Luc Jacquet, Manchots empereurs. Au printemps, la colonie d’empereurs est animée par les piaillements des poussins couverts de duvet
© Paprika Films / Aster
Trente ans après son premier séjour sur place, le voici de retour : sa barbe devenue grise, Luc Jacquet, le réalisateur oscarisé en 2006 pour son film La Marche de l’empereur, a remis le cap vers l’Antarctique, ce pôle Sud qui le magnétise. Dans ce désert blanc, le scientifique a passé, dit-il, l’équivalent de « quatre années de vie ».
De sa quête toute personnelle au pays des manchots, Luc Jacquet a tiré un film intitulé Voyage au pôle Sud sorti en salles obscures ce 20 décembre, mais également une petite exposition de quelque 200 m2 au musée des Confluences, à Lyon, pensée comme une plongée dans son aventure polaire.
Exposition « Terra Incognita, voyage au bout du monde » au musée des Confluences de Lyon, 2023
© Philippe Somnolet / Item
À partir d’images réalisées lors de ses dernières expéditions entre la Patagonie et le pôle Sud, Luc Jacquet vous entraîne dans une immersion au cœur de l’Antarctique. On embarque d’abord dans une longue pièce sonorisée — écoutez la force du vent… Les cartes qui se succèdent sur des toiles en mouvement retracent la fascination exercée des siècles durant par le pôle Sud, la fameuse « Terra incognita » qui donne son nom à cette exposition. Depuis que Magellan avait ouvert la route avec son détroit en 1520, personne n’y était jamais allé. Il faut attendre 1819 pour que le marin britannique William Smith ne découvre officiellement le premier archipel de cette contrée.
Luc Jacquet en Antarctique
© Sarah Del Ben / Icebreaker Studios
Dans la seconde salle, des images de glace défilent sur les faces d’un iceberg géant. La neige crisse, la banquise craque, le vent gèle. Laissez-vous porter par ce moment entre cinéma et art contemporain, ponctué de citations de grands explorateurs, une poésie à faire frissonner.
On s’attendait à ce que ce soit blanc, mais pas en noir et blanc. Le réalisateur a pris le risque d’emprunter la voie de l’épure pour montrer ce monde du silence (où l’on n’entend que lui parler d’ailleurs). L’exploration plastique est déroutante, mais assez réussie car les paysages hautement photogéniques, la glace, le givre, la banquise, s’en trouvent magnifiés. Le voyage débute sur la Terre de Feu, au bout du bout. Puis, tous petits que nous sommes, on franchit le célèbre cap Horn, traverse le passage de Drake avec ses vagues gigantesques, rencontre les premiers icebergs. C’est là que Luc Jacquet visite les colonies de manchots sur la banquise qui se morcelle, pour finalement gagner le pôle Sud.
Exposition « Terra Incognita, voyage au bout du monde » au musée des Confluences de Lyon, 2023
© Philippe Somnolet / Item
Ce voyage demeure très (trop) introspectif, comme une expérience intime que le cinéaste-aventurier nous livre sans délivrer de bilan sur la nature qu’il (re)voit. Le paysage et la faune qu’il abrite souffrent-t-ils du réchauffement climatique ? Quelque chose a-t-il changé depuis son premier voyage en 1991 ? Malgré cette faille dans le récit, face à une telle beauté sauvage, on ne reste néanmoins pas de glace.
Terra incognita. Rendez-vous au bout du monde
Du 22 septembre 2023 au 3 mars 2024
Musée des Confluences • 86 Quai Perrache • 69002 Lyon
www.museedesconfluences.fr
Voyage au pôle Sud
Un film de Luc Jacquet
En salles le 20 décembre ; durée : 1h22.
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