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Philippe Francq, un style inimitable au service de “Largo Winch”

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Publié le , mis à jour le
Dis-moi ce que tu dessines, je te dirai qui tu es… La formule s’appliquerait-elle à Philipe Francq ? Certes, l’observation attentive de son trait, toujours précis, de sa narration, redoutablement efficace, permet probablement de deviner en lui quelqu’un de particulièrement rigoureux. Mais l’univers de Largo Winch, dont l’exposition à Citéco est prolongée jusqu’au mois d’août, autorise-t-il pour autant à déduire que son dessinateur serait un mondain, amateur de luxe ou d’exotisme ? Rien n’est moins sûr.
Philippe Francq, Dessin du certificat d’authenticité accompagnant les sculptures Leblond-Delienne / Dessin pour la couverture du magazine Télé Moustique de juin 1998
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Philippe Francq, Dessin du certificat d’authenticité accompagnant les sculptures Leblond-Delienne / Dessin pour la couverture du magazine Télé Moustique de juin 1998, 1998 / Juin 1998

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© Francq-Van Hamme / Dupuis, 2021

Philippe Francq quitte sa Belgique natale en 1994 pour s’installer dans le Sud de la France avec femme et enfants. Et c’est plutôt là, dans le lieu où il a choisi de vivre, que l’on pourrait en apprendre sur sa personnalité. Le visiteur est d’abord intrigué de découvrir que c’est à la force de ses bras que Francq a reconstruit l’ensemble de bâtiments qui trône au milieu d’un vaste terrain arboré, allant jusqu’à dessiner lui-même l’escalier en pierre qu’il a ensuite réalisé avec son épouse. Or, rien n’est plus ardu que de concevoir un escalier… « Je me dis qu’il n’y a rien d’impossible dans la vie. Le tout est de savoir quelle énergie on a envie d’investir dans un domaine ou un autre, mais pour peu qu’on le fasse sérieusement, on peut y parvenir. »

David Crespin, Portrait de Philippe Francq
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David Crespin, Portrait de Philippe Francq

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© David Crespin

Le jardin, c’est également lui qui en a dessiné les moindres contours, planté chaque sapin et monté pierre à pierre le magnifique mur d’enceinte qui le clôt… Et c’est avec une étincelle dans le regard qu’il évoque ses prochains travaux, se régalant à l’avance du moment où, une fois son album de Largo Winch achevé, il pourra quitter son atelier feutré pour respirer à l’air libre durant plusieurs semaines et se régénérer dans un travail physique intense…

Cette énergie, Philippe Francq la déploie dans tout ce qu’il entreprend, abordant chaque nouveau domaine avec une infinie précision et un esprit analytique. Quand on sait que la bande dessinée et la science comptent parmi ses champs de prédilection depuis toujours, on comprend qu’il est parvenu à subtilement les concilier dans son travail « À vrai dire, avoue-t-il, et cela en surprendra plus d’un, je ne dessine que lorsque je dois animer des personnages ; le dessin pour le dessin ne m’intéresse pas vraiment. Je peux, de temps en temps, faire un portrait, par plaisir ou pour faire plaisir, mais j’ai tellement d’autres centres d’intérêt, que je serais bien triste de ne pouvoir consacrer ma vie qu’à ce petit domaine… »

Philippe Francq, Extrait des éditions de luxe des albums “Colère rouge” et “Les Voiles écarlates”
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Philippe Francq, Extrait des éditions de luxe des albums “Colère rouge” et “Les Voiles écarlates”

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© Francq-Van Hamme / Dupuis, 2021

Son plaisir est de faire de la bande dessinée « comme il raconterait une histoire à un enfant », confie-t-il.

S’il n’est pas un fou de dessin, comme pourraient le laisser supposer ces spectaculaires vues panoramiques visibles dans Largo Winch, c’est parce qu’il leur préfère par-dessus tout la narration. En bande dessinée, une histoire bien racontée, c’est une histoire dans laquelle le lecteur se laisse embarquer totalement, et tout le plaisir de Philippe Francq est précisément de le mener par le bout du nez, au travers de mécanismes narratifs qui guideront sa lecture. Mais si la fluidité de ses récits est remarquable, leur simplicité n’est qu’apparente. Rien n’est jamais plus compliqué que de faire simple… et rien n’est jamais gratuit dans Largo Winch, où les mises en scène sont chaque fois pensées dans un unique souci d’efficacité.

Le dessin n’est là que pour servir l’histoire, et pas question de céder à la complaisance. L’esbroufe, ce n’est pas pour lui. S’il reconnaît parfois avoir quelque inquiétude à la lecture d’un scénario, se demandant comment il va parvenir à restituer telle ambiance, ou construire tel décor, son plaisir s’inscrit précisément dans la perspective de ce défi : « Si le scénariste écrit : « Largo et Simon sont dans la jungle », je serai dans ma zone de confort, car j’ai toujours adoré dessiner les grandes forêts primaires. Mais si on m’en sort, on m’obligera à trouver des ressources que je ne serais jamais allé chercher si on m’avait laissé dans ma forêt vierge. Sans ces contraintes, j’aurais produit une sorte de travail automatique, et il n’en serait rien ressorti de bien, ni d’image marquante. »

Philippe Francq, Extrait des éditions de luxe des albums « Colère rouge » et « Les Voiles écarlates »
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Philippe Francq, Extrait des éditions de luxe des albums « Colère rouge » et « Les Voiles écarlates »

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© Francq-Van Hamme / Dupuis, 2021

Tout l’art de Philippe Francq est là, dans ces quelques mots, « sortir de ma zone de confort ». Le dessinateur n’aime rien plus que se renouveler en se confrontant à l’inconnu : partir à l’autre bout du monde en repérage, remonter un moteur de voiture, fabriquer une planche à voile, apprendre à piloter un hélicoptère, travailler deux semaines durant sur la composition d’une vue de Chicago où est implanté un building du Groupe W… Rien ne lui fait peur ! L’esquive a définitivement été bannie de son vocabulaire. Son plaisir est de faire de la bande dessinée « comme il raconterait une histoire à un enfant », confie-t-il.

Philippe Francq, Extrait des éditions de luxe des albums Colère rouge et Les Voiles écarlates
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Philippe Francq, Extrait des éditions de luxe des albums Colère rouge et Les Voiles écarlates

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© Francq-Van Hamme / Dupuis, 2021

Des grands anciens, il a hérité cette obsession de donner du rêve à ses lecteurs. Derrière le trait rigoureux de l’univers de Largo Winch, on peine à déceler sa passion pour la bande dessinée franco-belge classique, Tintin, Spirou, Johan et Pirlouit, Benoît Brisefer, Alix, mais aussi Bernard Prince, dessiné par Hermann… Son amour pour le travail de ce dessinateur l’a à ce point submergé que ses premiers albums en portent la marque flagrante et, aujourd’hui encore, son Graal semble bien être de reconstituer le fabuleux duo formé par Hermann et Fraymond, son coloriste, dont le travail « terminait le dessin ».

Philippe Francq et Largo Winch font route ensemble depuis plus de trente ans. Leurs vies sont à ce point liées que le dessinateur aime rappeler qu’il avait imaginé, bien avant Largo, les aventures d’un aventurier milliardaire, Julien Laval. En 1984, fraîchement sorti de l’école d’arts Saint-Luc de Bruxelles, c’était trop tôt. Il lui faudra faire ses gammes et patienter jusqu’à sa rencontre avec Jean Van Hamme, en 1989. Décisive. Le mirifique scénariste a-t-il perçu, ce jour-là, l’exigence, la rigueur, le sens du défi et la passion qui habitaient déjà Philippe Francq ?

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Largo Winch, aventurier de l'économie

Du 29 mai 2021 au 31 décembre 2021

www.citeco.fr

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