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Festival d'Angoulême

Osamu Tezuka : Le dieu du manga

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Publié le , mis à jour le
Le très prolifique dessinateur japonais a porté à son sommet le manga. Démonstration avec 200 originaux réunis pour la première fois en France, à Angoulême. Du grand art.
Osamu Tezuka, Chroniques d’Astro Boy (Atom Konjaku Monogatari)
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Osamu Tezuka, Chroniques d’Astro Boy (Atom Konjaku Monogatari), janvier 1967 - février 1969

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Astro Boy, figure importante de la pop culture, est un héros mi-homme mi-robot, créé par un scientifique à l’image de son fils disparu. En France, une série d’animation a été diffusée en 1981 sous le nom d’Astro le petit robot.

Paru dans le quotidien Sankei Shinbun entre janvier 1967 et février 1969. Illustration pour la couverture du vol. 1.

Encre de Chine et aquarelle • Illustration couleur pour la couverture du vol.1 (n° 240 des oeuvres complètes d’Osamu Tezuka, 1982). • © Tezuka Productions

Hergé japonais, Alexandre Dumas de la BD, père du manga… les titres honorifiques abondent dès qu’il s’agit d’évoquer l’immense mangaka Osamu Tezuka. L’exposition exceptionnelle présentée à Angoulême, et qui constitue l’un des points d’orgue du 45e festival international de la bande dessinée, s’intitule quant à elle « Manga no kamisama » : « Le dieu du manga ». Ce choix de la VO, sous-titrée en français, ne doit rien au hasard. Car cette exposition, réalisée en partenariat avec les studios Tezuka, constitue une première en Occident.

Osamu Tezuka en 1954
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Osamu Tezuka en 1954

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© Tezuka Productions

Ses commissaires, Stéphane Beaujean et Xavier Guilbert, sont tous deux des fondus de mangas. Des anciens « bébés zappeurs », pour reprendre l’expression de Ségolène Royal qui, en 1989, avait vilipendé dans un ouvrage les enfants accros aux dessins animés japonais. Directeur artistique du festival depuis 2016, Stéphane Beaujean l’a ouvert comme jamais auparavant à la culture populaire asiatique. Concernant Tezuka, l’affaire ne fut pas de tout repos. La rétrospective, couvrant cinquante ans de carrière, ne devait accueillir qu’une soixantaine de pièces, mais elle ne cessa de gonfler pour rassembler finalement 200 originaux.

Osamu Tezuka, Metropolis et Phénix, chapitre 12 : Temps de troubles
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Osamu Tezuka, Metropolis et Phénix, chapitre 12 : Temps de troubles, 1949 et 1973

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À gauche : Tezuka a dessiné son adaptation du Metropolis de Fritz Lang à partir des souvenirs du film que son père lui projetait dans les années 1930. Paru dans le mensuel Ikuei Shuppan en septembre 1949.

À droite : Cette fable mythologique fait la part belle aux motifs psychédéliques. Avec, ici, maints repentirs qui sont l’une des marques de fabrique des studios Tezuka. Paru dans les mensuels COM en août 1973 et Manga Shōnen entre avril 1978 et juillet 1980.

Encre de Chine et gouache blanche • © Tezuka Productions

Stéphane Beaujean dut jouer des coudes pour les faire sortir du Japon et une encadreuse vint expressément de Tokyo pour mettre sous marie-louise ces petits chefs-d’œuvre. Des planches accusant maints repentirs, des pages imprimées racontant le processus de remontage permanent et des illustrations de couvertures mises en couleur sont présentées dans leur plus simple appareil, tandis que d’autres révèlent le star-system tezukien – un procédé narratif qui considère les personnages comme des marques : Black Jack, Princesse Saphir et, bien sûr, l’icône pop culturelle Astro Boy.

Incognito à Angoulême en 1982

Il y a trente-six ans, Tezuka s’était rendu une première fois au festival d’Angoulême. La légende retient qu’il errait seul dans la ville, coiffé de son célèbre béret, et que personne ne faisait attention à lui. Ce n’est pas tout à fait vrai. En fin connaisseur de la bande dessinée mondiale, Jean Giraud, alias Mœbius, l’avait invité à boire un verre et s’était ensuite rendu chez lui, au Japon, avec toute sa famille. Vinrent la vague manga des années 1990 et 2000, les succès internationaux de Dragon Ball, Akira, One Piece et des mangas d’auteur de Jirō Taniguchi. Bilan : aujourd’hui, on s’arrache les BD de Tezuka à travers le monde. Ses œuvres complètes font près de 400 volumes, ce qui représente, en nombre de pages, plus de 100 fois l’ensemble des Aventures de Tintin.

Osamu Tezuka, Ayako
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Osamu Tezuka, Ayako, 1972

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Avec Ayako, Tezuka compose un drame réaliste lorgnant du côté d’Hitchcock… Paru dans le mensuel Big Comic entre janvier 1972 et juin 1973.

Encre de Chine, trame et gouache blanche • © Tezuka Productions

C’est connu, le mangaka ne sortait quasiment jamais de son atelier, où s’activaient ses nombreux assistants, qui encraient ses crayonnés, agençaient les trames et dessinaient les décors de ses albums. Certains sont devenus des stars du manga. Chez Tezuka, il n’y a pas de bon et de moins bon. Tout se dévore. Le plus extraordinaire, c’est que son style de dessin s’adapte à ce qu’il veut raconter. Il en est ainsi des chefs-d’œuvre réalistes MW (1976–1978), l’Histoire des trois Adolf (1985) ou Ayako, des BD humoristiques (Lost World, 1948), érotisantes (Casse-leur la gueule, 1980) ou psychédéliques (Phénix, 1968–1988).

Osamu Tezuka, Le Roi Léo
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Osamu Tezuka, Le Roi Léo, 1950

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Certes, Tezuka a beaucoup copié Walt Disney. Mais ce sont bien les studios Disney qui se sont inspirés du Roi Léo pour leur Roi Lion. Ici, le félin n’est encore qu’un lionceau. Paru dans le mensuel Manga Shōnen entre novembre 1950 et avril 1954.

Encre de Chine, trame, gouache blanche et aquarelle. • © Tezuka Productions

C’est un peu comme si Stanley Kubrick remettait à chaque fois en cause sa propre mise en scène, depuis l’Europe du XVIIIe siècle jusqu’à l’espace intersidéral de 2001. Le plus extraordinaire, c’est que son style de dessin s’adapte à ce qu’il veut raconter. Tezuka est une éponge. Sa première BD, la Nouvelle Île au trésor (1947), était librement inspirée de Robert Louis Stevenson. Il a ensuite repris Metropolis de Fritz Lang, téléporté Dracula à Tokyo, raconté la vie de Beethoven, puis celle de Bouddha en 14 volumes… Cependant, c’est bien Disney qui lui a volé le Roi Léo pour créer le Roi Lion.

Une enfance cinéphile

L’une des grandes forces de Tezuka fut d’avoir élaboré une esthétique susceptible de rendre compte des mouvements dynamiques du cinéma. Son père, cinéphile, lui montrait dès les années 1930 de nombreux films étrangers, alors que sa mère l’emmenait voir régulièrement la célèbre revue Takarazuka, interprétée exclusivement par des comédiennes grimées en hommes pour les rôles masculins. Ses récits à rallonge, emplis d’intrigues et de sous-intrigues, furent à l’origine d’un terme générique caractérisant une grande partie de la bande dessinée japonaise : le story manga. Au cours de sa prolifique carrière, Tezuka singea d’ailleurs de nombreux procédés d’avant-garde. Et surprit ses lecteurs en adoptant le gekiga, ou manga réaliste, style qui manqua pourtant de le ringardiser dans les années 1970.

Osamu Tezuka, Black Jack
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Osamu Tezuka, Black Jack, 1974

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Ça n’a l’air de rien, mais représenter du sang en couverture d’un manga
en 1974 n’allait pas de soi. Dans Black Jack, le héros est un médecin misanthrope, en marge de la société. Paru dans l’hebdomadaire Akita Shoten le 8 juillet 1974.

Encre de Chine et gouache. • © Tezuka Productions

Lorsqu’on se penche sur les originaux présentés au musée d’Angoulême jusqu’au 11 mars, c’est frappant. Tezuka invente, pompe, copie et réinvente au point qu’on croit déceler en lui tous les territoires de la bande dessinée réunis, de Jack Kirby à Philippe Druillet en passant par Fred, Mœbius ou Alain Saint-Ogan. Plus qu’un dieu, un homme manga.

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Le festival, par-delà l’événement Tezuka

Pour sa 45e édition, le festival d’Angoulême a mis les petits plats dans les grands. Outre l’exposition « Tezuka – Manga no kamisama / Le dieu du manga » (à voir jusqu’au 11 mars au musée d’Angoulême), on ne manquera pas de se rendre aux master class de Naoki Urasawa (l’auteur de Pluto, Monster et 20th Century Boys) et de Hiro Mashima (Fairy Tail), deux mangakas qu’on voit peu dans nos contrées. Côté expositions, on pourra contempler les planches originales de Cosey, créateur de Jonathan et Grand Prix 2017 ; se perdre dans la geste rigoureuse d’Alix, le célèbre héros de Jacques Martin ; rêver avec Emmanuel Guibert, lauréat du Prix René Goscinny 2017 ; se bidonner dans « Marion Montaigne ramène sa science » ; et reprendre son sérieux avec le fin observateur de la banlieue Gilles Rochier dans Faut tenir le terrain. Enfin, cette année, le festival s’est associé avec Jazz à Vienne dans le cadre de ses fameux concerts dessinés, organisant une belle rencontre entre la chanteuse Rokia Traoré et le dessinateur Rubén Pellejero, l’un des repreneurs de Corto Maltese.

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À paraître le 1er février dans le n°404 de Beaux Arts Magazine.

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Osamu Tezuka, Manga no kamisama

Du 25 janvier 2018 au 11 mars 2018

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45e Festival international de la bande dessinée

Du 25 janvier 2018 au 28 janvier 2018

www.bdangouleme.com

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