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Centre d'art du Var

Mœbius, l’alchimiste de la bande dessinée

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Publié le , mis à jour le
Des aventures de Blueberry à ses déserts cosmiques, l’Hôtel départemental des Arts de Toulon rend hommage au dessinateur de bande dessinée Jean Giraud, alias Mœbius (1938–2012). Riche et créative, l’exposition souligne chez cet artiste aux multiples visages la parfaite alchimie entre inventivité et génie du trait.
Mœbius, The Nils’ son
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Mœbius, The Nils’ son

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© Mœbius Production

À l’époque de Blueberry, Jean Giraud n’est pas encore Mœbius. Les vaisseaux spatiaux survolant des planètes mauves et désertiques, mouchetées de cailloux d’une finesse de dentelle, viendront plus tard. À la demande de Jean-Michel Charlier, alors directeur du magazine de bande dessinée Pilote avec René Goscinny, l’artiste se fait d’abord connaître avec le personnage de l’officier Blueberry, héros d’un western réaliste dont l’intrigue aux traits robustes prend place au lendemain de la guerre de Sécession, dans les paysages orangés et rocailleux de l’Ouest américain.

Mœbius, Blueberry, Mister Blueberry, couverture du tome 24
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Mœbius, Blueberry, Mister Blueberry, couverture du tome 24

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© Dargaud / Mœbius Production

Intrépide et bagarreur, mal rasé, ce gaillard au nez cassé et au physique changeant sera le héros d’une longue série d’albums qui perdurera jusque dans les années 2000. « Avec Blueberry, Jean Giraud était proche de l’art cow-boy, un art méconnu qui accorde une grande place au paysage, à la couleur et à l’hyper-réalité », commente Isabelle Giraud, qui fut la compagne de l’artiste de 1984 jusqu’à sa mort en 2012. Pour l’instant, l’auteur signe Gir, et non Mœbius, mais sa palette de tons bleus et ocres et son goût pour les paysages semi-désertiques – découverts à l’âge de dix-sept ans lors d’un inoubliable voyage de huit mois au Mexique – sont déjà là.

Dès ses débuts, Jean Giraud s’intéresse à ce qui dépasse les frontières du réel. Une salle entière est consacrée à un aspect méconnu de son travail : des peintures surréalistes datant des années 1950–1960, preuve qu’il « aurait pu être un très grand peintre », assure Isabelle. Une femme flottant dans un cœur éclaté sur fond de paysage sombre et brumeux évoque les visions de Salvador Dalí, René Magritte et Jérôme Bosch… Dans les années 2000, l’artiste s’essaiera aussi à la peinture abstraite avec de petites compositions évoquant des fractions de formes organiques, bulbes et autres tentacules.

Mœbius, La Chasse au major
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Mœbius, La Chasse au major

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© Mœbius Production

Autre facette méconnue de son travail : l’illustration. Ciels étoilés, dunes, pyramides ésotériques : en 1995, Mœbius change de style pour illustrer la traduction française de L’Alchimiste, roman de Paulo Coelho paru en 1987 au Brésil. Quatre ans plus tard, il s’inspire de façon très personnelle des gravures de Gustave Doré, qu’il recopiait déjà enfant, pour illustrer La Divine Comédie de Dante : combinant plume, aérographe et aquarelle dans une déclinaison de teintes pastel, Mœbius signe de fascinantes envolées d’anges et autres nuages mystiques enroulés en spirale.

“La Divine Comédie de Dante” par Gustave Doré et “Hommage à Gustave Doré” par Mœbius
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“La Divine Comédie de Dante” par Gustave Doré et “Hommage à Gustave Doré” par Mœbius

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À gauche: Gustave Doré, La Divine Comédie de Dante, Paradis, Chant 31
À droite: Moebius, Hommage à Gustave Doré

© Costa/leemage. © Mœbius Production

Mais c’est la science-fiction qui deviendra sa marque de fabrique. Lecteur des revues Fiction, Galaxie et Planète, Jean Giraud pose en 1974 les bases du Garage hermétique, publié dans le magazine Métal hurlant : coiffé d’un casque à pointe, le major Grubert veille, depuis son vaisseau spatial, sur les habitants d’un astéroïde artificiel contenant plusieurs mondes superposés en strates… En 1975, Giraud devient Mœbius avec la création d’Arzach, un guerrier mystique et solitaire voyageant sur le dos d’un ptérodactyle blanc. Le décor minéral et rougeoyant, sorte d’Ouest américain transposé sur une planète imaginaire, laisse éclater la finesse arachnéenne de son trait détaillant chaque petit éclat du relief rocheux.

À l’origine du projet avorté de l’adaptation cinématographique du roman Dune de Frank Herbert par Alejandro Jodorowsky, Mœbius crée avec ce dernier le personnage de John Difool en 1981, gagnant la même année le Grand Prix du festival d’Angoulême. Suivent, entre autres, Le Monde d’Edena et ses voyages fantastiques, des études de créatures marines extraterrestres pour le film Abyss de James Cameron, ainsi que, non visibles dans l’exposition, des décors pour Le Cinquième Élément de Luc Besson (1997) et des combinaisons spatiales pour Alien de Ridley Scott…

Mœbius, Plasme volant, Faune de Mars, couverture
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Mœbius, Plasme volant, Faune de Mars, couverture

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© Mœbius Production

Clou de la visite, la salle magique consacrée à 40 days dans le désert B : réalisée en 1999, cette série de visions méditatives à l’atmosphère ésotérique, chronique d’un sevrage (Mœbius vient d’arrêter sa consommation régulière de marijuana) et véritable chef-d’œuvre réalisé sans crayonné préalable, s’accompagne d’une musique planante et éthérée composée par son propre fils, Raphaël Giraud. Autre pépite du parcours : une ribambelle de bestioles martiennes aussi délirantes que sympathiques, dessinées en 2006–2007. Clamart géant, Nani-Mâle, Surnœud, Cavalcadeur à sept pattes, Amibyaste à vapeur… À l’humour des noms répond celui des formes, les entrelacs de tentacules aux formes parfois suggestives rappelant la virtuosité de H.R. Giger, premier designer des créatures d’Alien.

Artiste aux multiples visages, Mœbius, dont le nom fait référence au signe de l’infini, devient en 1999 le héros d’une série introspective, où il se retrouve aux prises avec lui-même et ses personnages. Car Blueberry, le major Grubert, Difool et Arzach sont tous des alter-egos. À l’image de ses poulpes cosmiques capables de s’autoféconder, Mœbius s’empare de tout, digérant de multiples influences (notamment celle du pionnier de la bande dessinée Winsor McCay), puis devenant lui-même une source d’inspiration pour de nombreux artistes comme George Lucas (Star Wars), Ridley Scott (Blade Runner) et Hayao Miyazaki, friand lui aussi de machines volantes et de châteaux flottants… Face à ses mondes rêvés constitués de tableaux foisonnants, qui oserait encore dire que la BD n’est pas un art ?

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Inside Mœbius, l’alchimie du trait

Du 21 octobre 2017 au 21 janvier 2018

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