Article réservé aux abonnés
Liu Bolin, Hiding in the city, Marine Litter, Surfrider, 2017
Impression • 120 x 150 cm • © Liu Bolin, courtesy of the artist / Galerie Paris-Beijing
L’homme invisible existe bel et bien, et il s’appelle Liu Bolin. Ce Pékinois de 44 ans est un artiste mondialement célèbre pour ses autoportraits photographiques, où il apparaît camouflé dans son environnement. Sans aucun trucage numérique, ses peintres-assistants interviennent sur le corps de l’artiste des pieds à la tête, jusqu’à ce que celui-ci se fonde complètement dans le décor, que ce soit un paysage, un mur, un monument, un drapeau, un tableau ou un rayon de supermarché. Cette performance de body art, qui nécessite de poser pendant des heures, est figée grâce à la photographie. Largement diffusées dans le monde entier, les images de camouflage de Liu Bolin, où sa silhouette est à peine visible, sont bluffantes. Il est ainsi devenu un des artistes chinois les plus connus et les plus populaires du monde. Recherchant la trace du performeur caché dans chaque photo, l’œil du spectateur est stimulé.
Liu Bolin, Hiding in the City 31, « Voter Registration is in Accordance with the Law », 2006
Impression • 120 × 150 cm • © Liu Bolin, courtesy of the artist / Galerie Paris-Beijing
Mais le travail de l’artiste n’est pas purement ludique et gratuit. S’il a trouvé le moyen de capter l’attention du public avec son jeu de cache-cache, il a surtout un message à délivrer. C’est ce que montre, notamment, la rétrospective qui lui est consacrée, Ghost Stories, à La Maison européenne de la photographie (MEP). L’institution revient sur les sujets dénoncés depuis une dizaine d’années par Liu Bolin, à travers les thèmes de la censure politique, de la société de consommation ou de la liberté de la presse. Liu Bolin appartient en effet à cette génération d’artistes qui ont émergé dans les années 1990 des décombres de la Révolution culturelle chinoise, lorsque la Chine a commencé à profiter d’une croissance économique rapide et d’une relative stabilité politique. En 2005, il se fait exproprier de son atelier par le gouvernement chinois, qui rase le quartier d’artistes dans lequel il habitait. La première photo de Liu Bolin est une protestation silencieuse par le biais d’une mise en scène devant les ruines de son atelier. Depuis, il continue de jouer l’homme invisible pour dénoncer des situations inacceptables et rendre, paradoxalement, plus visibles les problèmes de notre société contemporaine.
Liu Bolin, Hiding in the city, Municipal Waste, 2014
Impression • 120 x 150 cm • © Liu Bolin / Courtesy galerie Paris-Beijing
Ses dernières réalisations, qui abordent les questions environnementales, sont présentées en parallèle à la galerie Paris-Beijing dans une exposition intitulée Revealing Disappearance. « L’artiste a déjà traité de l’écologie, qui a toujours été au centre de ses préoccupations », souligne la galerie parisienne. « Comme en 2011, où il brave les eaux polluées du fleuve Jaune, situé dans l’une des régions les plus industrialisées de son pays ». Dans sa nouvelle série, il a, par exemple, posé parmi des montagnes d’ordures dans un centre de collecte à Bangalore, en Inde. Il s’est aussi rendu en France, sur la côte Atlantique, pour réaliser deux performances liées à la problématique des déchets aquatiques, qui, eux, peinent malheureusement à disparaître.
Ghost stories, Liu Bolin
Du 6 septembre 2017 au 29 octobre 2017
Maison européenne de la photographie - Paris • 5/7 Rue de Fourcy • 75004 Paris
www.mep-fr.org
Vous aimerez aussi
Carnets d’exposition, hors-série, catalogues, albums, encyclopédies, anthologies, monographies d’artistes, beaux livres...
Visiter la boutique