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Musée Guimet

Min Jung-Yeon : réconcilier le réel et l’irrationnel

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Influencée par les théories de Nietzsche comme par celles d’Einstein, Min Yung-Yeon interroge les limites du réel à travers une œuvre très personnelle tournée vers le songe et l’indétermination. Jusqu’au 17 février 2020, le musée national des arts asiatiques – Guimet lui laisse carte blanche, et met ainsi en lumière un art coréen encore trop méconnu.
Min Jung-Yeon dans son atelier face à “Tissage” en cours d’élaboration (août 2019)
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Min Jung-Yeon dans son atelier face à “Tissage” en cours d’élaboration (août 2019)

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© David Aymon

Lorsque Min Jung-Yeon s’installe à Paris en 2003, c’est à l’École nationale supérieure des beaux-arts qu’elle nourrit son désir de liberté et son besoin de compléter ses connaissances théoriques. Elle affectionne tout particulièrement Jacques Derrida et Gilles Deleuze, mais ses débuts artistiques sont marqués par l’influence prépondérante de Nietzsche, qu’elle considère tout aussi révolutionnaire que la théorie de la relativité d’Einstein. En s’appuyant sur la pensée de la toute-puissance de l’individualité créatrice du philosophe allemand, Min Jung-Yeon s’emploie à définir une création où s’entrelacent étroitement le réel et l’irréel, le rationnel et l’irrationnel.

Min Jung-Yeon, Nulle part ou Aujourd’hui II
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Min Jung-Yeon, Nulle part ou Aujourd’hui II, 2016

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encre de Chine, crayon de couleur et acrylique sur papier • 32,2 × 26,7 cm • © Min Jung-Yeon

Ainsi, son travail sera essentiellement guidé par la présentation de songes intimes et d’univers personnels, avec une place déterminante réservée à l’interprétation. Pour éclairer son propos, elle s’appuie sur Jérôme Bosch et sa capacité à représenter son univers intérieur jusque dans les moindres détails. À la perspective qui donne l’illusion de tridimensionnalité, elle associe des couleurs et des formes qui permettent l’irruption de son monde imaginaire. Qu’il s’agisse d’ornements géométriques (points, cercles, octogones, carrés, rectangles) ou créatifs (feuilles, plumes, écailles), ils viennent habiller les formes de ses œuvres, leur donnant vie avec une impression d’arrêts sur image. Par ailleurs, Min  Jung-Yeon a mis indirectement en avant son intérêt pour l’architecture.

Min Jung-Yeon parvient à réaliser des œuvres selon un critère essentiel à ses yeux : réconcilier le réel et l’irréel en appuyant ce dernier sur du vraisemblable.

Ainsi, nombreuses sont les œuvres qui présentent des aspects concrets de notre quotidien – fragments de maisons, colonnes, portes, escaliers, parquets –, constructions qui nous entraînent ingénieusement dans cet univers de formes, de mouvements dont nous devenons le protagoniste principal. D’autres éléments indéfinissables, visibles surtout dans les travaux des années 2000, rappellent un environnement aquatique et sous-marin, ou parfois même biologique et cellulaire. Grâce à son sens de la perspective, Min Jung-Yeon parvient à réaliser des œuvres selon un critère essentiel à ses yeux : réconcilier le réel et l’irréel en appuyant ce dernier sur du vraisemblable.

Min Jung-Yeon, L’Escalier
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Min Jung-Yeon, L’Escalier, 2017

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Acrylique sur toile • 114 × 195 cm • © Min Jung-Yeon. © Jean-Michel Fidanza

Pris séparément, certains aspects pourraient au premier abord paraître étranges ou singuliers mais, au final, la composition est en accord avec sa volonté de présenter un univers onirique qui a pourtant la force de son évidence. Cette évidence dans le traitement de l’étrangeté se retrouve dans le choix des titres de ses œuvres : Conscience Quake, Chute vers mille soleils ou Demander le chemin à mes chaussures. Elle-même ne considère en aucune manière les composantes de son imaginaire comme irrationnelles. Dans cette optique, l’artiste pourrait s’approprier la phrase de Paul Klee lorsque ce dernier affirmait que « l’art ne reproduit pas le visible, il rend visible ».

Min Jung-Yeon, Somewhere
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Min Jung-Yeon, Somewhere, 2014

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acrylique sur toile • 70 × 130 cm • Courtesy Gallery K.O.N.G., Séoul • © Gallery K.O.N.G., Séoul. © Min Jung-Yeon

Min Jung-Yeon réalise un travail en quête de réponses à la question existentielle de  base : qui sommes-nous, où allons-nous, quelle est notre place ?

Si de nombreuses œuvres reflètent l’immensité de son univers, certaines d’entre elles font également état d’une présence humaine. Quelle meilleure échelle de mesure que l’homme dans un espace infini ? Ainsi, l’homme représente, pour reprendre les propos de l’artiste, « une infime particule dans le  cosmos ». De manière intéressante, Min Jung-Yeon ne s’attarde pas sur une présence humaine anonyme, mais intègre directement sa personne dans la composition. Peut-être peut-on également y voir un clin d’œil à la peinture ancienne des lettrés en Asie, dans laquelle ne figuraient jamais de femmes ? En revanche, on retrouve aussi chez Min Jung-Yeon des aspects très prisés des lettrés, à savoir la représentation d’éléments naturels tels l’eau ou les arbres. Qu’il s’agisse de dessin ou de peinture, Min Jung-Yeon évolue avec beaucoup de facilité entre les deux supports qui, à ses yeux, constituent un ensemble. L’artiste transpose les compositions compactes, méticuleuses et d’une haute précision de ses dessins dans ses peintures, ceci étant peut-être dû au fait qu’elle manie le pinceau comme un crayon.

Min Jung-Yeon, Jalousie
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Min Jung-Yeon, Jalousie, 2013

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acrylique sur toile • 130 × 130 cm • © Lee Soon-Young. © Min Jung-Yeon

Comme le relève Min Jung-Yeon, seule la palette de couleurs différencie les deux supports, la peinture lui permettant de s’appuyer sur un arc-en-ciel où les tons se reflètent les uns les autres. Ces dernières années, son approche a cependant quelque peu évolué, multipliant les formats plus importants. De fait, le trait est maintenant parfois moins travaillé, mais d’autant plus fluide. La composition dense et complexe a laissé la place à des pans de fragments plus épurés avec des touches de couleur, qui une fois déposées à même la toile, suivent indépendamment leur cours. La nature prend le pas sur l’architecture, avec manifestement une représentation plus abstraite. Min Jung-Yeon évolue dorénavant dans une sphère qui dépasse largement le cadre de ses peintures et de ses dessins. Elle investit de grandes surfaces qui, mises bout à bout, créent un environnement plus immersif dans son univers personnel.

Si Min Jung-Yeon déclare que son travail n’a pas de liens avec le surréalisme, nous pouvons très  facilement prendre le contre-pied de cette déclaration tant les composantes issues de l’imaginaire y occupent une place importante : nous sommes face à un monde fantastique en perpétuel mouvement où apparaissent des éléments, qui, à la base, n’ont aucun lien logique entre eux. De quelle scène sommes-nous les témoins ? S’agit-il d’un moment figé ou tout au contraire d’une succession de temporalités ? D’arrêts sur image, vécus comme autant de  réminiscences issues d’un horizon plus vaste, c’est-à-dire la terre, la planète, et pourquoi pas l’univers ? Ces questions suggèreraient-elles l’éventualité que Min Jung-Yeon réalise un travail en quête de réponses à la question existentielle de  base : qui sommes-nous, où allons-nous, quelle est notre place ?

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Carte blanche à Min Jung-Yeon

Du 6 novembre 2019 au 17 février 2020

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