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ART CONTEMPORAIN

Othoniel, prince d’un Petit Palais aux 1001 reflets

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Publié le , mis à jour le
D’ordinaire occupé par plusieurs artistes pendant la FIAC, le Petit Palais a cette année invité Jean-Michel Othoniel à investir l’intégralité des espaces de ses sculptures de rêve, composées de perles et de briques de verres. Soit la plus grande exposition personnelle de l’artiste depuis la rétrospective que lui consacrait, il y a dix ans, le Centre Pompidou. Entrée et circulation libres dans un monde qui appelle à la rêverie.
Jardin du Petit Palais, “Gold Lotus” (2019)
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Jardin du Petit Palais, “Gold Lotus” (2019)

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Courtesy Of The Artist & Perrotin © Jean Michel Othoniel Adagp, Paris, 2021 / Photo Claire Dorn.

Une coulée de briques en verre turquoise tapisse les escaliers menant à l’allégorie de la Ville de Paris protégeant les arts, bas-relief de Jean-Antoine Injalbert qui orne le fronton du Petit Palais. Cette Rivière bleue, réalisée in situ, ouvre la carte blanche accordée cet automne à Jean-Michel Othoniel (né en 1964). Sa couleur, complémentaire à la porte dorée imaginée par Charles Girault en 1900, trahit d’emblée un désir de jouer avec l’architecture du lieu. Les reflets du matériau employé renvoient au mythe de Narcisse, jeune homme qui meurt (et revit sous forme de fleur) à force de se contempler dans l’eau. Ainsi, le visiteur bascule dans le monde enchanté de celui que l’on surnomme JMO, un monde aux références multiples.

Jean Michel Othoniel dans le jardin du Petit Palais devant l’œuvre « Gold Lotus » (2019)
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Jean Michel Othoniel dans le jardin du Petit Palais devant l’œuvre « Gold Lotus » (2019)

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Courtesy of the Artist & Perrotin © Jean-Michel Othoniel Adagp, Paris, 2021 / Photo Claire Dorn

Dans le jardin du premier étage cohabitent vingt-six sculptures réalisées entre 2014 et 2021. À commencer par ces colliers de perles de verre soufflé que l’artiste concevait jusqu’à récemment, sans savoir qu’à l’autre bout du monde, un jeune mathématicien mexicain du nom d’Aubin Arroyo menait des recherches sur les reflets à partir de croquis mathématiques similaires à ses études préparatoires. En 2015, les deux hommes font connaissance sur Internet, et décident d’exposer ensemble. « Depuis, nous collaborons sur le modèle surréaliste du cadavre exquis. Il m’envoie ses « nœuds sauvages », je réponds par une sculpture à ses calculs auxquels je ne comprends strictement rien [rires]. » Cette rencontre entre la science et l’art, fondée sur l’étude de miroitements perpétuels, explique le titre de l’exposition : « Le Théorème de Narcisse ».

Les entrelacs perlés de Jean-Michel Othoniel revêtent une multitude de formes. Les uns pendent à des arbres ; les autres trônent sur un socle plus ou moins imposant. C’est le cas du Gold Lotus (2015), venu tout droit de la Kukje Gallery de Séoul, l’un des rares prêts de l’exposition. Chaque installation se fond parfaitement dans la végétation, afin de mieux surprendre le promeneur, de l’encourager à la rêverie et, surtout, à prendre son temps. « Aimer un jardin au XIXe siècle, c’était presque un acte de rébellion, en faveur de l’errance et de l’oisiveté. Aimer un jardin aujourd’hui, c’est également prendre position contre la frénésie du monde. »

Jean-Michel Othoniel, Nœuds miroirs
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Jean-Michel Othoniel, Nœuds miroirs, 2021

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© Pierre Antoine © Adagp, Paris, 2021

Levez la tête ! Une acquisition rejoint les collections du Petit Palais. Il s’agit de La Couronne de la Nuit (2008), destinée au plafond surplombant l’escalier en spirale de la tourelle nord. Ce lustre gigantesque évoque, par son nom, la Reine de la Nuit, héroïne d’un opéra de Mozart ; par sa forme, le Kiosque des noctambules (2000), qui coiffe la station de métro Palais Royal. Cette dernière installation s’inspire d’ailleurs des arabesques Art Nouveau d’Hector Guimard, dont le Petit Palais conserve un ensemble remarquable de boiseries. Elle s’inscrit dans un sillon que Jean-Michel Othoniel trace progressivement dans les rues de Paris. L’Académie des Beaux-Arts, où il sera officiellement reçu en octobre-novembre, en constitue la prochaine étape.

Jean-Michel Othoniel, “La Couronne de la Nuit”, 2008 ; “Agora”, 2019
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Jean-Michel Othoniel, “La Couronne de la Nuit”, 2008 ; “Agora”, 2019

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© Jean-Michel Othoniel Adagp, Paris, 2021. Courtesy Of The Artist & Perrotin / Photo Claire Dorn

Les cimaises du rez-de-chaussée et du niveau inférieur ont été abattues pour pouvoir accueillir quarante-six œuvres de l’artiste. Cet espace, rebaptisé la Grotte de Narcisse en référence à l’allégorie de la caverne de Platon, qui exhorte l’homme à chercher à tout prix la vérité, abrite une autre coulée bleue, « un lac » que jonchent et surplombent des nœuds de tailles et teintes diverses. Les murs tout autour arborent des monochromes en briques de verre inspirés de l’art américain des années 1960. Cette série est née lors du premier confinement : « Chaque jour j’abordais mes dessins comme une partition de musique. J’essayais d’exprimer des émotions différentes selon la gamme chromatique choisie. » Les variations de rythmes, de tons, accentuées par les moirures de la matière vitrifiée, poussent l’artiste à qualifier son « minimalisme [de] baroque. » Cette exposition, c’est surtout l’occasion pour Jean-Michel Othoniel de « boucler la boucle », de clore sa série de nœuds, entamée il y a dix ans. « Je travaille beaucoup par cycle. Je reviendrai certainement vers des projets que j’ai déjà enclenchés. »

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Le Théorème de Narcisse

Du 28 septembre 2021 au 2 janvier 2022

www.petitpalais.paris.fr

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