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Alex Cecchetti, Vue de l’exposition “Tamam Shud” : Dance Room, 2017
Danseuses : Hanna Hedman et Shihya Peng • Ferme du Buisson • Photo Émile Ouroumov
Il est de ceux qui échappent à toute catégorisation et, par là même, produisent un travail si vaste qu’il est difficile d’en saisir l’entièreté. La preuve avec son intervention dans les sous-sols du Palais de Tokyo au début de l’année 2017, pour une soirée de performance où se côtoyaient voyants, danseurs et musiciens ; chaque spectateur ne pouvait capter qu’un fragment de ce que les artistes invités avaient à offrir, allant de l’un à l’autre, écoutant de la musique avant de se faire lire l’avenir (!). À la Ferme du Buisson, même topo puisque l’exposition Tamam Shud (« c’est la fin » en ancien persan) s’assortit de performances, d’un livre à paraître en 2018, d’ateliers et de repas.
Alex Cecchetti, Vue de l’exposition « Tamam Shud » : Diner Room, Le Chevalier, 2017
Ferme du Buisson • Photo Émile Ouroumov
Chaque convive est invité à lire le poème correspondant pour commander le plat choisi.
De repas, oui, car l’une des salles s’intitule Diner Room et accueille régulièrement des dîners orchestrés par le chef cuisinier Chloé Charles ; celle-ci a conçu différents plats inspirés de poèmes d’Alex Cecchetti. Chaque convive est d’ailleurs invité à lire le poème correspondant pour commander le plat choisi. Cette Diner Room est également le lieu de présentation d’une table et de chaises de bois gravées ; penchez-vous, et vous apercevrez les motifs d’un jeu de tarot divinatoire inventé par l’artiste (avec pour personnages une Narcisse féminine, une pêcheuse d’huîtres et une petite fille aux serpents). À cela s’ajoute un ambitieux paysage calligraphique, dont les secrets ne se dévoilent que si une « détective » est dans la salle…
Alex Cecchetti, Vue de l’exposition “Tamam Shud” : Reading Room, Music Window et Fleurs d’ennui, 2017
Ferme du Buisson • Photo Émile Ouroumov
Les performances sont subites et imprévisibles : vous pouvez vous retrouver dans la confortable Reading Room, à lire à voix haute (car ici, tout est permis !) ou en silence les recueils de poésie sélectionnés par l’artiste, quand une jeune femme surgit de nulle part, ouvre un tiroir dont vous n’auriez jamais deviné l’existence et vous raconte (par exemple) l’histoire des factures de l’artiste, que celui-ci a recouvertes de fleurs de plus en plus grosses selon la taille de ses soucis. Avec un ton de conteuse pour enfants, la jeune intervenante échappe à la dénomination de « médiatrice » et revendique son statut de « détective », puisque l’exposition entière est une enquête. L’idée est en effet de partir à la recherche, voire à la conquête, de l’identité de l’artiste – et par extension de votre propre identité.
Dans la Dance Room [ill. plus haut], des rampes d’escaliers déformées invitent les spectateurs à fermer les yeux pour mieux suivre avec leurs mains les courbes de bois de ces sculptures filiformes. Rouvrez les yeux, et la grâce du mouvement tout juste exécuté vous saisira. Même sentiment en poussant du bout du pied de petites pierres de rivière sur un dancefloor de cuivre, marqué par le passage des visiteurs précédents. La communion entre l’artiste et les spectateurs est palpable à travers ces traces, qui sont comme la partition du passage des jours.
Alex Cecchetti, Vue de l’exposition « Tamam Shud » : Music Room, 500 000 Azalées, 2017
Musicien synesthète : Natan Kryszck • Ferme du Buisson • Photo Émile Ouroumov
Aussi, tendez l’oreille : vous entendrez les drôles de chants de baleines de la Death Room. Plongée dans le noir, cette pièce est entièrement dédiée à la diffusion sonore de différents enregistrements de voix, qui imitent les monumentales mélodies des cétacés. Ceux-ci s’installent au creux de votre oreille, créant l’impression extrêmement sensuelle d’être dits par votre voisin. Une bonne introduction donc à la Music Room, dont les peintures abstraites sur papier calque ont inspiré à un pianiste une composition jouée le soir du vernissage. Rendez-vous ensuite en hauteur, au sein de l’Erotic Cabinet, où chacun est invité à ouvrir les battants d’un triptyque de peintures quasi pornographiques, puis à fouiller dans un carton à dessin, sur les traces des expériences sexuelles de l’artiste.
Alex Cecchetti, Vue de l’exposition “Tamam Shud”: Erotic Cabinet, 2017
Ferme du Buisson • Photo Émile Ouroumov
Ainsi, l’ensemble du parcours est ponctué de surprises, et l’on passe facilement plusieurs heures à danser, lire, manger, parler, écouter, toucher, le tout debout, assis voire allongé sur la douce moquette de la Reading Room. L’expérience est totale, quasi mystique, et étrangement chaleureuse. Car on est si bien ici, dans cet environnement apaisant, extrêmement stimulant, qui s’inscrit dans une démarche de transmission des multiples ressources de l’artiste. En sortant, une chose est certaine : il aura laissé un petit bout de lui en nous.
Alex Cecchetti - Tamam Shud
Du 11 novembre 2017 au 25 février 2018
La Ferme du Buisson • Allée de la Ferme • 77186 Noisiel
www.lafermedubuisson.com
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