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Jeunes talents

Panorama 20 : dans les éprouvettes du Fresnoy

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Dans leurs œuvres, science, rêve, et fiction s’entremêlent. Les étudiants du Fresnoy livrent, comme chaque année, leur réflexion poétique sur notre monde et notre façon de l’habiter à travers l’exposition « Panorama ». Rituels magiques, arc-en-ciel sonore et monarque robotisé sont au programme de cette 20e édition. 
Hugo Deverchère, The Crystal & The Blind
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Hugo Deverchère, The Crystal & The Blind, 2018

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Installation • Production Le Fresnoy – Studio national des arts contemporains • © Hugo Deverchère

Méthodiquement alignés sur leurs étagères métalliques, de frêles végétaux croissent sous des lampes chauffantes. Posées sur un lit de cristaux, des roches végètent dans d’étranges aquariums. Le tout dans un petit laboratoire aux parois transparentes, luisant dans l’obscurité d’un immense hangar… Sommes-nous au sein d’une base secrète de la NASA ? Dans le repaire d’un savant fou ? Que nenni : nous voilà au Fresnoy – Studio national des arts contemporains !

Fondé en 1997 à Tourcoing, cet établissement de formation artistique dirigé par Alain Fleischer présente chaque année le travail de ses étudiants (et d’artistes-enseignants invités) au sein d’une vaste exposition collective intitulée « Panorama ». La Grande Nef du bâtiment, un espace doté d’une impressionnante hauteur sous plafond soutenue par des poutrelles d’acier, est l’écrin idéal pour leurs créations futuristes.

Vue de la Grande Nef du Fresnoy
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Vue de la Grande Nef du Fresnoy

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© Alain Fleischer

Car c’est dans le dialogue arts-sciences que ce lieu innovant, à l’origine destiné aux artistes à la croisée de plusieurs disciplines (art vidéo, installation, photographie…) s’est au fil du temps spécialisé. Pour cette 20e édition, José-Manuel Gonçalvès (directeur du Centquatre-Paris) succède à Jean de Loisy (président du Palais de Tokyo) en tant que commissaire invité pour mettre en scène la quarantaine d’œuvres sélectionnées. Plongé dans une ambiance sombre et mystérieuse, le visiteur voyage entre deux espaces : les installations et les films.

Certains jouent à fond la carte scientifique en réinterrogeant les utopies futuristes, à l’instar d’Hugo Deverchère qui s’inspire de programmes de recherche spatiaux américains. Ainsi, dans le désert de l’Arizona, des chercheurs avaient recréé des écosystèmes qu’ils avaient ensuite habités en huis clos pour tester leur viabilité. Recueillis par l’artiste, leurs journaux de bord sont transformés par un algorithme d’intelligence artificielle. Résultat : des observations sans queue ni tête lues en continu par une mystérieuse voix, dans un faux laboratoire où se développent de vrais micro-organismes. De quoi révéler l’étrangeté de notre approche scientifique du vivant… et la frontière ténue entre science et science-fiction !

Hideyuki Ishibashi, Macula
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Hideyuki Ishibashi, Macula, 2018

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Installation • Production Le Fresnoy – Studio national des arts contemporains • © Hideyuki Ishibashi

D’autres utilisent des procédés scientifiques pour insuffler de la magie à leurs œuvres. Lumière blanche, illusions d’optique, arc-en-ciel sonore : Juan-Pablo Villegas réfléchit à la couleur comme construction mentale, tandis que Marion Laval-Jeantet fait traduire des molécules en musique. Chez Vasil Tasevski, un plafond constellé de leds exécute une partition lumineuse inspirée des mouvements d’une nuée d’oiseaux de nuit. L’installation d’Hideyuki Ishibashi, elle, explore les balbutiements de la photographie en permettant au visiteur d’obtenir (après être resté quelques minutes immobile) son portrait – ou plutôt une mystérieuse empreinte lumineuse de sa silhouette – dans un tableau-sablier contenant un mélange d’aqualine et de limaille de fer !

Beaucoup se réfèrent au politique. Originaire de Casablanca, Saïd Afifi nous propose de partir à la recherche des migrants disparus en Méditerranée grâce à une installation immersive en réalité virtuelle : muni d’un casque, on voyage dans de mystérieux paysages rocheux, sombres et vides de toute présence humaine mais peuplés de sons étouffés. Il s’agit de scans 3D de grottes sous-marines, devenues un espace symbolique de ces drames occultés…

Face à un écran où défilent ses sujets, un robot doté d’un bras articulé et d’une caméra incarne un roi déconnecté des réalités de son peuple (Thierry Fournier). Dans un cube de verre où un automate transporte vainement des éléments de construction dans une ambiance lunaire, Thomas Garnier dénonce l’absurdité des ghost cities, ces villes modernes (nombreuses en Chine et aux Émirats) construites mais jamais habitées. Marie Sommer, elle, exprime l’opacité toxique de la Stasi avec un film tourné dans le musée dédié à cette ancienne et redoutable police de renseignement est-allemande, des images d’archives (photographies, documents caviardés) et de grands monochromes fantomatiques produits par le rayonnement de pierres radioactives.

Gao Bo, Ode
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Gao Bo, Ode, 2018

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Installation • Production Le Fresnoy – Studio national des arts contemporains • © Gao Bo

Mais la palme revient sans doute à Gao Bo, artiste chinois invité qui présente une installation imprégnée d’un élégant mysticisme. Fabriqués sous sa direction dans un petit village reculé de Chine, de superbes gongs en bronze couverts de signes étranges sont suspendus au plafond, formant un cercle qui évoque les rondes de pierres celtiques. Eux aussi suspendus à des fils, de gros cailloux viennent solennellement les heurter en fonction des déplacements des visiteurs captés par un système d’infrarouges. En fond, tel un grand tableau mouvant, un film met en scène des personnages nus couverts de calcaire, se mouvant lentement au cœur d’une forêt. Comme s’ils venaient, réveillés par cet étrange rituel, de sortir de terre ou de renaître de leurs cendres…

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Panorama 20

Du 22 septembre 2018 au 30 décembre 2018

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