vaste exposition – la toute première sur le site de la reconstitution de la grotte, inauguré en 2015. Riche de 170 objets et œuvres d’art, le parcours explore la façon dont l’homme a sacralisé le lion, jusqu’à l’imiter et s’identifier à lui. Visite en images, avec quelques pépites rugissantes.
Le panneau des Lions, salle du fond de la grotte Chauvet-Pont d’Arc
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Le panneau des Lions, salle du fond de la grotte Chauvet-Pont d’Arc, vers 37 000 – 33 500 avant J.-C.

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Des lions et des Aurignaciens

Avant de découvrir l’exposition « Des lions et des hommes », une visite de la stupéfiante reconstitution de la grotte Chauvet s’impose. Celle-ci est installée au cœur de l’Ardèche, à quelques kilomètres de la véritable grotte – fermée au grand public afin d’éviter les erreurs de Lascaux, qui fut endommagée par le dioxyde de carbone exhalé par les visiteurs. Ici, on entre dans un bâtiment contemporain tout en facettes signé par l’architecte Vincent Speller, et modelé par la volonté de se fondre dans le paysage en suivant les reliefs de la falaise (mission réussie !). Puis la visite guidée de la réplique nous mène sur les traces des Aurignaciens, dont les dessins, parfaitement reconstitués (on s’y croirait !), datent de 36 000 avant J.-C. « Dans la grotte Chauvet, les premiers artistes ont laissé la trace magistrale de complexes compositions de chasse, où le lion est le maître des animaux », souligne l’historienne de l’art María González Menéndez, commissaire de l’exposition. En témoigne cette grande fresque à l’effet cinétique mémorable.

Pigments • © Arnaud Frich / Centre National de Préhistoire / Ministère de la Culture et de la Communication

Uyan, momie de lionceau des cavernes
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Uyan, momie de lionceau des cavernes, 48 500 avant J.-C.

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Un tout petit lionceau des cavernes

L’exposition s’ouvre sur cette petite momie de lionceau des cavernes, datée de 48 500 avant J.-C. L’émotion est immense : conservé jusqu’en 2015 dans les glaces d’une rivière sibérienne, il a été retrouvé quasiment intact. Uyan mesure 42 centimètres et possède encore sa fourrure, ses pattes, ses yeux et sa moustache ; il est mort le ventre vide, sans avoir connu sa mère, emprisonné par un glissement de terrain. À ses côtés, un spectaculaire lion des cavernes reconstitué, tendu comme s’il allait bondir sur les visiteurs, donne une idée assez précise de ce que l’on sait de ces félins disparus il y a 12 000 ans : ils ne possédaient pas de crinière et étaient plus grands que les lions d’aujourd’hui d’environ 10%. On sait également que leur fourrure et leurs os étaient utilisés par les hommes préhistoriques, parfois, à des fins symboliques, puisque des dents percées et sciées ont été retrouvées dans plusieurs gisements.

Prov. République de Sakha, Yakoutie, Sibérie • Coll. particulière • © S.Androsov

Partie supérieure d’une statue de la déesse Sekhmet, Temple de Mout
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Partie supérieure d’une statue de la déesse Sekhmet, Temple de Mout, 1388 – 1381 avant J.-C.

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Gardienne du monde égyptien

Les Égyptiens ont eux aussi attribué au lion des vertus symboliques. Attestés dès la période archaïque (vers 3150 – 2700 avant J.-C.), si ce n’est avant, les dieux léonins sont profondément ambivalents : ils sont tout autant prédateurs que protecteurs. Aussi, les dieux-lions sont le plus souvent féminins : Sekhmet « la Puissante », ici représentée, est violente, synonyme de sécheresse et d’épidémies. Une fois apaisée, elle laisse place à Bastet, une lionne douce, porteuse de fertilité. Cette très belle sculpture de granit date de la 18e dynastie, et vient du temple de Mout de Karnak – Mout est elle aussi une déesse double, vautour lorsqu’elle veille sur les hommes, lionne si elle devient dangereuse. Sekhmet tient à la main un sceptre de papyrus et porte la crinière caractéristique du lion.

Prov. Karnak. Granit • © Staatliche Museen zu Berlin – Ägyptisches Museum und Papyrussammlung / Photo Sandra Steiß – LIB

Tête d’Héraclès
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Tête d’Héraclès, 2e quart du Ve siècle avant J.-C.

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Un lion au loin

Fait étonnant, Hérodote et Aristote affirment que des lions vivaient dans les montagnes grecques, entre les Ve et IVe siècles avant J.-C. Il est en tout cas certain que les sculpteurs et artistes grecs n’en ont jamais vu le moindre poil ; c’est pourquoi l’iconographie liée aux redoutables félins est essentiellement passée par le filtre de ses représentations orientales. Le traitement des lions est ainsi bien plus décoratif que naturaliste. Souvent associé aux divinités féminines, il est aussi le symbole du héros ; en témoigne cette Tête d’Héraclès datée du Ve siècle avant J.-C. Fils de Zeus, Héraclès s’est battu à mains nues contre le lion de Némée, autrement dit contre son égal, puisque l’animal incarne un alter ego du héros, doté des mêmes vertus guerrières et de la même noblesse. Plus tard, les lions se retrouveront enfermés dans les arènes de l’Empire romain, combattant les braves et les persécutés sous les yeux de badauds effrayés.

Prov. Herculanum. Marbre de Paros • © Berlin, SMB – Antikensammlung

Vitrine montrant à droite un masque de jaguar, culture Nahua, Guerrero
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Vitrine montrant à droite un masque de jaguar, culture Nahua, Guerrero, XXe siècle

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Le jaguar, prédateur de l’inframonde

Pas de lion en Amérique, mais des jaguars et des pumas, abondamment représentés dans l’art précolombien. Courant bien plus vite que les hommes, s’enfonçant dans des grottes sous la terre et grimpant près du ciel sur les arbres, les félins ont ceci de sacré qu’ils entrent en contact avec l’inframonde et le supramonde, inaccessibles aux hommes. C’est pourquoi les chamanes se transforment volontiers en jaguars, afin de communiquer avec les esprits. Selon Jean-François Bouchard, spécialiste de la période précolombienne, le chamane doit « perdre son identité humaine au moyen d’une transformation qui lui permettra d’aller dans les autres mondes. Pour cela, il a recours à divers rituels et se pare d’ornements et de costumes qui lui confèrent un aspect animal lui permettant d’atteindre l’identité et les pouvoirs du félin ». Il peut par exemple cacher son visage derrière ce masque de la culture Nahua (Mexique) (à droite), fait de bois peint, de textile, de dents et de poils (XXe siècle).

Bois peint, textile, dents, poils, crin • © Laureline Fusade – Grotte Chauvet 2 Ardèche

Tabouret de chef en forme de panthère, population Bamiléké (Cameroun)
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Tabouret de chef en forme de panthère, population Bamiléké (Cameroun), 1ère moitié du XXe siècle

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La panthère, reine des imaginaires africains

Les Africains sont quant à eux fascinés par les panthères et les léopards, qui filent à toute allure et suscitent presque, grâce à leur pelage tacheté, des hallucinations. La chasse au félin est très prestigieuse, mais elle suppose tout un protocole codifié afin d’échapper à la vengeance de l’animal vaincu. Reine des animaux qui ne connaît aucun prédateur, la panthère est volontiers associée aux chefs, et apparaît sur des masques, des sabres et des tentures de palais. Ce tabouret de chef Bamiléké (Cameroun), daté de 1938, est l’un des plus beaux objets du parcours : fait de bois et de perles de verre, il soutient et conforte le chef grâce à la solide panthère qui l’ancre dans le socle. Les motifs en damier du pelage répondent à ceux du siège, déclinant leur aura.

Bois, perles de verre, textile • © musée du quai Branly – Jacques Chirac, Paris

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Des lions et des hommes. Mythes félins : 400 siècles de fascination

Du 6 avril 2019 au 22 septembre 2019

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