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Photographie

Le meilleur des Rencontres d’Arles

Par et

Publié le , mis à jour le
Soixante ans de chroniques américaines par des photographes étrangers, un stupéfiant zoom arrière sur les utopies de 1968, mais aussi une humanité augmentée et des nouveaux messies, Godard collé à Picasso et des braques de Weimar défilant sur des talons hauts vers une galaxie de villes factices… Cette année, Arles, c’est la 4e dimension !

Les Rencontres sont plus que jamais à l’écoute du monde et de ses bouleversements, avec trois grands axes de programmation des plus prometteurs. Le premier, organisé autour des 60 ans du livre culte les Américains de Robert Frank, met en perspective trois décennies d’images américaines par Raymond Depardon, fidèle parmi les fidèles du festival, mais aussi Laura Henno, jeune espoir qui s’est consacrée aux marginaux du désert californien, et le Franco-Palestinien Taysir Batniji, retraçant le parcours de ses frères exilés au pays de Trump. Second axe, l’année 1968. Sous l’énoncé révolutionnaire « Cours camarade, le vieux monde est derrière toi », une exploration inédite des archives de la police durant Mai 68, une digression autour de l’utopie indienne de la secte d’Auroville, ainsi qu’un focus sur le train qui emporta Robert Kennedy dans sa dernière demeure. Voilà pour le passé. Quant à l’avenir ? L’humanité augmentée est à l’honneur, avec une digression sur les hobbies les plus fous ou encore les humanoïdes de demain, immortalisés en avant-première par Matthieu Gafsou. Le tout est dispersé dans la ville, notamment dans trois lieux charmants : Croisière (agrandie), la Maison des peintres et un pavillon en bambou de 1 000 m2 conçu par l’architecte colombien Simón Vélez, sur la rive opposée du Rhône, afin d’abriter la sérénité des images du moine bouddhiste Matthieu Ricard. Avec, nouveauté pour cette 49e édition, une légère baisse des tarifs !

1. All about les Américains

Exposition phare de la très ironique section « America Great Again! », l’hommage aux Américains de Robert Frank célèbre les 60 ans de la première édition (en France chez Delpire, un an avant la sortie US). Sans aller jusqu’à traiter la Suisse, pays d’origine du photographe, de « shit hole country », l’Amérique d’Eisenhower réagit mal au miroir que lui tendit ce jeune inconnu, émigré à New York après guerre. Premier étranger lauréat d’une bourse du Guggenheim, Frank, beatnik avant l’heure, acheta aussitôt une voiture d’occasion et prit la route pour composer sa moderne Odyssée. Vingt mille kilomètres et un beau travail d’editing plus tard, naissait donc ce road-book désenchanté. Quatre-vingt-trois images séquencées selon un flux jamais vu, pareil à une improvisation de jazz, qui s’autorise tout (le trivial, le flou, les vues décadrées, les focus sur la ségrégation et les laissés-pour-compte du rêve américain), au rythme d’un spleen s’épaississant de page en page. À l’inverse des photo-stories dont raffolait la presse magazine, le brûlot de Frank semble filer à tombeau ouvert vers un no man’s land sans limites appelé Amérique. Jack Kerouac écrit dans la préface : « Vous regardez ces images et à la fin vous ne savez plus du tout quel est le plus triste des deux, un juke-box ou un cercueil. » Walker Evans, son soutien de toujours, renchérira : « Il produisait un sentiment par image. » Au-delà du mythe, l’exposition entend montrer que ce livre culte, « sans doute le plus influent de l’histoire de la photographie », n’est en rien « un coup de génie spontané », à la lumière de clichés inédits de Frank et d’autres, plus anciens, réalisés en Europe et en Amérique du Sud. America, America… N. N.

Robert Franck, New York City
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Robert Franck, New York City, 1950

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Robert Frank - Sidelines

Du 2 juillet 2018 au 23 septembre 2018

2. Chienne de vie !

Ils ont un sacré chien, ces braques de Weimar ! D’autant plus que leur propriétaire, William Wegman, leur a composé une garde-robe plutôt classe. Imper beige, manteau cachemire, pull jacquard, patins à roulettes, panama ou perruque blonde : un rien les habille, tout leur va. Sous le regard attendri du maître, ils se font poupon ou femme au foyer, astronaute, avocat, madone, prêtre, top model, fermier, voire propriétaire de chien. Voilà quarante ans que le photographe a inventé la mode canine, et on ne s’en lasse pas ! D’autant plus qu’il la met à la sauce conceptuelle, tendance pince-sans-rire. Auteur de l’affiche des Rencontres 2018, il déploie sa drôle de galerie de portraits à partir de Polaroids grand format, devenus sa marque de fabrique. Des Cindy Sherman à poils ras, qui n’ont pas pris une ride ! E. L.

William Wegman, Sens dessus dessous
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William Wegman, Sens dessus dessous, 2006

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Courtesy William Wegman et Sperone Westwater Gallery, New York

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William Wegman - Être humain

Du 2 juillet 2018 au 23 septembre 2018

3. Kennedy à tombeau ouvert

Étonnantes images du travail de deuil de toute une nation… Le 8 juin 1968, trois jours après son assassinat à Dallas, Robert F. Kennedy entreprend un dernier voyage, dans le train funéraire qui mène son corps de New York à Washington. Le photographe Paul Fusco est là, à bord. Tout au long du trajet, il saisit les visages des Américains venus, le long des voies, rendre un dernier hommage à leur bien-aimé Bobby, et compose le portrait mythique d’une contrée alors en plein déséquilibre. Cette série est entrée dans l’histoire. Elle est aujourd’hui complétée par le travail de l’artiste néerlandais Rein Jelle Terpstra, parti récemment à la rencontre de ces quidams, qui lui ont confié leurs propres images, photos ou films, de ce moment qu’ils ont vécu intensément. Un fascinant champ/contrechamp, complété par le film de Philippe Parreno produit pour sa rétrospective parisienne au Centre Pompidou, en 2009 : la reconstitution sidérante, en 70 mm, de ce cortège mortuaire, dans la perspective, dit l’artiste, de « montrer le point de vue du mort ». Réunis pour la première fois, ces trois projets forment une exposition qui roule à tombeau ouvert. E. L.

Philippe Parreno, 8 juin 1968
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Philippe Parreno, 8 juin 1968, 2009

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Courtesy Maja Hoffmann / Fondation Luma, Arles

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The Train – Le dernier voyage de Robert F. Kennedy

Du 2 juillet 2018 au 23 septembre 2018

4. Le delta du Rhône, ses tours grises, ses flamants roses

À chaque époque, sa vision du paradis. Dans les années 1960, le littoral sud subit une véritable révolution, pour le plus grand bien-être de l’homme, bien sûr. La Grande Motte, c’est la plage de l’avenir, avec ses élans de béton, ses façades fulgurantes censées offrir la vue sur mer au plus grand nombre. Un paysage vivement critiqué depuis, comme l’une des inepties les plus flagrantes de l’architecture ravageuse des Trente Glorieuses. Le projet portuaire et industriel de Fos-sur-Mer ? C’est le futur de la raffinerie, un site immense, sur front de mer, où pétrole rime avec farandole : pour preuve, cette image, terrible aujourd’hui, d’un jardin d’enfants sec comme un coup de trique, posé à l’ombre des grises tours de distillation. Reste un troisième projet, le plus viable à nos yeux contemporains : la mise sous protection de l’île de Camargue, qui est devenue parc naturel régional et a su préserver jusqu’à aujourd’hui ses chevaux blancs et ses flamants roses. À quelques coups d’ailes de cette terre merveilleuse, Arles dresse le bilan de cette métamorphose du delta du Rhône, à travers les images de Philippe Andrieu, Lewis Baltz, Lucien Clergue ou encore Hélène Roger-Viollet, qui en ont tous été les témoins privilégiés. E. L.

Jacques Windenberger, Retour de la plage de Beauduc en Camargue
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Jacques Windenberger, Retour de la plage de Beauduc en Camargue, juillet 1975

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Courtesy Jacques Windenberger et les Archives départementales des Bouches-du-Rhône, Marseille

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Paradisiaque ! De Fos-sur-Mer à La Grande Motte : entre rêves et béton

Du 2 juillet 2018 au 23 septembre 2018

5. Jésus revient

Ils étaient agent de circulation, employé au MI5 ou simples paumés. Ils se sont fait Jésus, tout simplement. Sept messies des temps modernes, que Jonas Bendiksen a rencontrés, de la Zambie à la Sibérie. Sept illuminés qui rivalisent de toges, barbes bouclées et couronnes d’épines en se clamant l’Élu, et qu’il réunit en une série magnifique, intitulée le Dernier Testament. Le premier d’entre eux, le photographe de Magnum en a croisé le destin alors qu’il était correspondant en Russie, à la fin des années 1990. Il se nomme Vissarion et se prétend Fils de Dieu revenu des Enfers. Des milliers d’adeptes sont prêts à le croire et à se lancer dans d’infinies processions sous la neige pour célébrer son Église du Dernier Testament. « D’après les Évangiles, Jésus évoluait en marge de la société. […] Ce portrait n’est pas si éloigné de celui des hommes que j’ai rencontrés », confiait l’an passé, au Monde, Jonas Bendiksen, qui pose sur eux un regard plein de douceur. Un autre de ses modèles, baptisé INRI Cristo, vit dans la banlieue de Brasilia, site de prédilection des sectes en tous genres, sur une terre sobrement appelée Nouvelle Jérusalem. C’est de là qu’il lance ses sermons diffusés sur YouTube et Twitter. Au Japon, Bendiksen a suivi la croisade de Jesus Matayoshi, et ses espoirs de se voir bientôt élu à la tête du pays, puis de la planète, pour imposer la loi de Dieu. En Afrique du Sud, il croise la route de Moses Hlongwane, « Roi des rois » aux allures de James Brown, convaincu que l’esprit de Jésus l’a pénétré le jour de son mariage, en 2016. Quant à l’ancien espion britannique ? C’est sans doute le plus progressiste de tous ces gourous, puisqu’il apparaît tantôt dans son corps d’homme, tantôt dans son corps de femme. Adepte, sans doute, du slogan : « Les premiers seront les derniers. » E. L.

Jonas Bendiksen, INRI Cristo est promené autour du complexe sur un piédestal sur roues. INRI sont les initiales que Ponce Pilate fit écrire en haut de la croix de Jésus, et signifient : Jésus-Christ, Roi des Juifs.
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Jonas Bendiksen, INRI Cristo est promené autour du complexe sur un piédestal sur roues. INRI sont les initiales que Ponce Pilate fit écrire en haut de la croix de Jésus, et signifient : Jésus-Christ, Roi des Juifs., Brésil, 2014

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Courtesy Jonas Bendiksen / Magnum Photos

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Jonas Bendiksen - Le Dernier Testament

Du 2 juillet 2018 au 26 août 2018

6. Pablo le fou

Encore Picasso ? Même aux Rencontres de la photographie d’Arles ? Oui, mais l’exposition arlésienne est sans doute l’une des plus originales parmi toutes celles organisées dans le cadre du cycle « Picasso-Méditerranée 2017–2019 ». Soit deux monstres, deux géants, deux insubmersibles : à ma droite Picasso, à ma gauche Godard. Ce dernier a souvent cité le peintre dans ses films, à coups de cartes postales clins d’oeil dans Pierrot le fou ou de références dans ses merveilleuses Histoire(s) du cinéma. Quant au premier, on ne sait trop s’il était amateur d’À bout de souffle ou de la Chinoise. Mais cela n’a pas empêché le commissaire Dominique Païni de mettre en scène leur dialogue, autour d’évidents points communs : tous deux ont pratiqué la politique de la terre brûlée, si inventifs que les générations à venir se voyaient clouer le bec ; tous deux ont été les derniers dans leur genre, digérant leur siècle mais aussi des millénaires d’histoire de l’art, pour finalement refermer la parenthèse derrière eux. Autour de Louis Aragon, qui consacra à l’un comme l’autre de très belles pages, mais aussi d’artistes et réalisateurs comme Ange Leccia, Alain Bergala, Jean-Daniel Pollet ou André Villers, qui les mettent en résonance dans leur travail, une conversation sur l’Olympe se noue donc. Elle permet notamment de dévoiler des collages de Picasso très peu montrés, en parallèle à l’art insensé du montage du dernier survivant de la Nouvelle Vague. E. L.

</em>Photogramme extrait de<em> Pierrot le fou</em>de Jean-Luc Godard
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Photogramme extrait de Pierrot le foude Jean-Luc Godard, 1965

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Courtesy Studiocanal, Société nouvelle de cinématographie et Dino De Laurentiis Cinematografica, S.P.A., Rome

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Godard / Picasso - Collage(s)

Du 2 juillet 2018 au 23 septembre 2018

7. Humain, transhumain

Lauréat du prix de la fondation HSBC en 2009, Matthieu Gafsou est un photographe qui travaille par série et en immersion. On se souvient de sa série Sacré, réalisée à La Chaux-de-Fonds, ville natale de Cendrars et Le Corbusier, d’où il avait rapporté des images surréalistes et inquiétantes, d’une grande force plastique : Buñuel téléporté dans des églises contemporaines. Plus récemment, Only God Can Judge Me était le fruit d’une année passée auprès des toxicomanes de Lausanne : même attirance pour la nuit, la beauté des êtres et des objets à la lisière des communautés humaines. Dans quelle nouvelle nuit va-t-il nous entraîner à Arles ? Dans la galaxie pas si lointaine des transhumanistes, ces utopistes qui rêvent de tuer la mort et d’augmenter les facultés de l’espèce humaine grâce aux biotechnologies. Des souris bioluminescentes, porteuses d’un gène de méduse, à Neil Harbisson, cyborg autoproclamé qui ne se sépare jamais de son troisième oeil, le voyage promet d’être totalement inédit. N. N.

Matthieu Gafsou, Neil Harbisson se considère comme un cyborg […]
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Matthieu Gafsou, Neil Harbisson se considère comme un cyborg […], Munich, le 15 juillet 2015

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Neil Harbisson se considère comme un cyborg. Souffrant d’une maladie rare, l’achromatopsie, qui le prive de la vision des couleurs, il s’est fait implanter une prothèse nommée Eyeborg. Intégrée à la boîte crânienne, elle capte les couleurs et les convertit en ondes sonores. Neil Harbisson plaide pour une augmentation créative de l’humain et se distancie parfois du transhumanisme, qu’il trouve trop figé dans des représentations stéréotypées ou commerciales. Il a une vision d’artiste plus que d’apôtre de la technoscience. Il se targue d’être le premier humain à apparaître avec sa prothèse sur la photo de son passeport.

© Matthieu Gafsou / Courtesy Galerie C, Neuchâtel / MAPS

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Matthieu Gafsou - H+

Du 2 juillet 2018 au 23 septembre 2018

8. Un tour du monde 100 % carton-pâte

Légende ou vérité historique ? L’expression « village Potemkine », qui désigne aujourd’hui un décor en carton-pâte utilisé à des fins de propagande, serait née en 1787, lorsque l’impératrice Catherine II de Russie visita les provinces nouvellement annexées. Son ministre de la guerre, Grigori Aleksandrovitch Potemkine, aurait ordonné d’ériger de luxueuses façades afin de cacher la misère des villages de Crimée. Une information démentie par les participants au voyage : « Je sais très bien ce qui est escamotage : par exemple, l’impératrice, qui ne peut pas courir à pied comme nous, doit croire que quelques villes, pour lesquelles elle a donné de l’argent, sont achevées ; tandis qu’il y a souvent des villes sans rues, des rues sans maisons et des maisons sans toit, porte ni fenêtres », témoigne le prince de Ligne. Cet art de l’escamotage, Gregor Sailer l’a pisté à travers le monde dans une série édifiante. Des répliques de places européennes en Chine à des quartiers entiers reconstitués pour des entraînements au combat urbain en France, en passant par une cité irakienne en plein désert californien et des rues de Harlem servant de zone-test à un constructeur automobile quelque part en Suède, le village global que dépeint ici le photographe autrichien est celui de nos guerres contemporaines – économiques, politiques, militaires. Mais le tableau ne serait pas complet sans Suzdal, à 200 km de Moscou, où les autorités locales crurent bon de recouvrir des bâtiments délabrés de bâches en trompe-l’oeil lors d’une visite de Poutine en 2013. Peine perdue : le Président n’est jamais passé par là. Mais Gregor Sailer, lui, y était. N. N.

Gregor Sailer, Junction City IV, Fort Irwin, US Army, désert des Mojaves, Californie, États-Unis
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Gregor Sailer, Junction City IV, Fort Irwin, US Army, désert des Mojaves, Californie, États-Unis, 2016

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Série le Village Potemkine

Courtesy Gregor Sailer

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Gregor Sailer - Le village Potemkine

Du 2 juillet 2018 au 23 septembre 2018

9. Des rues de Pigalle à celles du Barrio Chino

On connaît ses photos terribles de femmes en prison, ou le regard tendre qu’elle a posé sur les aveugles. Mais moins les images qu’elle a prises du quartier de Pigalle, dans son « heure de gloire » : la fin des années 1970. La photographe américaine venait alors tout juste de s’installer à Paris, où elle vit toujours. De la rue des Lombards au bas-Montmartre, elle s’intéresse déjà aux marginaux superbes et autres clochards célestes. Beauté outrancière des transsexuels de la rue Germain Pilon, escaliers glauques et bars interlopes… Jane Evelyn Atwood passe toute une année à les capturer, adepte déjà du temps long, auquel elle ne renoncera jamais. Ces clichés rares, enfin republiés aux éditions Le Bec en l’air, entrent ici en dialogue avec ceux de Joan Colom. Même histoire, autre temps, autre lieu : c’est dans le Barrio Chino barcelonais des années 1990–2000 que le photographe catalan a erré, comme dans un théâtre en plein air. « J’ai découvert le Barrio en 1958, j’ai compris que mon monde était là, raconte-t-il. J’étais fasciné par sa diversité et sa richesse sociale… Je me suis senti littéralement aspiré par la qualité humaine des personnages ». Mais la publication de ces images fait scandale dans l’Espagne franquiste, poussant Colom à renoncer à la photographie. Il ne reprendra l’appareil qu’à la retraite et retournera dans son quartier chinois pour en restituer les saynètes en couleur, cette fois. E. L.

Joan Colom, Série « Gens de la rue »
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Joan Colom, Série « Gens de la rue », 1993

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Courtesy Foto Colectania

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Jane Evelyn Atwood & Joan Colom - Espace public

Du 2 juillet 2018 au 23 septembre 2018

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Les Rencontres de la photographie - Arles 2018

Du 2 juillet 2018 au 23 septembre 2018

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