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Maurizio Cattelan, Untitled (The grave), 1998 (vue actuelle de l'exposition)
Collection Le Consortium, Dijon • © André Morin pour Le Consortium, Dijon
En 1977, un centre d’art voyait le jour… à Dijon. Comme le Centre Pompidou, le Consortium a donc quarante ans cette année et toutes les raisons de les fêter. Car, l’institution, que ses créateurs, Xavier Douroux et Franck Gautherot, baptisèrent d’abord « le Coin du miroir », a écrit l’histoire de l’art en France − et au-delà − et continue à dérouler son grand récit avec un esprit, une vista et une intransigeance dont l’exposition en cours donne un aperçu en proposant un remake de quelques propositions qui s’y sont tenues. Cependant, contrairement à Beaubourg, le Consortium depuis tout ce temps n’est plus dans les mêmes murs. Enfin, si un peu. On s’explique.
Jusqu’en 2011, les expos se partageaient sur deux sites, dont l’un, au 16 de la rue Quentin, a fermé, quand l’autre, une ancienne usine, fut rénové et agrandi (par l’architecte japonais Shigeru Ban) pour s’étendre sur quelque 4000 m2. Or, le rez-de-chaussée du bâtiment reprend partiellement l’architecture de l’ancien lieu, y réimplantant par exemple une espèce d’alcôve, emplacement culte pour les habitués du Consortium.
L’exposition en cours, « Truchement », est chargée de la mémoire des lieux, des accrochages et des rencontres avec les artistes. À commencer par une pièce de Maurizio Cattelan [voir plus haut], un trou creusé dans le sol du Centre d’art, qui même une fois rebouché et l’expo terminée, laissa la trace nette de son emplacement sur le béton. Cette fosse et le tas de terre à côté disait déjà, en 1997, la prégnance du thème de la mort dans l’œuvre de l’Italien ; et son approche paradoxale de l’exposition qui est plus souvent pour lui le moment de se planquer, de se dérober, de rentrer sous terre. Reste que l’œuvre, à la forme funeste d’une tombe, est aussi une manière de sonder le sol et le ventre de l’institution, d’en exhumer le refoulé, les soubassements idéologiques, les fondations et les coulisses : d’où cette autre pièce qui consiste en une vraie-fausse armoire métallique qui masque l’entrée (et la sortie) des locaux techniques de l’institution.
De gauche à droite : Yan Pei-Ming, Alberto Giacometti, On Kawara, Vue de l’exposition
À gauche sont exposés les portraits de Giacometti et d’On Kawara par Yan Pei-Ming (2017) ; au centre Femme de Venise V de Giacometti (1956) et à droite les Date Paintings (3 Nov. 1990, 4 Nov. 1990 et 5 Nov. 1990) d’On Kawara (1990).
© Yan Pei-Ming / ADAGP, 2017, © Succession Alberto Giacometti (Fondation Alberto et Annette Giacometti, Paris + ADAGP, Paris, 2017), © Le Consortium, Dijon, © Photo André Morin pour Le Consortium, Dijon
Comptant parmi les plus beaux épisodes de l’histoire du Consortium, il y eut cette expo où les sculptures d’Alberto Giacometti faisaient face au Date Paintings d’On Kawara. Compagnon de route du Consortium, l’artiste japonais fut à l’initiative, en 1990, de cette confrontation dont la reconstitution partielle saisit par sa poignante solennité. Mesure quotidienne du temps qui passe, les peintures d’On Kawara font un pendant modeste à l’élan sublime et fragile à la fois des figures en marche de Giacometti.
César, Fiat Marea compressées, 1998 (vue actuelle de l’exposition)
Coll. privée • © André Morin pour Le Consortium, Dijon
C’est donc un anniversaire empreint d’une forme de dignité grave que célèbre le Consortium, qui ferme son album-souvenir avec un ensemble de Compressions de César, décédé peu de temps après leur présentation à Dijon en 1998 dans une exposition au titre paradoxal « Refaire des choses nouvelles ». Qui résonne à coup sûr comme le motto du Consortium pour les quarante prochaines années.
Truchement
Du 18 mars 2017 au 18 juin 2017
Avec : Maurizio Cattelan, César, Alberto Giacometti, Rodney Graham, Hans Haacke, On Kawara, Bertrand Lavier, Charles de Meaux, Frank Stella et Yan Pei-Ming.
Le Consortium • 37, rue de Longvic • 21000 Dijon
www.leconsortium.fr
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