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Martha Wilson, Mona/Marcel/Marge, 2014
Photographie lenticulaire • 74 x 53 cm • Courtesy Martha Wilson et mfc-michèle didier
Martha Wilson
© Photo Bill Westmoreland
Est-ce dans les yeux rieurs ? Dans le pli de la bouche qui contient difficilement un sourire amusé ? Martha Wilson (née en 1947) a ce petit je-ne-sais-quoi qui la rend irrésistible. Cheveux asymétriques, d’un côté laissés blancs et de l’autre colorés de rouge, elle sautille dans sa tenue à carreaux écossais ce lundi 18 octobre, au cinquième étage du Centre Pompidou : entourée d’un groupe de journalistes, l’artiste présente avec une joie communicative sa première exposition dans une institution française, passant d’une œuvre à l’autre aussi vivement qu’une abeille. Le musée s’est concentré sur une période très courte, mais signifiante, du travail de Martha : de 1972 à 1974. La jeune femme, diplômée depuis 1969, enseigne alors la littérature anglaise au Nova Scotia College of Art and Design à Halifax (Canada), haut-lieu des avant-gardes, et produit ses premières œuvres d’art.
À commencer par une collection de seins (Breast Forms Permutated, 1972) qui s’inspire avec dérision de l’obsession des années 70 pour les artistes conceptuels – des hommes, pour la plupart. Notamment Sol Lewitt, à qui Martha adresse cette œuvre-farce pour mieux moquer sa manie de jouer avec des formes géométriques en les permutant : ici, elle aligne neuf paires de seins (ronds, coniques, en poire…), piochées parmi ses élèves, de manière à composer un système absurde, où les plus beaux se retrouveraient au centre. Évidemment, bien qu’elle s’amuse avec « les formes humaines infinies » comme avec un Rubik’s cube, ce montage photographique a une portée féministe, tous ces seins alignés montrant la diversité des corps aussi bien que l’absurdité des canons de beauté et des diktats.
Martha Wilson, Breast Forms Permutated, 1972
Photographie argentique noir et blanc et texte dactylographié sur carton • 50,8 × 35,6 cm • Courtesy Martha Wilson, mfc-michèle Didier, Paris, et P.P.O.W. Gallery, New York
Martha Wilson empoigne ainsi ses désirs d’être une femme en parfaite adéquation avec ce qu’on attend d’elle, en même temps que ses angoisses.
Rapidement, Martha Wilson se grime, et annonce ce qui fera l’immense succès de Cindy Sherman quelques années plus tard : une exploration constante de sa propre identité, ou plutôt de ses multiples possibles. « Je ne savais pas qui j’étais, donc j’ai expérimenté », explique-t-elle aujourd’hui. En 1973, elle se déguise en homme et tente d’entrer – sans succès – dans le vestiaire des hommes (Posturing: Male Impersonator (Butch)) ; la même année, alors qu’elle a exactement 25 ans, elle se déguise en « femme de 50 ans essayant de donner l’impression qu’elle a 25 ans » (Posturing: Age Transformation). Le maquillage est pour elle un véritable médium, qui remplace la peinture à laquelle elle n’a « pas été formée », un professeur l’ayant découragée à devenir artiste parce que femme. En 1974, elle se maquille de façon à se rendre la plus belle possible et se photographie ; accolé à cette image, le processus inverse la montre très laide. Martha Wilson empoigne ainsi ses désirs d’être une femme en parfaite adéquation avec ce qu’on attend d’elle, en même temps que ses angoisses. Et ce avec la même quantité de fard.
Martha Wilson, Thump, 2016
Photographie couleur • 84,5 × 69,5 cm • Courtesy Martha Wilson et mfc-michèle didier
Elle photographie aussi son petit ami « qui ressemblait à Marcel Duchamp » et le métamorphose en Rrose Sélavy, alter ego féminin de l’artiste français ; lorsqu’il la quitte, elle imagine une mise en scène macabre digne d’un film gore, où il la trouverait suicidée en rentrant le soir (Suicide, 1974). Devançant Photoshop, elle découpe des images de femmes dont elle admire la beauté, et colle sur sa propre image leur nez, leur bouche, leur menton… Elle se filme aussi, beaucoup, face caméra, poursuivant son exploration des jeux de rôles. Très active dans la mise en valeur de la scène alternative, elle ouvre en 1976 Franklin Furnace à Manhattan, un lieu dédié aux livres d’artistes et aux œuvres produits en marge des institutions artistiques.
Martha Wilson, Captivating A Man (détail), 1972
Photographie couleur et texte dactylographié sur passe-partout • 36,8 × 29,8 cm • Courtesy Martha Wilson, mfc-michèle Didier, Paris, et P.P.O.W. Gallery, New York
Deux ans plus tard, elle a l’idée de former un groupe de musique où personne ne maîtrise d’instrument : bruits, paroles ironiques et chorégraphies désordonnées donnent le ton de ce groupe satirique, formé avec IIona Granet, Donna Hennes, Ingrid Sischy et Diane Torr. Disband restera actif jusqu’en 1982 et se reformera trente ans plus tard, sans avoir rien perdu de sa verve. Au fil des années, Martha Wilson se grimera en hommes politiques (elle est hilarante en perruque orange, posant fièrement devant une cheminée et mimant un Trump aux joues bien roses [ill. plus haut]), se montrera en créature hybride à la fois Marge Simpson, Joconde et Marcel Duchamp [ill. en une], imaginera un morphing entre elle et Melania Trump (soit une suite de cinq images où elle se transforme petit à petit en Première dame). Elle portera également un regard nuancé sur la vieillesse, immortalisant la poussée progressive de ses cheveux blancs (Growing old, 2008–2009), ou mettant face à face un autoportrait d’elle à 27 ans et d’elle à 60 ans passés (Beauty and Beastly, 1974–2009).
Inlassable joueuse, éternellement riante, Martha Wilson n’a cessé de mettre en évidence l’artificialité de la construction de l’image de soi. Féministe, elle l’est ; mais si une journaliste lui demande quelle est l’artiste femme qui l’a le plus influencée, elle répond Vito Acconcci, un homme ! Elle désigne très souvent ses œuvres comme des « blagues » et semble avoir passé sa vie à s’amuser de sujets qui apparaissent pourtant graves ou profonds : l’identité, l’amour, la politique, la mort, la vieillesse. Et pour cela elle mérite toute notre admiration : courage, rions !
Martha Wilson
Du 20 octobre 2021 au 31 décembre 2021
Centre Georges Pompidou • Place Georges Pompidou • 75004 Paris
www.centrepompidou.fr
Martha Wilson. The Political and Performance Art Collection
Du 16 octobre 2021 au 8 janvier 2022
Galerie MFC-Michèle Didier • 66 Rue Notre Dame de Nazareth • 75003 Paris
www.micheledidier.com
Premier récit. Acquisitions
Du 18 septembre 2021 au 19 décembre 2021
FRAC Bourgogne • 16 Rue Quentin • 21000 Dijon
www.frac-bourgogne.org
À la Bourse de Commerce
Lili Reynaud Dewar présente Martha Wilson
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