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Institut français - Dakar

Les 1001 visages de Joe Ouakam

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Publié le , mis à jour le
Plasticien, poète, sculpteur, activiste… Issa Samb, aka Joe Ouakam, n’a eu de cesse de passer d’un médium à l’autre sans se départir de son regard critique. La galerie Manège de l’Institut français de Dakar rend hommage à l’artiste disparu le 25 avril 2017 à travers une riche exposition ainsi qu’un cycle de projections, lectures et performances.
Joe Ouakam, Vue de l’exposition “Alem, L’A-Venir” à la galerie Le Manège, Dakar
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Joe Ouakam, Vue de l’exposition “Alem, L’A-Venir” à la galerie Le Manège, Dakar, 2017

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© Antoine Tempé

Qui n’a jamais vu Joe Ouakam s’asseoir au beau milieu de la circulation, forçant les voitures à s’arrêter dans un bazar inouï dans le centre-ville de Dakar, n’a pas vu grand-chose du Sénégal et de l’art contemporain en Afrique. Adepte des happenings au moment où les Occidentaux conceptualisaient la pratique, figure par anticipation de l’esthétique relationnelle, artiste sans œuvre à l’image d’un Guy Debord, ou tout du moins sans œuvre monumentale conservée, Joe Ouakam était une figure majeure de l’art contemporain africain. Est plutôt qu’était car, à l’instar des grands gourous indiens, Joe Ouakam, de son vrai nom Issa Samb, décédé le 25 avril 2017, quelques semaines avant le vernissage de l’exposition « Alem, L’A-Venir », présentée à la galerie Le Manège, à Dakar, a « quitté son corps » avant de revenir hanter nos esprits.

Antoine Tempé, Issa Samb à Dakar dans son atelier
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Antoine Tempé, Issa Samb à Dakar dans son atelier, 2014

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© Antoine Tempé

Ican Ramageli, l’héritier spirituel et artistique de Joe Ouakam, surenchérit : « Il est toujours parmi nous, c’est certain. Issa Samb avait une liberté incroyable. C’était un empêcheur de tourner en rond. Il entrait à la Présidence comme s’il était chez lui, mais personne ne le savait. En réalité, il était terriblement en avance sur son temps. Avant de peindre sur ses tableaux, il écrivait beaucoup sur les toiles et puis tout était effacé par la peinture. Mais je suis sûr qu’à l’avenir une science viendra qui pourra décortiquer son œuvre, son esprit et son usage si particulier de l’art et de la couleur. » D’ailleurs, c’est bien lui, l’effigie en résine, bérets et habits, qui nous accueille en train de lire un exemplaire de l’Internationale situationniste, dans cet ancien manège pour chevaux qui dépend de l’Institut français, au cœur d’une installation mystique qui avait été prévue avant même la disparition de sa chair et de ses os. Sa voie, incantatrice en diable, lit un texte philosophique et poétique. Selon Delphine Calmettes, qui dirige la galerie et fut proche de l’artiste : « Joe Ouakam a une position historique et politique très importante dans l’histoire du Sénégal. Il s’est engagé dans des mouvements d’obédience maoïste, sous l’un de ses nombreux avatars, à la fois contre les gouvernants et les colons. Une grande partie de son travail tourne autour de la présence des morts auprès des vivants, notamment à travers les rites de l’ethnie Lébou, qu’il pratiquait régulièrement et au sein même de son œuvre. C’est pourquoi cette exposition a une valeur particulière. »

Joe Ouakam, Agit’art
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Joe Ouakam, Agit’art

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Vue de l’atelier de Joe Ouakam

Au début des années 1970, Issa Samb crée, avec le cinéaste Djibril Diop Mambéty, le collectif d’artistes, d’écrivains et de cinéastes Agit’art. Au cœur du projet : l’homme et son intégrité. À la fois communauté et mouvement esthétique, Agit’art veut placer le nous à la place du je. Aussi, Samb s’oppose au concept de négritude prôné par Senghor. Il parle, écrit de la poésie, du théâtre, peint, sculpte et se filme dans des happenings un rien obsessionnels. Comme lorsqu’il rejoue sans cesse en tenue de magistrat ce procès fictionnel d’Omar Blondin, son ami membre du Mouvement des jeunes marxistes-léninistes du Sénégal, emprisonné puis assassiné en prison le 11 mai 1973, tandis que certains membres du collectif Agit’art faisaient mouvement vers l’ancien centre culturel français afin, disent certains, de le brûler.

« Nombre de ses œuvres, éphémères ou non, sont des totems, des accumulations informelles de signes et symboles plus ou moins ésotériques et qui sont là afin d’interpeller les vivants. »

Théâtre, performance, actions artistiques, mise en scène de soi et machine à discourir… Joe Ouakam a tout du Joseph Beuys africain. Mais ne dites jamais cela à Koyo Kouoh, la directrice du centre d’art Raw Material Company, à Dakar, qui s’occupe de l’œuvre d’Issa Samb depuis octobre 1995 : « C’est un truc de Blanc. Une forme d’arrogance basée sur l’ethnocentrisme. Issa Samb a mis l’esprit et le relationnel au cœur de sa démarche artistique. C’est le premier à l’avoir fait ainsi et personne ne l’a jamais égalé depuis. « Alem, L’A-Venir » n’est pas une exposition posthume, Joe Ouakam est juste décédé en la préparant, c’est tout. De toute façon, chez nous, les morts ne meurent pas vraiment. D’ailleurs, nombre de ses œuvres, éphémères ou non, sont des totems, des accumulations informelles de signes et symboles plus ou moins ésotériques et qui sont là afin d’interpeller les vivants. »

Joe Ouakam, Vue de l’installation à la dOCUMENTA 13  de Cassel
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Joe Ouakam, Vue de l’installation à la dOCUMENTA 13 de Cassel, 2012

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© Nils Klinger

Justement, de son vivant, Joe Ouakam n’aura sans doute pas eu la reconnaissance mondiale qu’il aurait méritée. En 2012, il fait l’objet d’une exposition à la dOCUMENTA de Cassel (Allemagne). Cela dit, les choses commençaient tout juste à bouger. Lui ne s’en souciait guère. À celui qui voulait lui acheter une œuvre, il préférait lui donner ou bien la détruire sous ses yeux. L’argent ne l’intéressait pas. Depuis la destruction du lieu incroyable où il habitait, à Dakar, et qui aurait pu être conservé sans l’avidité des uns et des autres, il nous reste de lui quelques livres, des catalogues épuisés, des vidéos de ses happenings filmés et quelques peintures. Et aussi le souvenir de son incroyable aura. Du reste, de nombreux adeptes ou héritiers sont bien décidés à faire perdurer le mouvement Agit’art. Joe Ouakam n’a sans doute jamais été aussi présent que depuis qu’il est mort.

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Issa Samb dit Joe Ouakam, Alem, L’A-Venir

Du 23 mai 2017 au 12 novembre 2017

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Vendredi 27 octobre, à partir de 18 heures

Projection de Sans rien d’Ican Ramageli

Lectures de L’Écume du soleil de Issa Samb

Hommage à Doudou Ndiaye Rose

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Dimanche 12 novembre

Finissage de l’exposition

Lectures, performances, projections

Concert de Daara J Family

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