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Abbaye de Maubuisson

Les objets chimères de Patrick Neu

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Publié le , mis à jour le
Dans le cadre majestueux de l’abbaye de Maubuisson, à trente-cinq kilomètres de Paris, Patrick Neu a installé ses objets, aussi délicats que saisissants. Verre fumé, ailes d’abeilles, cheveux tissés… L’artiste détourne les savoir-faire pour créer des œuvres hybrides, comme des souvenirs sensibles, en écho à la mémoire des lieux. Visite.
Patrick Neu, Reproduction de la salle du Chapitre (détail)
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Patrick Neu, Reproduction de la salle du Chapitre (détail), 2017-2018

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Sculpture sur bois (tilleul), cire et miel, verre • 90 x 50 x 90 cm sur socle • Vue de l'exposition "Echos" de Patrick Neu à l'Abbaye de Maubuisson • Photo C. Brossais CDVO © ADAGP, Paris 2018. Courtesy Patrick Neu et galerie Thaddaeus Ropac, Paris

D’abord cela vous glace le sang. L’art de Patrick Neu tient l’objet et la matière dans un équilibre précaire. Dans la salle du parloir de l’abbaye de Maubuisson reposent un crâne noir et une armure diaphane, à échelle un, tous deux en cristal. L’armure, délicate, semble flotter au sol comme une relique aquatique. Le cristal est si pur, l’objet si vulnérable… Il est aussi belliqueux et tranchant. Les œuvres évoquent la dualité du corps, fragile et résistant, une contradiction chère au créateur.

Patrick Neu, Armure
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Patrick Neu, Armure, 1995–2007

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Cristal, plumes • Echelle 1 • Vue de l’exposition « Echos » de Patrick Neu à l’Abbaye de Maubuisson • Photo C. Brossais CDVO © ADAGP, Paris 2018. Courtesy Patrick Neu et galerie Thaddaeus Ropac, Paris

Patrick Neu, responsable de création aux cristalleries de Saint-Louis-lès-Bitche, dans les Vosges du Nord, ne se dit pas artiste mais « fabricant d’objets ». Parfois, il invente même des techniques. Si l’armure a été soufflée par les verriers de Saint-Louis, plus loin, suspendu sous la voûte d’un passage, un voile de cheveux a nécessité un processus de création laborieux : une technique de tissage mise au point par Patrick Neu et appliquée pendant un an dans la solitude de l’atelier.

Patrick Neu, Camisole
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Patrick Neu, Camisole, 2012–2015

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Camisole de force en ailes d’abeilles, vernis • 160 cm x 40 cm [dimensions variables selon l’installation] • Vue de l’exposition « Echos » de Patrick Neu à l’Abbaye de Maubuisson • Photo C. Brossais CDVO © ADAGP, Paris 2018. Courtesy Patrick Neu et galerie Thaddaeus Ropac, Paris

Ses œuvres les plus insolites sont sans doute les plus organiques. La camisole de force exécutée en ailes d’abeilles en 2005 est une prouesse ; elle trouve cette année son pendant avec le modèle réduit de la salle voûtée du Chapitre. Un magma monstrueux coule des ogives en bois de tilleul, des alvéoles de cire, couvertes de propolis… Une ruche ! Patrick Neu a construit une ruche, dans laquelle il a logé une reine pour attirer une colonie d’abeilles, avec l’aide d’un apiculteur. Les insectes ont œuvré sans l’influence de l’homme. C’est l’inconnu et l’imprévisible de la matière vive.

Patrick Neu a posé cette petite abbaye dans l’enceinte de Maubuisson. Le lieu appelle la mémoire du lieu, comme le geste lent du tissage rappelle celui des religieuses de l’abbaye. Au XIIIe siècle, ces femmes « prenaient le voile » et renonçaient à leur passé comme à leur chevelure, symbole de séduction. Les œuvres de l’exposition « Échos » sont les traces de leur présence, de leur peau et de leur mue. C’est en 1244, selon le vœu de Blanche de Castille, que l’abbaye de Maubuisson accueille ses premières résidentes, des religieuses de l’ordre de Cîteaux. Au fil des siècles, elle devient hôpital militaire, carrière de pierre, filature, ferme… Aujourd’hui, c’est un lieu dédié à l’art contemporain.

Patrick Neu, Vitrines (détail)
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Patrick Neu, Vitrines (détail), 2012–2018

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Anciennes vitrines et noir de fumée • Dimensions variables • Vue de l’exposition « Echos » de Patrick Neu à l’Abbaye de Maubuisson • Photo C. Brossais CDVO © ADAGP, Paris 2018. Courtesy Patrick Neu et galerie Thaddaeus Ropac, Paris

Dans la salle des religieuses, les meubles-vitrines de Patrick Neu semblent capturer des existences passées pour l’éternité. Des désirs, des angoisses prennent forme à travers des scènes de maîtres anciens, tels Dürer ou Holbein, dessinées en réserve sur du verre noirci à la fumée. Sur ce travail initié en 1996, Patrick Neu a greffé de nouvelles chimères qui illustrent notamment le thème du péché. Pour placer au cœur de l’abbaye le souvenir de l’interdit…

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Patrick Neu - Échos

Du 7 octobre 2018 au 17 mars 2019

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