Article réservé aux abonnés
Humblement posée dans un couloir de passage, une drôle de machine occupe les marges de l’exposition. Ce pourrait être la régie d’une salle de projection. Pourtant, cette curieuse console constitue bel et bien une œuvre : la plus vertigineuse de Panorama 19. Elle s’appelle Penelope Factory. Sur un écran défilent sans transition des images amateurs, des bouts de documentaires, des fragments de fictions ayant trait au voyage, à la guerre, à la vitesse, au monde moderne et aux civilisations déchues, tandis qu’une voix débite un récit ininterrompu. À ce jour, cet « ordinateur du passé ou du futur », selon les mots de Thomas Guillot, recense près de 9 000 vidéos, archive qu’il enrichit encore aujourd’hui de ses trouvailles. Sur le devant de cette table de mixage pend une multitude de câbles colorés qui constituent les fils de cette toile de Pénélope. Le visiteur peut les brancher et les débrancher à sa guise, modifiant en conséquence les images à l’écran et participant ainsi au montage sans fin d’un film voué à rester inachevé. Un aperçu des images montées par les visiteurs de l’exposition est accessible ici. Fascinant !
Thomas Guillot, Penelope Factory, 2017
Installation • Production Le Fresnoy – Studio national des arts contemporains • © Thomas Guillot
Avec son œuvre Delusion, Hugo Deverchère, diplômé de l’École des arts décoratifs à Paris, provoquait en 2016 des micro-tornades au sein d’une boîte translucide. Projeté à côté d’une série de cyanotypes, son nouveau film Cosmorama s’est emparé de l’outil infrarouge employé par les astronomes pour observer le ciel. Donnant accès à une frange du visible dépassant les capacités humaines, la caméra balaye la surface de la Terre comme autant de territoires extraterrestres, radioactifs et étranges. Tourné dans un désert de lave et près d’une forêt « qui témoigne de l’état de notre continent il y a 50 millions d’années », ce film procure au spectateur l’expérience de l’immensité, de la désorientation, et peut-être quelque chose de la fascination et de l’émerveillement éprouvés par tout explorateur à l’approche d’une contrée nouvelle.
Hugo Deverchère, Cosmorama, 2017
Film et série de cyanotype • Production Le Fresnoy – Studio national des arts contemporains • © Hugo Deverchère, avec le soutien de Neuflize OBC
Tel un archéologue, Baptiste Rabichon, qui a étudié aux Beaux-Arts de Lyon et de Paris, sonde les profondeurs des objets et des images du monde. Qu’il s’agisse de collages ou de superpositions, de manipulations argentiques ou numériques, l’artiste scrute les possibilités du procédé photographique, mettant en œuvre des dispositifs qui s’étendent du plus simple au plus complexe. Ses images sont tantôt cryptées et saturées d’éléments, tantôt minimales. C’est le cas d’Agathe sur D70, une image pour laquelle il a démonté un appareil numérique et posé sur sa surface photosensible une bille de verre. L’artiste ne cesse d’imaginer de nouvelles méthodes. Sa dernière trouvaille consiste à pervertir un scanner d’aéroport. Sur les natures mortes qui en résultent, de la vaisselle en tout genre et autres objets non identifiés flottent à la surface de plaques transparentes.
Baptiste Rabichon, Ne jamais en faire un substantif, 2017
Photographies • Production Le Fresnoy – Studio national des arts contemporains • © Baptiste Rabichon
Léonard Martin, diplômé des Beaux-Arts de Paris, développe un travail au croisement du dessin, de la sculpture et de l’animation. Il y a chez lui une volonté d’altérer, avec retenue et sans trop s’appliquer, les médiums pauvres qu’il emploie. Une manière pour cet artiste de révéler avec poésie la capacité des matériaux à raconter des histoires, et de préserver quelque chose de fragile, d’amateur, de sincère. Dans Yoknapatawpha (2016), à la lumière artificielle du crépuscule, de délicates marionnettes à fils balbutient dans un environnement précaire et bricolé. Dans ce film inspiré par l’univers de Faulkner, la narration décousue épouse le flux des consciences des protagonistes.
Les Têtes de mort d’Arkana, la nouvelle vidéo de Charlotte Bayer-Broc, diplômée elle aussi des Beaux-Arts de Paris, suit le quotidien de femmes révolutionnaires, recluses aux confins du monde dans la forêt peinte par Botticelli dans sa célèbre série L’Histoire de Nastagio degli Onesti. Chamanes, cantatrices ou tueuses, elles tiennent tête au pouvoir et résistent comme elles peuvent, alors que leur corps se plastifie ou moisit. Le langage plastique de l’artiste, punk et fantastique, fait écho au monde du théâtre et sublime la figure humaine en détresse. Entre histoire individuelle et collective, les œuvres de cette vidéaste ravivent les feux et la violence des croyances et des récits anciens.
Charlotte Bayer-Broc, Les Têtes de Mort d’Arkana, 2017
Film • Production Le Fresnoy – Studio national des arts contemporains • © Charlotte Bayer-Broc
Panorama 19
Du 23 septembre 2017 au 31 décembre 2017
Le Fresnoy • 22, rue du Fresnoy • 59200 Tourcoing
www.lefresnoy.net
Vous aimerez aussi
Carnets d’exposition, hors-série, catalogues, albums, encyclopédies, anthologies, monographies d’artistes, beaux livres...
Visiter la boutique